Marie, Mère de Dieu
Voir d’abord : Marie.
On objecte contre la foi catholique sur Marie, ou bien qu’elle invente ce que l’Écriture tait, ou bien qu’elle détourne du Christ par un culte rendu à une créature. Chaque vérité sur Marie répond pourtant à l’Écriture, et toutes ramènent à son Fils, dont elles confessent la grandeur.
Mère d’une personne, non d’une nature
On objecte que Dieu, éternel et sans commencement, ne peut avoir de mère, et que Marie est seulement mère de l’homme Jésus. Mais une mère n’enfante pas une nature, elle enfante quelqu’un, une personne, et la personne que Marie a conçue et portée est le Fils éternel devenu homme. Ce qui revient à l’une de ses deux natures s’attribue à sa personne, sous quelque nom qu’on la désigne : on dit que le Fils de Dieu est né et qu’il est mort, bien que naître et mourir tiennent à sa seule chair, parce que c’est le même qui agit dans les deux natures. L’Écriture parle déjà ainsi, disant que Dieu s’est acquis l’Église « par son propre sang » Actes 20:28. Marie ne donne pas à son Fils son être divin, mais sa chair ; elle est Mère de Dieu parce que celui qu’elle enfante est Dieu. Lui refuser ce titre séparerait en Jésus deux sujets, l’homme né de Marie et un Dieu qui lui resterait étranger.
Sauvée plus parfaitement que tous
On objecte que l’Immaculée Conception ne se lit pas dans l’Écriture, et que Marie elle-même appelle Dieu son Sauveur. « Mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur. » Luc 1:47 L’ange la nomme pourtant d’un mot qui dit la plénitude de la grâce. « Réjouis-toi, comblée de grâce : le Seigneur est avec toi. » Luc 1:28 Là où le français dit « comblée de grâce », le grec porte un seul mot, kecharitōmenē (κεχαριτωμένη), une grâce déjà pleinement accomplie en elle avant qu’elle ait rien fait. Marie a bien été sauvée par le Christ, et plus parfaitement que tout autre : les autres rachetés sont relevés après être tombés, elle a été gardée de tomber, par les mérites de son Fils appliqués d’avance à l’instant de sa conception. Préserver quelqu’un du gouffre est une délivrance plus haute que l’en retirer ; appeler Dieu son Sauveur, c’est reconnaître ce qu’il a fait pour elle, non avouer une faute.
Les frères de Jésus et le « jusqu’à »
On objecte que les Évangiles parlent des « frères de Jésus », et qu’une mère de plusieurs enfants ne saurait être toujours vierge. Dans la langue de la Bible, le mot « frère » déborde la fratrie et couvre toute la parenté proche : le mot grec rendu par « frère », adelphos (ἀδελφός), s’étend aux cousins. Matthieu nomme parmi ces « frères » Jacques et Joseph. « Ses frères ne s’appellent-ils pas Jacques, Joseph, Simon et Jude ? » Matthieu 13:55 Or ces deux-là ont pour mère une autre Marie, présente à la Croix. « Marie, mère de Jacques et de Joseph. » Matthieu 27:56 On objecte encore que Joseph ne connut pas Marie « jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son fils ». « il n’eut pas de relations avec elle jusqu’à ce qu’elle mette au monde un fils. » Matthieu 1:25 Mais « jusqu’à » fixe un terme à ce qui précède sans rien affirmer de la suite, et l’Écriture l’emploie souvent ainsi. Il est dit de Mical qu’elle n’eut pas d’enfant « jusqu’au jour de sa mort » 2 Samuel 6:23, sans qu’elle en ait eu après ; et le Christ promet d’être avec ses disciples « jusqu’à la fin du monde » Matthieu 28:20, sans cesser de l’être au-delà. Le texte veut seulement dire que l’enfant n’est pas de Joseph. On objecte enfin qu’il est appelé le « premier-né », ce qui supposerait des frères venus après. Mais « premier-né » est un titre de la Loi, celui de l’aîné qui ouvre le sein maternel et se consacre à Dieu, qu’il ait ou non des cadets : « Consacre-moi tout premier-né, le premier fruit de tout sein maternel. » Exode 13:2 Le titre dit le rang, non une descendance ; Luc le donne à Jésus au jour même de sa naissance, quand nul autre enfant n’a pu venir. « elle mit au monde son fils premier-né. » Luc 2:7 La Croix le confirme : ayant des frères, le Christ ne remettrait pas sa mère à un disciple étranger ; en la confiant à Jean, il montre qu’elle n’a pas d’autre fils.
Élevée parce que sans péché
On objecte que l’Assomption ne se trouve pas dans l’Écriture, et que l’Église ne l’a définie qu’en 1950. La décomposition du corps est pourtant une suite du péché. « Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. » Genèse 3:19 Là où le péché n’a pas de prise, la corruption non plus : préservée de tout péché, Marie ne portait rien qui appelât la pourriture du tombeau, et son corps, qui avait donné sa chair au Christ, devait être élevé tout entier dans la gloire. Que l’Église l’ait définie tard ne la rend pas neuve : la définition recueille ce que la foi tenait depuis les premiers siècles, qui célébraient déjà la dormition de Marie et son élévation auprès de son Fils.
L’honneur qui revient à Dieu seul
Sur la prière adressée aux saints et l’unique médiation du Christ, voir La communion des saints et L’intercession des saints et des anges.