Marie, Mère de Dieu

On objecte que Marie ne peut être appelée Mère de Dieu. Dieu est éternel, sans commencement ni mère ; Marie, dit-on, est la mère de l'homme Jésus, non de la divinité. L'Église la confesse pourtant Mère de Dieu, et ce titre dit d'abord une vérité sur le Christ.

Une mère engendre une personne

Une mère met au monde quelqu'un, une personne, et non une nature. On ne dit jamais d'une femme qu'elle est mère d'une humanité ou d'une intelligence : elle est mère de tel être précis, de celui qu'elle a porté et enfanté. Ce qu'elle transmet, c'est la nature ; celui qu'elle enfante, c'est une personne.

Et cette personne est Dieu

Or la personne que Marie a conçue est le Fils éternel de Dieu, le Verbe qui a pris chair en elle : « Le Verbe s'est fait chair. » Jean 1:14 Celui qu'elle a porté en son sein est vrai Dieu et vrai homme, une seule personne en deux natures. Élisabeth la salue déjà comme la mère de son Seigneur : « Comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » Luc 1:43 Et l'Apôtre rapporte cette naissance à Dieu lui-même : « Dieu envoya son Fils, né d'une femme. » Galates 4:4

Ce qui se dit de la personne

De cette unité découle une règle de langage que l'Église nomme la communication des idiomes. Les idiomes sont les propriétés de chaque nature ; et comme le Christ est une seule personne, ce qui revient à l'une ou l'autre de ses natures s'attribue à cette unique personne, sous quelque nom qu'on la désigne. On peut donc dire en vérité que le Fils de Dieu est né, a souffert et est mort, bien que naître et mourir appartiennent à sa seule nature humaine : c'est le même qui agit et pâtit dans les deux. La règle porte sur la personne, non sur la nature prise à part : on dit que Dieu est né, parce que celui qui est né est Dieu, sans dire pour autant que la divinité serait née, car elle est sans commencement. L'Écriture parle déjà ainsi, attribuant à Dieu ce qui s'est accompli dans la chair : elle dit que les hommes ont crucifié « le Seigneur de gloire » 1 Corinthiens 2:8, et que Dieu s'est acquis l'Église « par son propre sang » Actes 20:28. Par cette même règle, Marie, qui a conçu et enfanté cette personne selon sa nature humaine, est vraiment Mère de Dieu, et non la mère du seul homme Jésus.

Sans être source de la divinité

Le titre n'enferme donc aucune confusion. Marie ne donne pas à son Fils son être divin, mais sa nature humaine : c'est en elle et d'elle que Dieu s'est fait homme. Elle est Mère de Dieu parce que celui qu'elle enfante est Dieu, non parce qu'elle serait à la source de sa divinité.

Un titre qui défend le Christ

Refuser ce nom reviendrait à séparer en Jésus deux sujets : l'homme que Marie aurait enfanté, et le Dieu qui lui resterait étranger. C'est ce qu'enseignait Nestorius, et que le concile d'Éphèse a rejeté en 431 en proclamant Marie Theotokos, mot grec qui signifie celle qui enfante Dieu. Le titre garde l'unité du Christ : celui que Marie a mis au monde est une seule personne, et cette personne est Dieu.