L'intercession des saints

L'intercession des saints repose sur la communion des saints, l'union de tous les membres de l'Église dans le Christ. Cette confiance rencontre trois objections : l'interdit de consulter les morts, l'idolâtrie, et l'atteinte à l'unique médiateur. Chacune se dissipe dès qu'on voit ce que l'on demande aux saints, et ce qu'ils sont.

Des vivants, et non des morts

Les saints du ciel sont vivants. Jésus le déclare en parlant des patriarches disparus depuis des siècles : « Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » Matthieu 22:32 Établis en Dieu, ils sont plus vivants que nous, et le voyant face à face, ils connaissent en lui ce qui les touche, jusqu'aux prières qu'on leur adresse. C'est ce qui répond au reproche tiré de l'interdit de consulter les morts : « Qu'on ne trouve chez toi personne qui interroge les morts. » Deutéronome 18:11 Cet interdit vise la nécromancie, qui veut forcer les défunts pour leur arracher un savoir caché, par la magie. L'invocation des saints relève d'un tout autre ordre : elle s'adresse à des vivants établis en Dieu, et leur demande humblement une prière. L'Écriture montre d'ailleurs un défunt intercédant pour les vivants : Jérémie, mort depuis longtemps, y apparaît comme « celui qui prie beaucoup pour le peuple et pour la ville sainte. » 2 Maccabées 15:14

L'adoration pour Dieu, l'honneur pour les saints

On objecte aussi l'idolâtrie : prier un saint reviendrait à adorer une créature. L'idolâtrie consiste à rendre à une créature le culte d'adoration dû à Dieu seul. Or ce culte n'appartient qu'à lui : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne rendras de culte qu'à lui seul. » Matthieu 4:10 Prier un saint relève d'un autre geste : on lui demande de prier Dieu pour nous, ce qui reconnaît que Dieu seul exauce, et que le saint n'est qu'un intercesseur. L'Église distingue ainsi deux honneurs que l'objection confond : l'adoration, ou latrie, réservée à Dieu seul ; la vénération, ou dulie, rendue aux saints en tant qu'amis de Dieu.

L'unique médiateur de la rédemption

Le dernier reproche invoque l'unique médiateur : « Il y a un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus. » 1 Timothée 2:5 Pour saisir cette unicité, il faut voir comment s'exerce la médiation. Le médiateur entre Dieu et les hommes est le prêtre, établi « pour présenter des offrandes et des sacrifices pour les péchés. » Hébreux 5:1 Or le Christ est l'unique et éternel grand prêtre de l'alliance nouvelle : il n'offre pas le sang des animaux, mais le sien, entrant une fois pour toutes dans le sanctuaire « avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. » Hébreux 9:12 Voilà ce que nul ne partage : un seul prêtre, un seul sacrifice, une seule rédemption. L'intercession est d'un autre ordre, car elle n'offre aucun sacrifice : elle prie. L'Apôtre la commande d'ailleurs dans le même chapitre, quelques lignes avant d'affirmer l'unique médiateur : « J'exhorte avant tout à faire des prières, des supplications et des intercessions pour tous les hommes. » 1 Timothée 2:1 S'il ne se contredit pas, c'est que demander une prière ne touche en rien à l'unique médiation. On objecte que la parole sur l'unique médiateur interdit de prier les saints du ciel ; mais elle ne distingue ni les morts ni les vivants. Si elle excluait l'intercession des saints, elle exclurait tout autant celle des vivants que Paul vient d'ordonner. Le Christ grand prêtre intercède du reste lui-même, « toujours vivant pour intercéder » en notre faveur Hébreux 7:25 Demander aux saints du ciel de prier pour nous ne touche donc pas à son unique sacerdoce : ils ne sacrifient pas, ils intercèdent, et leur prière passe tout entière par lui.