La communion des saints
Le Credo confesse la communion des saints. Elle désigne l’union de tous les membres de l’Église dans le Christ : les fidèles qui vivent encore sur la terre, les âmes qui se purifient avant de voir Dieu, et les bienheureux qui le contemplent déjà. Cette union tient au-delà de la mort, et elle permet aux uns de prier pour les autres.
La communion aux choses saintes
La communion des saints désigne d’abord la communion aux choses saintes : les biens sacrés que tous les membres de l’Église partagent. Ils tiennent une seule foi reçue des Apôtres, reçoivent les mêmes sacrements qui donnent la grâce, et d’abord l’eucharistie, le bien commun par excellence, qui fait de tous un seul corps. « Puisqu’il y a un seul pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique. » 1 Corinthiens 10:17 S’y ajoutent les dons que l’Esprit répartit pour l’utilité de tous, et la charité, par laquelle le bien de chacun devient profitable à l’ensemble. De cette communion aux biens saints naît la communion des personnes saintes.
Un seul corps dans le Christ
L’Église est un corps dont le Christ est la tête, et tous les baptisés en sont les membres. « Or vous êtes le corps du Christ et, chacun pour sa part, vous êtes ses membres. » 1 Corinthiens 12:27 De là vient leur solidarité : « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. » 1 Corinthiens 12:26 Ce corps s’étend au-delà de la mort, et trois états le composent. L’Église de la terre marche encore vers Dieu, dans la foi et le combat ; l’Église qui se purifie achève dans le purgatoire ce qui lui manque ; l’Église du ciel contemple Dieu face à face. On les nomme l’Église militante, l’Église souffrante et l’Église triomphante. Les bienheureux nous entourent comme « une si grande nuée de témoins » Hébreux 12:1 qui soutient notre course. Toutes ces demeures tiennent au même Christ et ne forment qu’un seul corps, que la mort ne divise pas.
L’échange des biens spirituels
Parce que les membres ne font qu’un corps, leurs biens spirituels circulent entre eux. Le bien d’un seul profite à tous : la prière, les mérites, les souffrances offertes de l’un soutiennent les autres, et l’abondance des saints supplée à la pauvreté de ceux qui peinent. Paul savait ses souffrances fécondes pour les autres. « ce qui manque aux détresses du Christ, je l’accomplis en ma chair pour son corps, qui est l’Église. » Colossiens 1:24 De cet échange se forme ce que l’Église appelle son trésor : la valeur infinie des mérites du Christ, à laquelle s’ajoutent les prières et les bonnes œuvres de la Vierge et de tous les saints, dont les mérites eux-mêmes tirent toute leur valeur de ceux du Christ. L’Église, à qui le Seigneur a remis les clés, « tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié aux cieux » Matthieu 16:19, puise dans ce trésor pour remettre à ses membres la peine temporelle que le péché laisse après le pardon : c’est l’indulgence, dont le concile de Trente a confirmé l’usage. Et chacun, par sa charité, verse à son tour dans ce trésor commun.
Les saints vivent en Dieu
Les bienheureux du ciel vivent pleinement en Dieu. Jésus l’affirme en parlant des patriarches morts depuis des siècles. « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » Matthieu 22:32 Les saints le contemplent face à face, et de cette vision ils tirent une vie plus haute que la nôtre. Ils connaissent nos prières non par un pouvoir qui leur serait propre, ni par une science illimitée qu’ils n’ont pas, mais en Dieu même : le voyant tel qu’il est, ils connaissent en lui ce qu’il leur découvre, et il leur découvre ce qui regarde leur charité. Or cette charité demeure tournée vers nous. « La charité ne passera jamais. » 1 Corinthiens 13:8 Unis à nous dans le même Christ, les saints continuent de nous aimer, et Dieu, qu’ils contemplent, leur découvre nos demandes.
Ils prient pour nous
Cette vie des saints est tout entière tournée vers Dieu et vers l’amour. Leur charité s’épanouit au seuil du ciel et les porte à prier pour ceux qui cheminent encore. L’Apocalypse montre les élus présentant devant Dieu « des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des saints. » Apocalypse 5:8 L’Ancien Testament le pressentait déjà : Onias voit apparaître Jérémie, mort depuis longtemps, « qui prie beaucoup pour le peuple et pour la ville sainte : Jérémie, le prophète de Dieu. » 2 Maccabées 15:14 Et le ciel se réjouit du repentir d’un seul pécheur : « il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. » Luc 15:10 Les saints prennent part à notre marche : ils intercèdent.
Les anges aussi prennent part à cette communion. Esprits chargés d’un service, ils veillent sur les hommes et portent leurs prières devant Dieu. « Ne sont-ils pas tous des esprits chargés d’un service, envoyés pour le bien de ceux qui doivent recevoir en héritage le salut ? » Hébreux 1:14 Se tenant sans cesse devant la face de Dieu, ils voient en lui ceux qu’ils gardent. « leurs anges dans les cieux voient sans cesse le visage de mon Père qui est aux cieux. » Matthieu 18:10 L’ange Raphaël présentait les prières de Tobie : « c’est moi qui présentais ta prière au Seigneur. » Tobie 12:12 On peut donc leur demander de prier pour nous, comme on le demande aux saints.
Nous prions pour les défunts
La communion joue aussi dans l’autre sens. Ceux qui ont quitté ce monde sans être pleinement purifiés achèvent leur purification avant de voir Dieu, dans l’état que l’Église nomme le purgatoire. L’Écriture en pose les appuis : rien de souillé n’entre dans la cité de Dieu, « Rien de souillé n’y entrera. » Apocalypse 21:27 ; et pourtant tel dont l’œuvre est brûlée « sera sauvé, mais comme à travers le feu. » 1 Corinthiens 3:15 Entre la souillure qui exclut et le salut qui demeure, une purification s’impose. Le mérite, lui, appartient à la vie terrestre, le temps du chemin où la volonté peut encore choisir, et que la mort vient fermer. « Tant qu’il fait jour, il nous faut accomplir les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut travailler. » Jean 9:4 Les défunts ne peuvent donc plus rien mériter pour eux-mêmes ; l’Église, unie à eux dans le Christ, les soulage par ses prières, ses aumônes et surtout par le sacrifice de la messe. L’Écriture montre déjà ce geste, lorsque Judas Maccabée fait offrir un sacrifice pour les soldats tombés au combat : « C’est là une pensée sainte et pieuse… afin qu’ils soient délivrés de leur péché. » 2 Maccabées 12:46 L’Église des premiers siècles priait de même : saint Cyrille de Jérusalem enseignait aux nouveaux baptisés qu’on nomme les défunts à l’autel, et saint Augustin, dans ses Confessions, demande qu’on prie pour sa mère Monique. Prier pour les défunts, c’est étendre au-delà de la mort la charité qui unit les membres d’un même corps.
Une grâce à recevoir
De cette communion naît la prière aux saints. Leur demander d’intercéder, c’est faire avec eux ce que les chrétiens font entre eux sur la terre, se confier les uns aux autres dans la prière. « Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres… La prière du juste, dans sa ferveur, a beaucoup de force. » Jacques 5:16 Déjà Paul demandait qu’on prie pour lui : « à combattre avec moi dans les prières que vous adressez à Dieu pour moi. » Romains 15:30 Prier les saints, ce n’est pas les adorer : l’adoration ne revient qu’à Dieu, « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, lui seul que tu serviras. » Matthieu 4:10 On vénère les saints et on leur demande leur prière, comme on la demandait à Paul. Cette intercession ne concurrence pas l’unique médiation du Christ, elle en découle : « il y a un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus. » 1 Timothée 2:5 C’est le même Paul qui, juste avant, invite à faire « des demandes, des prières, des intercessions… pour tous les hommes. » 1 Timothée 2:1 Loin d’écarter l’entraide des membres, l’unique Médiateur la fonde. Et les saints établis en Dieu lui sont les plus proches. Les prier, c’est entrer dans leur amitié, prendre pour compagnons de route ceux qui ont déjà rejoint le terme, et goûter dès maintenant la communion qui unit toute l’Église.