Marie
Marie est la Vierge que Dieu a choisie pour mère de son Fils fait homme. Tout ce que la foi reconnaît en elle découle de cette maternité : Dieu l’a préparée à la porter en la comblant de sa grâce dès le premier instant de sa vie, et au jour de l’Annonciation elle a donné un consentement libre et entier par lequel le Sauveur est entré dans le monde. « quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi. » Galates 4:4
Mère de Dieu
Marie est Mère de Dieu, car celui qu’elle a conçu et enfanté est Dieu, le Fils éternel devenu homme. Une mère met au monde une personne, et la personne qu’elle a portée en son sein est Dieu lui-même. L’Église la confesse donc Theotokos (Θεοτόκος), « celle qui enfante Dieu », titre que le concile d’Éphèse a défini en 431. On contestait alors ce nom : Nestorius, évêque de Constantinople, voulait qu’on l’appelât seulement mère du Christ, et non Mère de Dieu, comme si Marie n’avait donné le jour qu’à l’homme Jésus, uni au Verbe sans être vraiment un avec lui. Saint Cyrille d’Alexandrie répondit qu’une mère n’enfante pas une nature mais une personne, et que la personne née de Marie est le Verbe de Dieu fait chair : lui refuser le titre de Mère de Dieu, ce serait diviser le Christ en deux. En la confessant Theotokos, l’Église confesse d’abord que Jésus est un seul, vrai Dieu et vrai homme. L’enfant qu’elle met au monde est Dieu présent parmi les hommes. « On l’appellera Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous. » Matthieu 1:23 De cette maternité divine viennent tous ses autres privilèges : ils conviennent à celle dont le sein a été le premier sanctuaire du Verbe.
La nouvelle Ève
Dès la chute, Dieu avait annoncé une femme dont la descendance briserait le pouvoir du mal. « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne : il t’écrasera la tête, et toi, tu le blesseras au talon. » Genèse 3:15 Celui qui écrase la tête du serpent est la descendance de la femme, le Christ vainqueur du mal ; mais cette victoire passe par la femme dont il naît et qui lui est unie, en sorte que l’Écriture les associe dans une même hostilité contre le serpent. Cette hostilité est entière : elle ne laisse aucun instant où cette femme aurait appartenu au mal. Marie est cette femme, et l’Église la reconnaît comme la nouvelle Ève. La première Ève, vierge et sans péché, a écouté le serpent et entraîné la chute ; Marie, vierge et comblée de grâce, écoute la parole de Dieu et accueille en elle le Sauveur du monde. « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole. » Luc 1:38 Ce que la désobéissance de l’une avait noué, l’obéissance de l’autre le dénoue : par son consentement, Marie coopère à l’œuvre du salut que son Fils accomplit. Cette lecture n’est pas une nouveauté : dès le deuxième siècle, saint Justin rapproche la vierge Ève, qui accueille la parole du serpent et enfante la désobéissance, de la vierge Marie, qui accueille la parole de l’ange et porte le Sauveur ; saint Irénée reprend l’image du nœud, que la désobéissance d’Ève avait serré et que l’obéissance de Marie a défait. Comparer les deux femmes appartient donc à la foi de l’Église depuis ses origines.
L’Immaculée Conception
L’Immaculée Conception est le privilège par lequel Marie a été préservée du péché originel dès le premier instant de son existence, dans le sein de sa mère. Depuis la faute des origines, tout homme naît privé de la grâce sanctifiante que Dieu voulait pour l’humanité ; cet état de privation, transmis à tous comme un héritage, est le péché originel. Marie seule en a été gardée indemne, comblée de grâce avant même de pouvoir agir. L’ange la salue par ce nom de grâce avant tout autre. « Réjouis-toi, comblée de grâce : le Seigneur est avec toi. » Luc 1:28 Là où le français dit « comblée de grâce », le grec porte un seul mot que l’ange emploie à la place de son nom, kecharitōmenē (κεχαριτωμένη) : il dit une grâce déjà pleinement accomplie en elle, et qui demeure.
Marie aussi a été sauvée par le Christ, et plus parfaitement que tout autre. Les autres rachetés sont relevés après être tombés ; Marie a été gardée de tomber, par les mérites de son Fils appliqués d’avance à l’instant de sa conception. Préserver quelqu’un du gouffre est une délivrance plus haute que l’en retirer une fois tombé : le salut du Christ atteint donc Marie de la manière la plus parfaite, et elle en est le fruit le plus pur. Elle-même reconnaît Dieu pour son Sauveur. « Mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur. » Luc 1:47 L’Église a confessé dès les premiers siècles la sainteté unique de celle qu’elle nommait la toute-sainte ; en 1854 elle a proclamé l’Immaculée Conception comme un dogme de foi, et peu après, à Lourdes, la Vierge se désigna elle-même : « Je suis l’Immaculée Conception. »
Toujours Vierge
Marie est demeurée vierge toute sa vie : avant, pendant et après la naissance du Christ. L’Église confesse ce triple privilège et l’appelle « toujours Vierge ». Il dit la consécration entière de Marie à Dieu et l’origine de l’enfant qu’elle porte.
Elle conçoit son Fils par la seule puissance de l’Esprit Saint, sans le concours d’aucun homme. À l’ange qui lui annonce un fils, elle répond par l’étonnement de la vierge. « Comment cela se fera-t-il, puisque je n’ai pas de relations avec un homme ? » Luc 1:34 Et l’ange lui révèle l’œuvre de Dieu. « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » Luc 1:35 Isaïe l’avait annoncé. « Voici que la Vierge est enceinte, elle enfante un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » Isaïe 7:14
Elle met au monde son Fils sans rien perdre de son intégrité virginale : ce que l’Église confesse de la naissance du Christ, c’est que Marie est demeurée vierge en l’enfantant, comme elle l’avait conçu virginalement. Cet enfantement ne l’atteint pas comme celui des autres mères ; il échappe au régime de la chute et manifeste que son enfant vient de Dieu, et non de la chair. Ézéchiel l’avait figurée sous les traits d’une porte du sanctuaire, par laquelle seul le Seigneur passe et qui demeure fermée. « Cette porte restera fermée, elle ne s’ouvrira pas ; nul n’y passera, car le Seigneur, le Dieu d’Israël, est entré par elle. » Ézéchiel 44:2
Elle demeure vierge toute sa vie, sans autre enfant : sa virginité est la consécration définitive de celle qui a porté Dieu, le sanctuaire réservé à lui seul. Les Évangiles parlent pourtant des « frères de Jésus ». Dans la langue de la Bible, le mot « frère » déborde la fratrie : l’hébreu et l’araméen n’ont pas de terme distinct pour le cousin ou le neveu, et un même mot couvre toute la parenté proche. Ainsi Abraham appelle Lot son frère, alors que Lot est son neveu. « Car nous sommes frères. » Genèse 13:8 Les Évangiles, écrits en grec sur ce fond sémitique, gardent cet usage : le mot grec rendu par « frère », adelphos (ἀδελφός), s’étend aux cousins comme aux parents éloignés. Matthieu nomme d’ailleurs parmi ces « frères » Jacques et Joseph. « Ses frères ne s’appellent-ils pas Jacques, Joseph, Simon et Jude ? » Matthieu 13:55 Or ces deux-là ont pour mère une autre Marie, présente au pied de la Croix. « Parmi elles, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et de Joseph. » Matthieu 27:56 Dans la coutume d’Israël, le soin d’une mère restée seule revenait à ses fils ; le Christ mourant remet pourtant la sienne au disciple qu’il aimait, non à un autre fils, signe qu’elle n’en a pas. Sa virginité annonce une humanité nouvelle, qui ne naît plus de la chair mais de Dieu. « Ils ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » Jean 1:13
La nouvelle Arche
Marie est la nouvelle Arche de l’alliance. L’arche d’autrefois était le coffre le plus saint d’Israël, recouvert d’or, où Dieu se rendait présent au milieu de son peuple. Elle gardait trois signes de l’alliance : les tables de la Loi, une part de manne et le bâton d’Aaron. « Dans l’arche se trouvaient l’urne d’or contenant la manne, le bâton d’Aaron, et les tables de l’alliance. » Hébreux 9:4 Marie porte la réalité que ces trois signes annonçaient : le Verbe, Parole vivante de Dieu ; le pain de vie descendu du ciel ; le prêtre éternel qui s’offrira pour le monde. Ce que l’arche gardait en figure, Marie le donne en personne. L’arche annonçait aussi sa pureté : faite d’un bois incorruptible et revêtue d’or pur au-dedans comme au-dehors. « Tu la plaqueras d’or pur, au-dedans et au-dehors. » Exode 25:11
L’arche reposait au cœur de la Demeure, le sanctuaire où Dieu se rendait présent au-dessus d’elle. Quand cette Demeure fut achevée au désert, la nuée la couvrit et la gloire de Dieu la remplit. « La nuée couvrit la tente de la rencontre, et la gloire du Seigneur remplit la Demeure. » Exode 40:34-35 Dans la version grecque de l’Ancien Testament, la Septante, le verbe qui dit cette nuée est episkiazō (ἐπισκιάζω), « couvrir de son ombre » ; c’est ce verbe que l’ange reprend à l’Annonciation quand il annonce que la puissance du Très-Haut prendra Marie sous son ombre. Ce que la nuée faisait sur la Demeure qui abritait l’arche, l’Esprit le fait sur Marie : la gloire de Dieu vient l’habiter, et elle devient elle-même la nouvelle Arche, le lieu de la présence.
L’Évangile raconte la Visitation sur le modèle de l’arche montant vers Jérusalem au temps de David. Marie se lève et part en hâte vers la montagne de Judée, comme l’arche y était montée. Devant l’arche, David s’était écrié. « Comment l’arche du Seigneur viendrait-elle vers moi ? » 2 Samuel 6:9 Élisabeth accueille Marie par les mêmes mots. « Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Luc 1:43 David dansait de joie devant l’arche. « David dansait de toutes ses forces devant le Seigneur. » 2 Samuel 6:14 Jean-Baptiste tressaille d’allégresse dans le sein de sa mère à l’approche de Marie. « L’enfant tressaillit dans son sein. » Luc 1:41 Et Marie demeure environ trois mois auprès d’Élisabeth, comme l’arche était restée trois mois dans la maison d’Obed-Édom. « Marie resta avec elle environ trois mois. » Luc 1:56
Au terme de l’Écriture, l’arche reparaît dans une vision : le sanctuaire du ciel s’ouvre et l’arche de l’alliance s’y montre. « Alors s’ouvrit le sanctuaire de Dieu dans le ciel, et l’arche de son alliance apparut dans son sanctuaire. » Apocalypse 11:19 Aussitôt se lève une femme enveloppée de soleil, couronnée de douze étoiles. « Un grand signe parut dans le ciel : une femme enveloppée de soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur la tête. » Apocalypse 12:1 L’arche et la femme sont une seule réalité : Marie, qui porte le Sauveur.
Le tabernacle de Dieu
Du temps de Moïse, au désert, Dieu se rendait présent au milieu de son peuple dans une tente sacrée. Cette tente n’était qu’une figure ; ce qu’elle annonçait est venu en personne. « Et le Verbe s’est fait chair, et il a planté sa tente parmi nous. » Jean 1:14 Le mot grec rendu par « il a planté sa tente », eskēnōsen (ἐσκήνωσεν), dérive du nom de cette tente sainte, la skēnē (σκηνή) : le Verbe, en s’incarnant, a dressé sa demeure parmi nous.
Dans cette tente, puis dans le Temple qui lui succéda, la partie la plus retirée portait le nom de saint des saints. Un grand voile la séparait du reste ; elle abritait l’arche, et la présence de Dieu y reposait. Son accès était fermé à tous, sauf à un seul homme, à un seul moment. « Dans la seconde partie, le grand prêtre seul entre, une fois par an. » Hébreux 9:7
C’est en Marie que le Verbe a planté sa tente : son sein est le saint des saints de la nouvelle alliance, où le Seigneur lui-même a reposé, non plus au-dessus de l’arche, mais dans la chair qu’il prenait d’elle. Et de même que le grand prêtre franchissait seul le voile pour se tenir devant cette présence, le Christ, prêtre éternel, fut le seul à habiter le sanctuaire que fut le corps de sa Mère.
L’Assomption
L’Assomption est le mystère par lequel Marie, au terme de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme dans la gloire du ciel. Le mot vient du latin assumere, prendre avec soi : Dieu a pris Marie auprès de lui tout entière. Le Christ est monté au ciel par sa propre puissance le jour de l’Ascension ; Marie y a été élevée par la puissance de son Fils, reçue dans la gloire par Celui qu’elle avait porté. La Tradition ancienne parle de sa dormition, ce sommeil paisible au terme de sa vie, et l’Église a laissé indéfinie la question de savoir si elle a d’abord connu la mort.
La décomposition du corps dans le tombeau est une suite du péché, entrée dans la condition humaine avec la faute des origines. « Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. » Genèse 3:19 Là où le péché demeure absent, cette corruption n’a aucune prise : le Christ, livré à la mort sans avoir connu le péché, n’a pas vu sa chair se décomposer. « Sa chair n’a pas vu la corruption. » Actes 2:31 Comblée de grâce et préservée de tout péché, Marie ne portait rien qui appelât la corruption du tombeau. Cette chair avait donné sa propre substance au Christ et porté l’Auteur de la vie ; il convenait qu’elle fût élevée tout entière dans la gloire, comme le corps de son Fils.
Ce que Marie vit déjà, tous les sauvés l’attendent : à la fin des temps, les corps des justes ressusciteront et seront unis à leur âme dans la gloire. Marie est la première à connaître pleinement cette victoire, par avance et tout entière, et en elle la promesse faite à l’humanité est déjà accomplie. « La mort a été engloutie dans la victoire. » 1 Corinthiens 15:54 L’Église a proclamé l’Assomption dogme de foi en 1950, recueillant ce que la Tradition tenait depuis les premiers siècles.
Reine du ciel
Élevée dans la gloire auprès de son Fils, Marie partage sa royauté. Cette dignité découle de sa maternité : elle est la mère du Roi dont le règne ne finit pas, comme l’ange l’avait annoncé. « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours, et son règne n’aura pas de fin. » Luc 1:32-33 Dans la monarchie de David, c’est la mère du roi, et non l’épouse, qui portait le titre de reine : elle recevait un titre officiel, siégeait à la droite du roi et lui présentait les demandes du peuple. Lorsque Bethsabée vient trouver son fils Salomon, le roi se lève et la fait asseoir à sa droite. « Le roi se leva à sa rencontre et se prosterna devant elle, puis on plaça un trône pour la mère du roi, et elle s’assit à sa droite. » 1 Rois 2:19 Mère du Roi promis, fils de David, Marie est la reine de son Royaume.
Le psaume royal l’avait chantée par avance. « À ta droite se tient la reine, parée de l’or d’Ophir. » Psaume 45:10 Élevée à la droite de son Fils, couronnée de douze étoiles dans la vision du ciel, elle partage la gloire de son règne. Sa royauté tient aussi à sa part dans l’œuvre du Roi : unie à lui tout au long de sa vie, elle s’est tenue auprès de lui jusqu’à la Croix, traversée par la même douleur. « et toi-même, une épée te transpercera l’âme. » Luc 2:35 Celle qui a partagé l’offrande partage le triomphe.
La première des croyants
Avant d’être donnée pour mère, Marie est la première des disciples. Elle a cru à la parole de Dieu et s’y est livrée sans réserve, et c’est sa foi qu’Élisabeth proclame heureuse. « Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur. » Luc 1:45 Cette foi a duré toute sa vie : devant les paroles et les événements dont le sens lui échappait encore, elle les recueillait et les gardait au-dedans, les laissant peu à peu livrer leur lumière. « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » Luc 2:19 Ainsi a-t-elle avancé dans la foi jusqu’au pied de la Croix, modèle de celui qui accueille la parole de Dieu et la garde. « Sa mère gardait tous ces événements dans son cœur. » Luc 2:51 C’est cette foi que toutes les générations reconnaissent. « Désormais, tous les âges me diront bienheureuse. » Luc 1:48
Le cantique de Marie
Quand Élisabeth la proclame bienheureuse, Marie répond par un chant de louange que l’Église reprend chaque soir : le Magnificat, ainsi nommé d’après son premier mot latin, « il magnifie ». Elle n’y parle pas d’elle-même, mais de Dieu qui agit en elle. « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur, car il a posé son regard sur son humble servante. » Luc 1:46-48 Sa grandeur est celle d’une pauvre que le Seigneur a regardée. Son chant prolonge celui d’Anne, la mère de Samuel, qui avait loué le Dieu qui renverse les puissants et relève les humbles. « De la poussière il relève le faible, du tas de cendres il retire le pauvre. » 1 Samuel 2:8 En Marie, cette espérance des humbles d’Israël trouve son accomplissement : Dieu abaisse les orgueilleux et élève les petits. « Il a renversé les puissants de leurs trônes et il a élevé les humbles. » Luc 1:52
Notre mère
Du haut de la Croix, le Christ a confié sa mère au disciple qu’il aimait, et en lui à tous ses disciples. « Voici ta mère. Et de cette heure, le disciple la prit chez lui. » Jean 19:26-27 Marie est ainsi devenue la mère de tous les croyants et la mère de l’Église. Comme la reine mère portait au roi les demandes du peuple, elle présente au Christ les besoins des hommes et leur obtient sa grâce ; sa royauté s’exerce tout entière dans cette intercession qui ramène à lui. Aux noces de Cana, elle remarque le manque et le porte simplement devant lui. « Ils n’ont pas de vin. » Jean 2:3 Puis elle écarte d’elle-même tout regard pour le diriger vers son Fils, dans la parole qui résume tout ce qu’elle enseigne. « Faites tout ce qu’il vous dira. » Jean 2:5
La vénérer sans l’adorer
L’Église adore Dieu seul et vénère Marie : ces deux gestes ne sont pas de même nature. L’adoration, que les théologiens nomment latrie, du grec latreia (λατρεία), reconnaît en Dieu le Créateur et ne se rend qu’à lui ; la donner à un autre serait de l’idolâtrie. Le Christ lui-même le rappelle au désert. « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, lui seul que tu serviras. » Matthieu 4:10 L’honneur rendu aux saints est d’un autre ordre : on l’appelle dulie, du grec douleia (δουλεία), « service » ; il honore en eux l’œuvre de la grâce de Dieu, sans jamais les mettre à sa place. Parce que Marie est la Mère de Dieu et la plus comblée de grâce des créatures, l’honneur qui lui revient dépasse celui de tous les saints : l’Église le nomme hyperdulie, une vénération plus haute, mais qui reste vénération et non adoration. Cet honneur ne détourne pas de Dieu, il y ramène : tout ce que Marie possède, elle le tient de lui, et toute louange qui monte vers elle retourne à Celui qui a fait en elle de grandes choses. « Le Puissant a fait pour moi de grandes choses. » Luc 1:49