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Le Sinaï et l’alliance

Trois mois séparent la mer du Sinaï, et ces trois mois forment l’apprentissage d’un peuple : Dieu nourrit Israël au désert, le fait boire, le défend, puis le conduit au pied de la montagne où il conclut avec lui une alliance, lui donne les dix commandements et scelle le tout dans le sang. Au pied de cette même montagne, le peuple tombe dans l’idolâtrie ; l’intercession de Moïse obtient le pardon, et l’alliance est renouvelée.

Les eaux de Mara

Trois jours après la mer, le peuple marchait au désert sans trouver d’eau. Il arriva à Mara, où l’eau était imbuvable parce qu’amère, et il murmura contre Moïse. Moïse cria vers le Seigneur, qui lui indiqua un bois ; il le jeta dans l’eau, et l’eau devint douce. « Là, Dieu donna au peuple un statut et un droit, et là il le mit à l’épreuve » Exode 15:25 Dès cette première étape, avant la grande Loi du Sinaï, Dieu commence à régler la vie de son peuple, et il attache cette obéissance à une promesse : si tu écoutes la voix du Seigneur ton Dieu, aucune des maladies de l’Égypte ne viendra sur toi, « car je suis le Seigneur qui te guérit » Exode 15:26 Puis le peuple campa à Élim, près de douze sources d’eau et de soixante-dix palmiers.

Le désert sera une école : chaque manque mettra le peuple à l’épreuve, et chaque épreuve enseignera la même chose, que la vie d’Israël tient à Dieu seul. Dès la première soif, Dieu se révèle sous un nom nouveau : celui qui guérit.

La manne, le pain du ciel

Au désert de Sin, un mois après la sortie, la faim fit murmurer toute l’assemblée contre Moïse et Aaron : en Égypte, au moins, ils s’asseyaient devant des marmites de viande et mangeaient du pain à satiété ; vous nous avez fait sortir dans ce désert pour y faire mourir de faim toute cette assemblée. Dieu répondit : « Voici, je vais faire pleuvoir pour vous du pain du haut du ciel. Le peuple sortira en ramasser jour par jour la provision du jour, afin que je le mette à l’épreuve : marchera-t-il dans ma loi, ou non ? » Exode 16:4, et il annonça à ces affamés les deux nourritures qu’ils regrettaient, la viande et le pain : « Le soir, vous mangerez de la viande, et au matin vous vous rassasierez de pain, et vous saurez que je suis le Seigneur, votre Dieu » Exode 16:12 Le soir, en effet, des cailles s’abattirent sur le camp : ainsi vint la viande annoncée. Au matin, une couche fine restait sur le sol, comme du givre : c’était le pain. Les fils d’Israël se dirent les uns aux autres : qu’est-ce que cela ? En hébreu, man hou (מָן הוּא), et cette question devint le nom du pain : la manne, man (מָן). Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger » Exode 16:15 Elle ressemblait à de la graine de coriandre, blanche, au goût de gâteau de miel. Chacun en ramassait selon sa faim, jour après jour ; ce qu’on en gardait pour le lendemain se remplissait de vers et pourrissait. Le sixième jour, la portion était double, car le lendemain était « un jour de repos, un sabbat consacré au Seigneur » Exode 16:23 : Dieu donnait la veille de quoi le traverser, et cette portion-là, gardée jusqu’au matin, ne pourrissait pas. Israël mangea la manne quarante ans, jusqu’aux frontières de Canaan.

Ce pain porte une figure que Jésus lui-même dévoilera : « Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Je suis le pain vivant descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde » Jean 6:49, 51 La manne est la figure de l’Eucharistie, le vrai pain du ciel donné chaque jour au peuple de Dieu en marche.

L’eau du rocher et le combat d’Amalec

Le peuple campa ensuite à Rephidim, une étape du désert où il n’y avait pas d’eau à boire, et la querelle éclata : pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte, pour nous faire mourir de soif avec nos enfants et nos troupeaux ? Dieu dit à Moïse de prendre son bâton et de marcher devant le peuple : « Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher, en Horeb ; tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira » Exode 17:6 Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens, et il nomma ce lieu Massah et Méribah, en hébreu Massah (מַסָּה), « l’Épreuve », et Meribah (מְרִיבָה), « la Querelle », parce que le peuple avait tenté le Seigneur en disant : le Seigneur est-il au milieu de nous, ou non ?

Dieu avait annoncé qu’il se tiendrait devant Moïse sur le rocher, et sa présence visible accompagnait alors le peuple dans la colonne de nuée et de feu, qui ne se retirait pas de devant lui. Paul nomme qui était cette présence qui accompagnait Israël et l’abreuvait : « ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ » 1 Corinthiens 10:4 : le Christ, Dieu présent au milieu de son peuple, était la source véritable de cette eau.

À Rephidim encore, Amalec, un peuple nomade du désert issu d’Ésaü (Genèse 36:12), vint attaquer Israël. Josué mena le combat dans la plaine, et Moïse monta sur la colline avec le bâton de Dieu : « lorsque Moïse tenait sa main levée, Israël était le plus fort ; lorsqu’il laissait tomber sa main, Amalec était le plus fort » Exode 17:11 Josué combat dans la plaine, et l’issue suit les mains de Moïse sur la colline : les mains levées sont la prière qui soutient la bataille. Et la prière elle-même connaît la fatigue : les bras de Moïse fléchissent, on le fait asseoir sur une pierre, et Aaron et Hur soutiennent ses mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, jusqu’au coucher du soleil. Le médiateur lui-même a besoin d’être soutenu.

Le conseil de Jéthro

Jéthro, le prêtre de Madiân qui avait accueilli Moïse pendant son exil et lui avait donné sa fille en mariage, vint le trouver au désert. Il lui ramenait Séphora, la femme de Moïse, que Moïse avait renvoyée, ainsi que leurs deux fils, Gersam et Éliézer, ce dernier nommé ainsi car « le Dieu de mon père m’a secouru et m’a délivré de l’épée de Pharaon » Exode 18:4 et il se réjouit de tout ce que Dieu avait fait pour Israël. Le lendemain, il vit Moïse siéger seul pour juger le peuple du matin au soir, tous venant à lui pour leurs différends, et il l’avertit : « Tu succomberas certainement, toi et le peuple qui est avec toi ; la tâche est au-dessus de tes forces, tu ne peux pas y suffire seul » Exode 18:18 Il lui donna ce conseil : que Moïse reste, lui, l’homme qui porte les causes devant Dieu et qui enseigne au peuple la voie à suivre, et que des juges soient établis sous lui pour le reste : choisir parmi tout le peuple « des hommes capables et craignant Dieu, des hommes intègres, ennemis de la cupidité » Exode 18:21, et les placer à la tête de mille, de cent, de cinquante et de dix, pour trancher eux-mêmes les petites causes et ne renvoyer à Moïse que les grandes. « Moïse écouta la voix de son beau-père et fit tout ce qu’il avait dit » Exode 18:24

Moïse parle avec Dieu, et il écoute le conseil d’un homme : la sagesse de Dieu passe aussi par la bouche des hommes, et Moïse a l’humilité de la recevoir. Le conseil donne à Israël sa première institution durable, une charge de gouvernement répartie par degrés.

La rencontre au Sinaï

Au troisième mois, Israël campa devant la montagne du Sinaï, et Dieu y proposa son alliance, en rappelant d’abord ce qu’il avait fait : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi » Exode 19:4 Puis il dit l’élection : « Maintenant, si vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez mon peuple particulier parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi ; vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte » Exode 19:5-6 Le peuple tout entier répondit : tout ce qu’a dit le Seigneur, nous le ferons. Dieu ordonna alors de préparer la rencontre : deux jours pour que le peuple se sanctifie et lave ses vêtements, « car le troisième jour, le Seigneur descendra, aux yeux de tout le peuple, sur la montagne du Sinaï » Exode 19:11, et une limite fut tracée autour de la montagne, que nul ne devait franchir sous peine de mort. Le troisième jour au matin, il y eut des tonnerres, des éclairs et un son de trompe très fort, et une nuée épaisse couvrait la montagne. C’est la même présence qui guidait le peuple dans la colonne de nuée et de feu : elle se tient désormais sur la montagne, comme Dieu l’avait annoncé, « je vais venir à toi dans une nuée épaisse » Exode 19:9 Dieu descendit sur la montagne dans le feu ; la fumée s’élevait comme celle d’une fournaise, et toute la montagne tremblait.

La grâce précède la demande : Dieu rappelle d’abord ce qu’il a fait, les ailes d’aigle qui ont porté le peuple jusqu’à lui, et propose ensuite son alliance. Et Israël est choisi parmi tous les peuples au bénéfice de tous : un royaume de prêtres, une nation mise à part pour porter Dieu au monde, en attendant l’heure où la révélation atteindrait toutes les nations. Dieu se révèle par degrés : il s’est fait connaître aux patriarches par ses promesses, à Moïse par son Nom au buisson, et il franchit ici une étape nouvelle en se liant à tout un peuple par une alliance. Pierre reprendra ces mots pour l’Église, où cette élection trouve son accomplissement : « vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis » 1 Pierre 2:9

Le Décalogue, les dix commandements

Du milieu du feu, Dieu prononça les dix commandements, et le premier pose le fondement de tous : « Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face » Exode 20:2-3 Suivent l’interdiction des images taillées et du nom de Dieu prononcé en vain, le sabbat à sanctifier, le père et la mère à honorer, puis les commandements qui gardent la vie du prochain : tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne convoiteras pas. Devant les tonnerres et la montagne fumante, le peuple se tint à distance et demanda un médiateur : « Parle-nous, toi, et nous écouterons ; mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions » Exode 20:19 Moïse répondit : « Soyez sans frayeur : c’est pour vous mettre à l’épreuve que Dieu est venu, et pour que sa crainte demeure devant vous, afin que vous ne péchiez pas » Exode 20:20

La Loi commence par un rappel du salut : « qui t’ai fait sortir de la maison de servitude ». Dieu délivre d’abord, et commande ensuite ; les dix commandements sont la charte d’un peuple déjà libéré, le chemin pour demeurer dans la liberté reçue, et la délivrance n’a jamais été la récompense de leur observance. Les deux tables disent les deux amours : les premiers commandements règlent tout ce qui regarde Dieu, les suivants tout ce qui regarde le prochain. L’épreuve dont parle Moïse est une formation : Dieu fait voir sa grandeur pour graver dans le cœur du peuple sa crainte, crainte qui est une garde contre le péché.

Le sang de l’alliance

Après les dix commandements, Dieu donna à Moïse un ensemble de lois qui en déploient l’application : le culte, les serviteurs, les dommages, les fêtes (Exode 21-23). Moïse rapporta au peuple toutes ces paroles et les mit par écrit : c’est le livre de l’alliance. Au matin, il bâtit un autel au pied de la montagne, une table de pierres dressée pour offrir les sacrifices, et il érigea douze pierres pour les douze tribus d’Israël, les descendances des douze fils de Jacob ; de jeunes gens offrirent des holocaustes et immolèrent des taureaux en sacrifices de paix. Moïse recueillit le sang des victimes : il en répandit la moitié sur l’autel, puis lut le livre de l’alliance au peuple, qui répondit : « Tout ce qu’a dit le Seigneur, nous le ferons et nous y obéirons » Exode 24:7 ; et il aspergea le peuple de l’autre moitié : « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous sur toutes ces paroles » Exode 24:8 Moïse monta ensuite avec Aaron, ses fils et soixante-dix anciens : « ils virent le Dieu d’Israël ; sous ses pieds, c’était comme un pavement de saphir, pur comme le ciel même » Exode 24:10, et Dieu n’étendit pas sa main sur eux : ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent.

Le même sang touche l’autel, qui représente Dieu, et le peuple : l’alliance unit les deux dans une même vie. Quant à la vision des anciens, le texte pèse chaque mot. Voir Dieu, pour un homme, dépasse les forces de la créature : Dieu le dira lui-même à Moïse, « l’homme ne peut me voir et vivre » Exode 33:20 ; c’est pourquoi le peuple s’attendait à mourir si Dieu lui parlait. Les anciens ne contemplent donc pas l’être de Dieu : ils reçoivent une manifestation de sa gloire, ce pavement pur comme le ciel, le sol de saphir sur lequel Dieu se tient, semblable au trône de saphir qu’Ézéchiel verra à son tour (Ézéchiel 1:26). La merveille est dite en une phrase : Dieu n’étendit pas sa main sur eux. Couverts par le sang de l’alliance qui vient d’être répandu, des hommes mangent et boivent devant Dieu et restent en vie : l’alliance s’achève en repas, et ce repas devant Dieu annonce le banquet où Dieu se donnera. C’est ce sang que le Christ nommera en instituant l’Eucharistie : « ceci est mon sang, le sang de l’alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés » Matthieu 26:28

Puis Moïse se leva avec Josué, son serviteur, et dit aux anciens de l’attendre avec Aaron et Hur. La nuée couvrit la montagne, et la gloire du Seigneur apparaissait aux yeux du peuple comme un feu dévorant sur le sommet ; Moïse entra au milieu de la nuée et y demeura quarante jours et quarante nuits. Pendant ce séjour, Dieu lui prescrivit la Demeure, le sanctuaire qu’Israël allait construire pour que Dieu habite au milieu du camp, et il lui donna les deux tables de pierre du témoignage, où les dix commandements étaient écrits du doigt de Dieu.

La faute du veau d’or

Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre, s’assembla autour d’Aaron : « Allons, fais-nous un dieu qui marche devant nous ; car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter d’Égypte, nous ne savons pas ce qu’il est devenu » Exode 32:1 Aaron reçut les anneaux d’or du peuple et en façonna un veau de métal fondu, et ils dirent : « Israël, voici ton dieu, qui t’a fait monter du pays d’Égypte » Exode 32:4 On dressa un autel, on offrit des sacrifices, et le peuple s’assit pour manger et boire, puis se leva pour se divertir. Dieu dit à Moïse de descendre : « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Maintenant, laisse-moi : que ma colère s’embrase contre eux et que je les consume ; mais de toi je ferai une grande nation » Exode 32:9-10

Au pied même de la montagne, pendant que Dieu donne l’alliance, le peuple la rompt : le premier commandement, tu n’auras pas d’autres dieux, est violé le premier. Le psalmiste dira la mesure de l’échange : « Ils échangèrent leur gloire contre la figure d’un bœuf qui mange l’herbe » Psaume 106:20 Et Isaïe peindra la même absurdité : un homme coupe du bois, « il en brûle la moitié au feu ; sur les braises il cuit sa viande et se rassasie ; et de ce qui reste il se fait un dieu, son idole : il se prosterne devant elle et la prie : délivre-moi, car tu es mon dieu » Isaïe 44:16-17

L’intercession de Moïse

« Que ma colère s’embrase contre eux et que je les consume ; mais de toi je ferai une grande nation » Exode 32:10 Moïse refusa et plaida. Il opposa à la colère deux arguments : la gloire de Dieu devant l’Égypte, qui dirait que le Seigneur a fait sortir son peuple pour le faire périr dans les montagnes, et la parole jurée : « Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, à qui tu as juré par toi-même : je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel » Exode 32:13 « Et le Seigneur se repentit du mal qu’il avait parlé de faire à son peuple » Exode 32:14 Moïse descendit, vit le veau et les danses, et sa colère s’enflamma : il brisa les deux tables au pied de la montagne, brûla le veau et le réduisit en poussière. Puis il se tint à la porte du camp et cria : « À moi ceux qui sont pour le Seigneur ! » Exode 32:26 ; les fils de Lévi se rassemblèrent autour de lui, et Moïse leur transmit l’ordre de Dieu : que chacun ceigne son épée, traverse le camp et frappe les coupables, sans épargner frère, compagnon ni parent ; environ trois mille hommes, parmi ceux qui avaient adoré le veau, tombèrent ce jour-là. Le lendemain, Moïse remonta vers Dieu : « Ah ! ce peuple a commis un grand péché : ils se sont fait un dieu d’or. Pardonne maintenant leur péché ; sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit » Exode 32:31-32

Devant la faute, la colère de Moïse dépassa la mesure : il brisa les tables mêmes que Dieu avait écrites de son doigt, et Dieu le lui rappellera en lui ordonnant d’en tailler deux nouvelles de ses propres mains, « comme les premières, que tu as brisées » Exode 34:1 Devant Dieu, en revanche, Moïse se tint à sa pleine stature de médiateur : il refusa d’être sauvé seul, et demanda d’être effacé plutôt que de voir le peuple périr. Cette intercession préfigure le Christ, qui fera ce que Moïse n’a pu qu’offrir : donner réellement sa vie pour que le peuple soit pardonné.

La tente de réunion

Dieu répondit à Moïse : « C’est celui qui a péché contre moi que j’effacerai de mon livre » Exode 32:33, et il frappa le peuple d’un fléau à cause du veau. Puis il ordonna de monter vers la terre promise, et la conduite changea de main. Dieu avait promis de faire marcher devant son peuple l’Ange en qui est son Nom : « Voici que j’envoie un ange devant toi, pour te garder dans le chemin… ne lui résiste pas, car il ne pardonnerait pas votre transgression, parce que mon nom est en lui » Exode 23:20-21, cet Ange du Seigneur qui est Dieu lui-même venant avec les siens. Après la faute, il n’offre plus qu’un ange, un envoyé qui marcherait devant le peuple sans que Dieu soit au milieu de lui : « mais je ne monterai pas au milieu de toi, car tu es un peuple à la nuque raide, et je t’anéantirais en chemin » Exode 33:3 Le peuple pouvait donc tout garder, une escorte céleste et la terre promise au bout ; tout, sauf Dieu lui-même. À ces mots, il prit le deuil, et personne ne mit ses ornements.

Moïse prit alors une tente et la dressa hors du camp, à quelque distance ; il l’appela tente de réunion, et quiconque cherchait le Seigneur s’y rendait. Quand Moïse y entrait, la colonne de nuée descendait et se tenait à l’entrée, tout le peuple se levait et se prosternait, chacun à l’entrée de sa propre tente, « et le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » Exode 33:11 Là, Moïse plaida pour que Dieu reprenne sa place au milieu du peuple, et Dieu répondit : « Ma face ira avec toi, et je te donnerai le repos » Exode 33:14 Moïse le tint à cette parole : « Si ta face ne vient pas avec nous, ne nous fais pas partir d’ici. À quoi connaîtra-t-on que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple, sinon à ce que tu marcheras avec nous ? » Exode 33:15-16 La présence de Dieu au milieu de son peuple est le seul bien qui distingue Israël de toutes les nations : Moïse refuse de partir sans elle, et il l’obtient.

Le renouvellement de l’alliance

Enhardi par cette grâce, Moïse demanda davantage : « Fais-moi voir ta gloire » Exode 33:18 Dieu promit de faire passer devant lui toute sa bonté et de proclamer son Nom, et il posa la limite de toute créature : « Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre » Exode 33:20 ; puis il désigna le lieu : « Voici une place près de moi ; tu te tiendras sur le rocher » Exode 33:21 : il placerait Moïse dans une fente de ce rocher de la montagne, le couvrirait de sa main pendant que sa gloire passerait, puis retirerait sa main, et Moïse le verrait de dos, sa face restant invisible. Ces mots disent en langage d’homme une réalité qui dépasse l’homme : la face, c’est Dieu vu tel qu’il est en lui-même, vision dont aucun vivant n’a la force ; le dos, ce que la créature peut saisir de Dieu après son passage, la trace et le rayonnement de sa gloire ; la main qui couvre, la protection de Dieu lui-même, qui voile son ami pour que la gloire ne le consume pas.

Sur l’ordre de Dieu, Moïse tailla deux tables de pierre semblables aux premières et remonta sur la montagne au matin. Et la promesse s’accomplit : « Le Seigneur descendit dans la nuée, se tint là avec lui et proclama le nom du Seigneur » Exode 34:5 : « Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité » Exode 34:6 Au lendemain de la pire faute de son peuple, Dieu se nomme par sa miséricorde : la révélation la plus profonde de son cœur répond au péché qu’il pardonne. Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna, et il intercéda encore : que le Seigneur marche au milieu de nous, pardonne nos iniquités et nos péchés, et fais de nous ton héritage. Moïse demeura encore quarante jours et quarante nuits avec Dieu, sans manger de pain ni boire d’eau, et les dix commandements furent écrits de nouveau sur les tables.

Quand il descendit, les deux tables à la main, la peau de son visage était devenue rayonnante pendant qu’il parlait avec Dieu, sans qu’il le sache. Le peuple craignit de l’approcher, et Moïse couvrit son visage d’un voile. Paul lira ce voile comme la figure de l’Ancien Testament lu sans le Christ : « dès que les cœurs se tournent vers le Seigneur, le voile est ôté » 2 Corinthiens 3:16