Le Baptême
Le baptême est le premier des sacrements et la porte de tous les autres. Par lui, l’homme naît à une vie nouvelle, devient enfant de Dieu, membre du Christ et de son Église. C’est une nouvelle naissance : par la naissance naturelle, l’homme reçoit la vie humaine ; par le baptême, il reçoit la vie divine, une participation à la vie même de Dieu, ce que l’on nomme la grâce sanctifiante.
Une nouvelle naissance
Le Christ en a révélé la nécessité à Nicodème, ce notable venu l’interroger de nuit, en lui annonçant qu’on ne peut voir Dieu sans renaître d’en haut. « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Jean 3:5 L’eau et l’Esprit agissent ensemble : l’eau est le signe visible, l’Esprit la force invisible qui donne la vie.
Les figures de l’Ancienne Alliance
Dieu avait préparé ce sacrement par des figures, tout au long de l’Ancienne Alliance, où l’eau tient déjà ce double pouvoir de faire périr et de sauver. Au déluge, les eaux engloutissent un monde livré au péché, et portent l’arche qui sauve les justes. « Ce petit nombre fut sauvé à travers l’eau. Cette eau était la figure du baptême qui vous sauve aujourd’hui. » 1 Pierre 3:20-21 À la sortie d’Égypte, le peuple traverse la mer Rouge à pied sec ; les eaux qui s’ouvrent devant lui se referment sur Pharaon. « Nos pères ont tous passé à travers la mer, et tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer. » 1 Corinthiens 10:1-2 Israël entre dans l’eau peuple d’esclaves et en sort peuple libre ; le baptisé entre dans l’eau esclave du péché et en sort enfant de Dieu, l’ancienne servitude engloutie derrière lui. Le passage du Jourdain, qui fait entrer Israël dans la Terre promise, annonce de même l’entrée du baptisé dans la vie.
Le baptême du Christ
Le Christ lui-même est descendu dans les eaux du Jourdain. Sans péché, il n’avait nul besoin d’être purifié ; il s’est rangé parmi les pécheurs pour prendre sur lui leur condition, et en touchant l’eau, il l’a sanctifiée pour qu’elle puisse désormais laver et faire renaître. Au moment où il remonte de l’eau, la Trinité tout entière se révèle. « Dès que Jésus eut été baptisé, les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe ; et une voix dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » Matthieu 3:16-17 Le baptême chrétien plonge ainsi dans cette eau que le Christ a traversée le premier, et donne ce qu’annonçait le sien : l’Esprit reçu et le nom de fils de Dieu.
La purification de tout péché
Le baptême efface tout péché. Il remet le péché originel, cette privation de la grâce héritée des origines, et, chez celui qui le reçoit après l’âge de raison, tous les péchés personnels commis jusque-là. L’âme en sort entièrement purifiée, lavée de toute dette devant Dieu, et reçoit en même temps le don de l’Esprit. « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. » Actes 2:38
La vie nouvelle dans le Christ
Le baptême donne plus encore qu’un pardon : une vie nouvelle. Le baptisé renaît fils dans le Fils : par le Christ il devient fils adoptif du Père et reçoit de vivre devant lui de la vie même du Fils unique. Il reçoit la grâce sanctifiante, devient temple de l’Esprit Saint, et reçoit avec elle les vertus de foi, d’espérance et de charité, qui le rendent capable de croire, d’espérer et d’aimer en Dieu. Le nom même du sacrement dit cette entrée : le verbe grec rendu par « plonger », baptizein (βαπτίζειν). Descendre dans l’eau et en remonter figure la mort et la résurrection du Christ, où le baptisé est enseveli avec lui pour se relever à une vie nouvelle. « Par le baptême, nous avons été ensevelis avec lui dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité d’entre les morts, nous menions nous aussi une vie nouvelle. » Romains 6:4
Incorporé au Christ et à son Église
Le même Esprit qui fait renaître le baptisé l’unit au Christ et l’agrège à son corps. Il devient membre d’un peuple, intégré à l’Église. « C’est dans un seul Esprit que nous avons tous été baptisés pour former un seul corps. » 1 Corinthiens 12:13 Uni au Christ prêtre, prophète et roi, il prend part à son sacerdoce, pour offrir sa vie à Dieu, à sa mission prophétique, pour témoigner de l’Évangile, et à sa royauté, pour servir. Toute distinction d’origine s’efface entre les baptisés, devenus un seul dans le Christ.
Le ministre et la matière
Le sacrement se réalise par un geste simple et des paroles précises. La matière est l’eau naturelle, versée sur le front ou reçue par immersion ; la forme est la parole prononcée en même temps : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Cette formule vient du Seigneur lui-même, qui l’a donnée à son Église pour tous les temps. « Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Matthieu 28:19 Le ministre ordinaire est l’évêque, le prêtre ou le diacre ; mais en cas de nécessité, lorsqu’une vie est en danger, tout homme peut baptiser, même non baptisé, pourvu qu’il verse l’eau en prononçant la formule et qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église.
Le sceau indélébile
Le baptême imprime dans l’âme une marque qui ne s’efface pas, un sceau spirituel qui configure au Christ pour toujours. C’est pourquoi il se reçoit une seule fois et ne peut jamais être répété. Marqué de ce sceau, le baptisé revêt la vie même du Christ. « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. » Galates 3:27
La nécessité et le baptême des enfants
L’Église tient le baptême pour nécessaire au salut, selon la parole même du Seigneur. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » Marc 16:16 Pour ceux qui meurent sans avoir pu le recevoir, deux voies suppléent à l’eau. Le désir du baptême, uni à la foi et à la charité, obtient la grâce à qui l’aurait reçu s’il l’avait pu, et ce désir peut n’être qu’implicite chez celui qui cherche Dieu et suit sa conscience : c’est le baptême de désir. Le martyre enduré pour le Christ configure au Christ mort et donne ce que donne le sacrement : c’est le baptême de sang. De l’adulte qui le demande, le baptême attend la foi et la conversion : croire ce que Dieu révèle et se détourner du péché, pour en recueillir le fruit. L’Église baptise aussi les petits enfants, pour leur ouvrir cette grâce dès le seuil de leur vie, confiante que le don de Dieu précède toujours la réponse de l’homme.
Et lorsqu’un enfant meurt sans avoir pu recevoir le baptême, l’Église ne désespère pas de lui : ne connaissant d’autre voie sûre vers le salut que le sacrement, elle le remet pourtant à la miséricorde de Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés, et s’appuie sur la tendresse même du Christ pour les petits. « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le règne de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. » Marc 10:14 Elle confie ces enfants à celui qui les appelle, dans une ferme espérance.