Le baptême de désir
Le baptême d’eau ouvre la porte du salut, et l’Église le tient pour nécessaire. Pourtant, certains meurent avant de l’avoir reçu : un catéchumène emporté la veille de son baptême, un martyr tué pour le Christ, un homme qui a cherché Dieu sans jamais connaître l’Évangile. Pour eux, la tradition reconnaît deux autres voies, le baptême de désir et le baptême de sang, par lesquelles Dieu donne la grâce là où l’eau a manqué.
La nécessité du baptême
Le Seigneur lie le salut au baptême. « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Jean 3:5 Le baptême d’eau est la voie que le Christ a donnée pour recevoir la grâce qui sauve, et l’Église ne connaît pas d’autre moyen assuré.
Le baptême de désir
Celui qui désire le baptême et meurt avant de le recevoir obtient la grâce par ce désir même. L’Église l’a défini au concile de Trente : nul ne passe de l’état de péché à la grâce sans le bain de la régénération ou le désir de ce bain, en réalité ou en désir, in re aut in voto. Le désir du sacrement en tient alors la place, quand sa réception devient impossible. Le désir est explicite chez le catéchumène, qui demande le baptême et se prépare à le recevoir : ainsi saint Ambroise pleura l’empereur Valentinien, mort catéchumène, comme déjà sauvé, car ce qu’il avait demandé, il l’avait obtenu. Il est implicite chez celui qui cherche Dieu d’un cœur sincère et accomplit sa volonté selon ce qu’il en connaît : mû par la grâce qui le devance, il désire déjà le Christ sans le nommer, en cherchant sincèrement le vrai bien. L’Écriture reconnaît cette loi inscrite au fond de l’homme. « Quand des païens, qui n’ont pas la Loi, accomplissent naturellement ce que prescrit la Loi… ils montrent que l’œuvre voulue par la Loi est inscrite dans leur cœur. » Romains 2:14-15 Ce désir vaut par la foi et par la charité qui l’animent. Il faut croire, car « sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ; celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent. » Hébreux 11:6 Il faut aimer : un acte de charité parfaite, la contrition qui regrette le péché par amour de Dieu, porte déjà en lui le désir du baptême et obtient la grâce que l’eau aurait donnée.
Le baptême de sang
Le martyre supplée pareillement à l’eau. Le Christ a lui-même appelé sa Passion un baptême, et il a annoncé que ses disciples le partageraient. « Le baptême dont je vais être baptisé, vous en serez baptisés. » Marc 10:39 Celui qui meurt pour le Christ, ou pour une vertu qui se rapporte à lui, est ainsi baptisé dans son propre sang : il reçoit la grâce par l’union à la Passion du Christ, qu’il reproduit en donnant sa vie. Les saints Innocents, ces enfants de Bethléem mis à mort à cause de lui, sont honorés comme les premiers de ces martyrs ; et l’Église a toujours vénéré comme saints ceux qui sont morts pour le Christ avant d’avoir reçu l’eau.
Le larron à la croix
L’Écriture en montre un exemple au Calvaire. Le larron crucifié près de Jésus reconnaît sa faute, confesse l’innocence du Christ et se tourne vers lui. Jésus lui répond aussitôt. « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. » Luc 23:43 Cet homme n’a pas reçu le baptême d’eau ; sa foi et son désir, au seuil de la mort, lui ont ouvert le paradis.
La grâce sans le sceau
Ces deux voies donnent la grâce qui justifie et qui sauve, sans donner tout ce que l’eau confère. Le baptême d’eau imprime dans l’âme un caractère indélébile et incorpore visiblement à l’Église, membre de son corps, habilité à recevoir les autres sacrements. Le désir et le sang obtiennent la vie de la grâce, mais laissent en attente ce caractère et cette appartenance visible. Voilà pourquoi ils suppléent au sacrement sans le remplacer : qui peut recevoir l’eau demeure tenu de la recevoir.
Dieu reste libre au-delà de ses sacrements
Le baptême demeure nécessaire, et nul ne peut le négliger en se réservant au désir ou au sang. Mais Dieu, qui a attaché le salut au sacrement, n’est pas lui-même enchaîné à ses signes : il peut donner quand il veut la grâce qu’ils contiennent. C’est pourquoi l’Écriture affirme que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » 1 Timothée 2:4 Le baptême de désir et le baptême de sang sont la manière dont cette volonté rejoint ceux que l’eau n’a pas atteints.