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Juin 2026
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La troisième année : l'opposition

Après la défection du Pain de vie, Jésus quitte la Galilée et se retire vers les régions païennes. L'année qui vient révèle peu à peu qui il est : le Messie qui doit souffrir, mourir et ressusciter. Elle s'ouvre sur la confession de Pierre et la Transfiguration, se déploie dans la longue montée vers Jérusalem que rapporte Luc, traverse les grandes fêtes où Jean situe les controverses, et s'achève à Béthanie, au seuil de la Passion. À mesure que sa gloire se dévoile, l'opposition des chefs se durcit jusqu'à la décision de le faire mourir.

Les traditions des anciens

Des pharisiens et des scribes venus de Jérusalem reprochent aux disciples de manger sans s'être lavé les mains, négligeant la tradition des anciens, ces règles de pureté rituelle ajoutées à la Loi au fil des générations. Jésus leur applique la parole d'Isaïe (Isaïe 29:13) : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ; c'est en vain qu'ils me rendent un culte, enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes. » Ils tiennent à leur tradition au point d'annuler le commandement de Dieu. Il le montre par un usage qu'ils autorisent : un homme peut déclarer « corban », un mot hébreu, qorbân (קָרְבָּן), qui signifie « offrande consacrée à Dieu », les biens dont son père et sa mère auraient besoin, et se croire dès lors dispensé de les secourir. Leur règle humaine défait ainsi le commandement « Honore ton père et ta mère » Exode 20:12. Puis Jésus appelle la foule et lui déclare : « Rien de ce qui entre dans l'homme du dehors ne peut le souiller ; mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui le souille. » Marc 7:15. La nourriture passe par le ventre et s'évacue, elle ne touche pas le cœur ; du cœur, lui, sortent les pensées mauvaises, les meurtres, les vols, les convoitises, et c'est là ce qui souille l'homme. Leur tradition veillait sur une pureté de surface, quand Dieu regarde le cœur.

La foi des nations

Jésus se retire vers Tyr et Sidon, en terre païenne. Une femme cananéenne le supplie pour sa fille tourmentée par un démon. Il lui oppose d'abord une image prise de la table : les enfants de la maison sont nourris avant les petits chiens qui attendent dessous. Les enfants, c'est Israël, le peuple de l'alliance, à qui le salut est promis et envoyé d'abord ; les nations, figurées par les petits chiens, ne viennent qu'ensuite. La femme accepte cette place et retourne l'image avec foi : « Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Matthieu 15:27. Pour cette confiance humble et tenace, Jésus exauce sa prière. Revenu vers la Décapole, terre en grande partie païenne, il ouvre les oreilles d'un sourd-muet d'un seul mot, « Ephphatha », c'est-à-dire « Ouvre-toi » Marc 7:34, puis y nourrit une foule de quatre mille hommes avec sept pains, et l'on emporte sept corbeilles. Hors d'Israël, le don commence à s'étendre.

« Tu es le Christ »

À Bethsaïde, Jésus rend la vue à un aveugle en deux temps : il impose les mains une première fois, et l'homme voit confusément les gens comme des arbres qui marchent ; une seconde fois, et il voit nettement. C'est la seule guérison que l'évangile rapporte en deux temps. La foi s'ouvre ainsi par étapes : cet homme avait besoin que la lumière lui fût rendue par degrés, à la mesure d'une foi encore faible ; et sa guérison figure celle des disciples, qui reconnaissent d'abord le Messie sans saisir encore qu'il doit souffrir.

Aussitôt après, à Césarée de Philippe, Jésus demande à ses disciples ce que les gens disent de lui, puis ce qu'eux-mêmes en pensent. Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Matthieu 16:16. Jésus le déclare heureux, car ce n'est pas la chair qui le lui a révélé, mais le Père. Il lui donne alors un nom nouveau : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » Matthieu 16:18. Le mot araméen rendu par « roc », Kepha, est le même pour le nom de l'homme et pour le fondement : Pierre lui-même est le roc sur lequel l'Église est posée. Jésus lui remet les clés du Royaume et le pouvoir de lier et de délier, ce qu'il décidera sur la terre tenant jusque dans le ciel. À Pierre est confié le gouvernement du peuple de Dieu, une autorité dont les actes engagent le ciel même.

« Qu'il prenne sa croix »

Dès lors Jésus enseigne ouvertement ce qui l'attend : il doit monter à Jérusalem, beaucoup souffrir, être mis à mort et ressusciter le troisième jour. Pierre s'y refuse et veut l'en détourner ; Jésus le reprend avec force : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Marc 8:33. En l'appelant « Satan », mot hébreu qui signifie « adversaire » (שָׂטָן), Jésus ne l'identifie pas à l'ange déchu : il lui reproche de se faire, à cet instant, l'obstacle au dessein de Dieu. Le Messie attendu dans la gloire vient d'abord par la Croix. Et il fait de cette voie celle de tous les siens : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Marc 8:34. Sauver sa vie, c'est la perdre ; la perdre pour lui, c'est la trouver.

La Transfiguration

Six jours après, Jésus prend Pierre, Jacques et Jean et gravit une haute montagne. Là il est transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements deviennent éclatants de lumière. Lui apparaissent Moïse et Élie : Moïse, par qui la Loi fut donnée, et Élie, le prophète enlevé vivant au ciel, représentent ensemble la Loi et les prophètes, toute l'ancienne alliance qui annonçait le Messie. Leur présence atteste que Jésus accomplit ce qu'ils avaient préparé ; ils s'entretiennent avec lui de son départ qui va s'accomplir à Jérusalem Luc 9:31. Une nuée les couvre, et du sein de la nuée une voix se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » Marc 9:7. Le Père montre aux trois disciples la gloire cachée du Fils, afin que, lorsqu'ils le verront défiguré et crucifié, le souvenir de cette gloire empêche leur foi de sombrer. Redescendus, ils trouvent un enfant qu'un esprit jette à terre et que les disciples n'ont pu délivrer. Au père qui implore, Jésus répond : « Tout est possible à celui qui croit. » Marc 9:23. L'homme s'écrie : « Je crois, viens au secours de mon incrédulité. » Marc 9:24, et Jésus chasse l'esprit.

L'envoi des soixante-douze

La longue montée vers Jérusalem commence. Jésus désigne soixante-douze disciples et les envoie deux par deux devant lui dans chaque ville où il doit passer. Une tradition ancienne comptait soixante-douze nations issues des fils de Noé (Genèse 10) ; en envoyant soixante-douze, Jésus signifie que la bonne nouvelle est destinée à tous les peuples de la terre. Ils reviennent pleins de joie de ce que les démons leur sont soumis ; Jésus leur dit avoir vu « Satan tomber du ciel comme l'éclair » Luc 10:18, mais les détourne de cette joie vers une plus haute : « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » Luc 10:20.

Le bon Samaritain

Un docteur de la Loi demande à Jésus qui est son prochain. Jésus raconte : un homme, tombé aux mains de brigands, gît à demi mort sur la route ; un prêtre passe et s'écarte, un lévite de même ; un Samaritain, que les Juifs méprisaient, s'arrête, panse ses plaies, le porte à l'auberge et paie pour lui. Puis Jésus retourne la question : lequel des trois s'est fait le prochain du blessé ? Le docteur répond : celui qui a exercé la miséricorde. La question n'est pas qui mérite mon amour, mais de qui je me fais proche. « Va, et toi aussi fais de même. » Luc 10:37.

La meilleure part

Reçu chez deux sœurs, Jésus voit Marthe s'affairer au service tandis que Marie se tient à ses pieds pour l'écouter. Marthe se plaint d'être seule à servir ; Jésus lui répond qu'une seule chose est nécessaire : « Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera pas enlevée. » Luc 10:42. Écouter le Seigneur passe avant l'agitation. Il enseigne aussi la prière persévérante : il faut prier sans se lasser et demander avec confiance, car le Père donne à ses enfants plus que tout père de la terre, jusqu'à l'Esprit Saint (Luc 11:13).

La femme courbée

Un jour de sabbat, Jésus enseigne dans une synagogue. Là se tient une femme qu'un esprit rend infirme depuis dix-huit ans : elle est toute courbée et ne peut se redresser. Jésus l'appelle et lui impose les mains : « Femme, tu es délivrée de ton infirmité. » Luc 13:12. À l'instant elle se redresse et rend gloire à Dieu. Le chef de la synagogue s'indigne qu'on guérisse le jour du sabbat et dit à la foule de venir se faire guérir l'un des six jours de travail. Jésus lui répond : « Hypocrites ! Est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son bœuf ou son âne pour le mener boire ? Et cette fille d'Abraham, que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? » Luc 13:15-16. Le chef met l'animal au-dessus d'une fille d'Abraham.

L'hydropique

Un autre sabbat, Jésus est reçu à la table d'un chef des pharisiens, et tous l'observent. Devant lui se trouve un homme atteint d'hydropisie, une accumulation d'eau qui enfle et alourdit le corps. Jésus interroge les docteurs de la Loi et les pharisiens : « Est-il permis, ou non, de guérir le jour du sabbat ? » Luc 14:3. Ils se taisent. Il prend l'homme, le guérit et le renvoie, puis revient à eux : « Qui de vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l'en retire aussitôt le jour du sabbat ? » Luc 14:5. Personne ne laisserait son fils au fond d'un puits jusqu'au lendemain ; secourir un homme presse autant. « Et ils ne purent rien répondre à cela. » Luc 14:6.

Les paraboles de la miséricorde

Aux pharisiens qui lui reprochent d'accueillir les pécheurs, Jésus répond par trois récits qui disent tous le même cœur de Dieu. Un berger qui a cent brebis en perd une : il laisse les autres et court après l'égarée jusqu'à la retrouver, puis se réjouit. Une femme qui perd une pièce balaie toute la maison jusqu'à la retrouver et appelle ses voisines pour partager sa joie. Dieu agit ainsi : il cherche le pécheur perdu et se réjouit de le retrouver. Le troisième récit va plus loin. Un fils réclame sa part d'héritage, part au loin, dilapide tout et tombe dans une misère telle qu'il envie la nourriture des porcs. Réduit à rien, il reconnaît sa faute et revient vers son père, prêt à n'être qu'un serviteur. Mais le père l'aperçoit de loin, court à lui, le couvre de baisers, le revêt de la plus belle robe, lui met l'anneau au doigt et fait tuer le veau gras : il le rétablit non comme un domestique, mais comme son fils. « Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. » Luc 15:24. Le fils aîné, resté fidèle, s'indigne de cette fête : il figure ceux qui servent Dieu mais lui reprochent sa miséricorde envers les pécheurs. Le père l'appelle à se réjouir avec lui, car telle est la joie du ciel pour un seul pécheur qui revient.

Le riche et Lazare

Jésus raconte une parabole. Un homme riche festoie chaque jour, indifférent au pauvre Lazare couvert d'ulcères à sa porte. Tous deux meurent : Lazare est porté dans le sein d'Abraham, le riche se trouve dans les tourments. Un abîme infranchissable les sépare désormais. Le riche supplie qu'on prévienne ses frères ; Abraham répond qu'ils ont Moïse et les prophètes : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas convaincre même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts. » Luc 16:31. L'usage des biens décide du sort éternel, et le cœur fermé ne croira pas même devant un mort relevé.

L'indissolubilité du mariage

Interrogé sur le divorce, Jésus renvoie au commencement : Dieu fit l'homme et la femme et dit que les deux ne seraient qu'une seule chair (Genèse 2:24). « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. » Marc 10:9. Si Moïse a permis l'acte de divorce, c'est à cause de la dureté des cœurs, mais il n'en était pas ainsi à l'origine. Le Christ rend au mariage son unité première et indissoluble : l'union des époux tient de Dieu lui-même, et aucune volonté humaine ne peut la rompre.

Les dix lépreux

Sur la route de Jérusalem, dix lépreux se tiennent à distance, comme la Loi l'exigeait, et crient : « Jésus, Maître, aie pitié de nous. » Luc 17:13. Il les envoie se montrer aux prêtres, et c'est en chemin, dans l'acte d'obéir, qu'ils se trouvent purifiés. Un seul, voyant qu'il est guéri, revient sur ses pas en glorifiant Dieu et tombe aux pieds de Jésus pour le remercier ; et c'est un Samaritain, un étranger. Jésus relève l'absence des autres : « Les dix n'ont-ils pas été purifiés ? Les neuf, où sont-ils ? » Luc 17:17. Les neuf ont reçu le don sans revenir vers celui qui le donne. À celui qui revient, Jésus accorde plus que la guérison du corps : « Relève-toi, ta foi t'a sauvé. » Luc 17:19.

Le pharisien et le publicain

Jésus oppose, dans une parabole, deux hommes montés prier au Temple. Le pharisien se tient debout et prie sur lui-même : il remercie Dieu de n'être pas comme les autres, voleurs, injustes, adultères, ni comme ce publicain ; il jeûne deux fois la semaine et paie la dîme de tout. Le publicain, à distance, n'ose lever les yeux ; il se frappe la poitrine : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. » Luc 18:13. Le premier compte ses mérites devant Dieu, le second n'apporte que son péché et sa demande. C'est le publicain qui redescend justifié : « Quiconque s'élève sera abaissé, et qui s'abaisse sera élevé. » Luc 18:14.

La fête des Tentes

Jésus monte à Jérusalem pour la fête des Tentes, qui rappelait les quarante ans passés sous la tente au désert. Chaque jour de la fête, les prêtres puisaient de l'eau à la piscine de Siloé et la versaient sur l'autel, en mémoire de l'eau jaillie du rocher au désert, lorsque Moïse, sur l'ordre de Dieu, frappa le rocher et que l'eau en sortit pour le peuple assoiffé (Exode 17:6), et pour demander la pluie, car la fête tombait au seuil de la saison des pluies dont dépendaient les récoltes de l'année. Au dernier jour, le plus solennel, comme ce rite de l'eau atteint son sommet, Jésus se lève et s'écrie : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. » Jean 7:37. De celui qui croit en lui, ajoute-t-il, couleront des fleuves d'eau vive, selon ce qu'avait annoncé Zacharie : « En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem. » Zacharie 14:8. Il se donne pour la source que le rocher et le rite annonçaient, et cette eau vive, l'évangéliste le précise, c'est l'Esprit que recevront les croyants : « Cela, il le dit de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui. » Jean 7:39. La foule se divise à son sujet. Les gardes envoyés pour l'arrêter reviennent sans lui, et s'en expliquent à ceux qui les avaient envoyés : « Jamais homme n'a parlé comme cet homme. » Jean 7:46.

La femme adultère

On lui amène une femme surprise en adultère, pour le prendre au piège entre la Loi, qui réclame la lapidation, et la miséricorde, qui appelle au pardon. Jésus se baisse et écrit sur le sol, puis se relève : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. » Jean 8:7. Les accusateurs se retirent un à un. Resté seul avec elle, il ne la condamne pas, mais ne tait pas la faute : « Va, et désormais ne pèche plus. » Jean 8:11. La miséricorde relève sans abolir l'exigence : elle pardonne le péché et appelle à le quitter.

« Avant qu'Abraham fût, Je Suis »

Au Temple, Jésus déclare que celui qui garde sa parole ne verra jamais la mort, et qu'Abraham a tressailli de voir son jour. On s'étonne : il n'a pas cinquante ans, et il aurait vu Abraham ? Il répond : « Avant qu'Abraham fût, Je Suis. » Jean 8:58. Il reprend pour lui le nom que Dieu révéla à Moïse, egō eimi (ἐγώ εἰμι), « Je suis » (Exode 3:14) : il s'attribue l'existence éternelle de Dieu. On ramasse des pierres pour le lapider comme un blasphémateur, mais il se dérobe.

L'aveugle-né

Jésus rencontre un homme aveugle de naissance. Les disciples demandent qui a péché, lui ou ses parents ; Jésus écarte les deux : « Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. » Jean 9:3. Puis Jésus « cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, et oignit de cette boue les yeux de l'aveugle. » Jean 9:6. La même terre servit au commencement : « Dieu forma l'homme de la poussière du sol. » Genèse 2:7. Cet homme était né privé de la vue, et le Créateur reprend la poussière pour achever en lui ce qui manquait depuis l'origine. Jésus l'envoie se laver à la piscine de Siloé, dont le nom, en hébreu Shiloach (שִׁלֹחַ), signifie « envoyé ». Ce nom désigne le Christ, l'Envoyé du Père : l'Envoyé envoie l'aveugle aux eaux qui portent son nom. L'homme s'y lave et revient voyant ; l'eau de Siloé figure le baptême, où l'eau unie au Christ ouvre les yeux à la lumière de la foi. Conduit devant les pharisiens, il est interrogé, car Jésus avait fait la boue un jour de sabbat. Les avis se partagent : pour les uns, un homme qui ne garde pas le sabbat ne vient pas de Dieu ; pour les autres, un pécheur ne saurait accomplir de tels signes. Ils demandent à l'aveugle guéri ce qu'il en pense : « C'est un prophète. » Jean 9:17. Doutant qu'il soit né aveugle, ils convoquent ses parents, qui, par peur d'être exclus de la synagogue, se bornent à confirmer qu'il est leur fils et qu'il est né aveugle. On rappelle alors l'homme pour qu'il reconnaisse en Jésus un pécheur ; il s'en tient à ce qu'il sait : « Je ne sais s'il est un pécheur ; je sais une chose : j'étais aveugle, et maintenant je vois. » Jean 9:25. Comme ils insistent, il raisonne : Dieu n'exauce pas les pécheurs, jamais on n'a ouvert les yeux d'un aveugle-né, et si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. Ils répliquent : « Tu es né tout entier dans le péché, et tu nous fais la leçon ! » Jean 9:34, et ils le chassent. L'aveugle, qui savait son besoin, a reçu la vue du corps et la lumière de la foi ; les pharisiens, sûrs de voir et de savoir, refusent celui que le miracle leur montre et demeurent aveugles : « Je suis venu en ce monde pour un jugement : que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Jean 9:39. Jésus retrouve l'homme chassé et se révèle à lui comme le Fils de l'homme, celui en qui il faut croire ; l'homme se prosterne : « Je crois, Seigneur. » Jean 9:38.

Le bon Pasteur

Jésus se donne lui-même pour la porte et le pasteur des brebis : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » Jean 10:11. Le mercenaire fuit devant le loup, mais lui connaît les siennes et les siennes le connaissent. Il a d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos, les nations, et il les conduira aussi : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Sa mort est un don libre : « Personne ne me prend ma vie, je la donne de moi-même. » Jean 10:18. À la fête de la Dédicace, il affirme son unité avec le Père : « Moi et le Père, nous sommes un. » Jean 10:30. On reprend des pierres ; il se retire au-delà du Jourdain.

La résurrection de Lazare

Lazare, le frère de Marthe et Marie, tombe malade et meurt. Jésus arrive à Béthanie quand il est depuis quatre jours au tombeau. À Marthe il révèle ce qu'il est : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra. » Jean 11:25. Il pleure devant le tombeau, puis ordonne d'ôter la pierre et crie : « Lazare, sors ! » Jean 11:43. Le mort sort, lié de bandelettes. Ce signe, le plus grand, décide les chefs à le faire mourir. Caïphe déclare qu'il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple, sans savoir qu'il prophétise : Jésus allait mourir pour la nation, et pour rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés (Jean 11:51-52). Dès ce jour, ils résolvent sa mort, et Jésus se retire à Éphraïm.

Les enfants et le jeune homme riche

On présente à Jésus des enfants, que les disciples écartent ; il s'en indigne : « Laissez les enfants venir à moi, car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. » Marc 10:14. On reçoit le Royaume non comme un dû, mais comme un don, à la manière d'un petit enfant. Un homme riche, qui garde les commandements depuis sa jeunesse, demande ce qui lui manque ; Jésus le regarda et l'aima, puis lui répondit de vendre ses biens, de les donner aux pauvres et de le suivre. L'homme s'en va triste, car il avait de grands biens. Jésus mesure alors la difficulté pour le riche d'entrer dans le Royaume, plus malaisée que pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille ; aux disciples effrayés il assure : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » Luc 18:27.

Les fils de Zébédée

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent et demandent à siéger l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, dans sa gloire. Jésus répond qu'ils ne savent pas ce qu'ils demandent : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Marc 10:38. La coupe, c'est sa Passion. Il leur annonce qu'ils la boiront en effet : Jacques périra par l'épée (Actes 12:2), Jean connaîtra la persécution et l'exil (Apocalypse 1:9). Ils ont ainsi part à sa Passion : « Si nous souffrons avec lui, c'est pour être aussi glorifiés avec lui. » Romains 8:17. Quant à siéger à sa droite ou à sa gauche, ce n'est pas à lui de l'accorder, mais au Père, pour ceux qu'il y a préparés. Les dix autres s'indignent contre les deux frères. Jésus les appelle tous. Chez les nations, dit-il, les chefs dominent et font sentir leur pouvoir ; parmi eux, ce sera l'inverse : « Quiconque veut être grand parmi vous, qu'il se fasse votre serviteur ; et quiconque veut être le premier, qu'il se fasse l'esclave de tous. » Marc 10:43-44. Lui-même en donne la mesure : « Le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Marc 10:45. La grandeur du Royaume se mesure au service, et Jésus l'a portée jusqu'à donner sa vie.

Bartimée et Zachée

À la sortie de Jéricho, l'aveugle Bartimée mendie au bord du chemin. Apprenant que Jésus passe, il crie : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Marc 10:47. Jésus l'appelle et lui rend la vue : « Va, ta foi t'a sauvé. » Marc 10:52. L'homme le suit sur le chemin. Dans la ville vit Zachée, chef des collecteurs d'impôts et fort riche. Au service de Rome, il lève l'impôt sur les siens et s'enrichit de ce qu'il prélève : on le tient pour un traître. Cet homme cherche à voir qui est Jésus ; trop petit pour percer la foule, il court devant et monte sur un sycomore. Jésus s'arrête sous l'arbre, l'appelle par son nom et s'invite chez lui : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison. » Luc 19:5. Zachée le reçoit avec joie, tandis que la foule murmure de le voir entrer chez un pécheur. Zachée se convertit et prend un engagement : « Voici, Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai fait tort à quelqu'un, je lui rends le quadruple. » Luc 19:8. Chez celui que tous tenaient pour perdu, Jésus accomplit sa mission : « Aujourd'hui le salut est entré dans cette maison, parce que lui aussi est un fils d'Abraham. Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Luc 19:9-10.

L'onction de Béthanie

Six jours avant la Pâque, à Béthanie, Marie répand sur Jésus un parfum de grand prix et lui essuie les pieds de ses cheveux ; la maison s'emplit de l'odeur. Judas proteste qu'on aurait pu vendre ce parfum pour les pauvres ; mais il ne parlait pas par souci des pauvres : tenant la bourse commune, il était un voleur et y puisait pour lui (Jean 12:6). Jésus défend la femme : « Laisse-la : elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture. » Jean 12:7. L'onction qui honore le Roi prépare déjà l'ensevelissement du crucifié. La table de Béthanie ouvre sur la semaine où tout va s'accomplir.