La théorie de l’évolution
Voir d’abord : La foi et la science.
La théorie de l’évolution enseigne que les espèces vivantes se sont développées au cours d’immenses durées à partir de formes antérieures et plus simples. On la présente souvent comme la preuve que le monde s’explique de lui-même, et que le Créateur est devenu inutile. Beaucoup en ont conclu qu’accepter l’évolution revient à renoncer à Dieu. Cette conclusion repose sur une confusion entre trois sens du mot « évolution ».
Trois sens d’un même mot
Le mot « évolution » recouvre trois réalités différentes, qu’il faut distinguer pour voir clair.
Le premier est un fait. L’observation montre que les formes vivantes ont changé à travers les âges, et que les espèces présentes descendent de formes plus anciennes. De nombreux indices convergent en ce sens, depuis les fossiles enfouis dans le sol jusqu’aux ressemblances profondes entre les êtres vivants.
Le deuxième est une théorie scientifique. La science propose une explication de ce développement, les mécanismes par lesquels une forme donne naissance à une autre : la variation des vivants, et la survie des formes les mieux adaptées à leur milieu. Cette explication relève du travail scientifique, ouvert à l’étude et à la correction.
Le troisième est une philosophie. Certains ajoutent à la science une affirmation d’un autre ordre : que ce développement s’est fait par le seul jeu de la matière et du hasard, sans Créateur, sans dessein, sans fin. Cette affirmation dépasse ce que l’observation établit, car elle porte sur la totalité du réel et sur son sens.
L’Église admet que les deux premières soient étudiées librement, car une vérité sur la nature s’accorde toujours avec la foi. Elle s’oppose à la troisième seule, parce que la troisième a quitté la science pour devenir une philosophie, et une philosophie fausse.
Ce que la foi admet
La foi laisse à la science son domaine propre. Que les corps vivants se soient développés au cours du temps, et que les espèces dérivent les unes des autres, demeure une question ouverte, que la recherche tranche par ses méthodes. Ce développement décrit comment les formes vivantes se sont succédé, sans toucher à la question de leur origine dernière, qui est en Dieu. La science cherche le mécanisme, la foi la source : ces deux ordres de questions se tiennent à des niveaux distincts.
Cela vaut même pour le corps de l’homme. Quant à sa chair et à sa structure organique, l’homme ressemble aux animaux et pourrait s’être développé à partir d’une forme vivante antérieure : la foi laisse libre de le penser. Le développement du corps relève de la science, et la foi l’accueille sans trouble.
La création de l’âme
Mais l’homme porte en lui plus que son corps. Il saisit des idées universelles, réfléchit sur lui-même, sait qu’il sait, juge le bien et le mal, décide librement, et tend vers un infini que rien au monde ne comble. Ces actes de l’esprit viennent d’une source plus haute que la matière. Toute image matérielle représente une chose particulière, avec une forme et une grandeur déterminées ; l’esprit, lui, saisit l’universel : la justice, la vérité, la notion même d’homme, qui valent pour tous les cas et n’ont ni forme ni dimension. Une puissance qui atteint l’immatériel dépasse la matière, et ce qui la produit doit la dépasser aussi.
Voilà pourquoi l’Église tient que, même si le corps de l’homme s’est développé à partir d’une forme antérieure, l’âme spirituelle de chaque homme est créée directement par Dieu. La Genèse le dit en image, par deux gestes distincts : Dieu forme d’abord le corps à partir de la poussière du sol, ce qui rattache l’homme au reste de la création ; puis il lui donne la vie par son propre souffle, ce qui marque l’origine divine de son âme. « Le Seigneur Dieu forma l’homme de la poussière du sol, et il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » Genèse 2:7. Le corps relie l’homme à la terre ; l’âme, souffle de Dieu, l’élève au-dessus d’elle.
On objectera qu’invoquer ici l’âme créée par Dieu revient à boucher provisoirement un trou du savoir, que la science comblera un jour en expliquant la pensée par la matière. Cette objection supposerait que la pensée est une matière organisée plus finement, qu’on finira par expliquer en détail. Mais la pensée saisit des réalités qui n’ont ni forme ni poids. Quand je comprends ce qu’est la justice, je ne me représente aucun objet d’une certaine taille ou d’une certaine couleur : je saisis un sens, qui s’applique à toutes les actions justes sans être lui-même une chose qu’on pourrait voir ou toucher. Or la matière, et tout ce qu’on en tire, a toujours une forme, une taille, un lieu. Une chose qui saisit ce qui n’a ni forme ni lieu est donc d’un autre ordre que la matière, et la matière seule ne saurait la produire. La limite tient donc à la nature même des choses, et non à une ignorance que le temps lèverait : mieux la science décrira le cerveau, plus elle décrira de la matière, sans jamais en faire sortir ce qui la dépasse.
L’erreur de conclure « donc pas de Dieu »
Reste le pas que franchit le matérialiste : puisque les vivants s’expliquent par des processus naturels, le Créateur serait superflu. Ce raisonnement suppose que la matière seule existe, ce que la science ne prouve jamais, car elle se borne par méthode aux causes matérielles ; et une méthode qui examine la seule matière reste incapable d’établir que la matière seule existe. Le mécanisme par lequel une chose se produit laisse entière la question de savoir si elle fut voulue, et par qui.
Le hasard qu’on invoque ne comble pas ce manque. Le hasard désigne la rencontre imprévisible de causes qui agissent déjà ; il suppose donc un monde déjà là, avec ses choses et ses lois, où cette rencontre peut se produire. Une explication par le hasard s’appuie ainsi sur des choses et des lois qu’elle ne crée pas, et reste donc incapable d’expliquer pourquoi le monde existe. Bien plus, l’évolution a besoin d’un monde déjà ordonné pour se produire : des lois constantes, une matière régulière, un ordre que la raison peut comprendre. Cet ordre, l’évolution s’en sert sans le créer ; il était là avant elle, et reste à expliquer. Or un ordre aussi vaste et aussi constant s’explique mieux par une intelligence qui l’a voulu que par une matière qui se serait réglée toute seule. Le monde ordonné que la science étudie conduit ainsi vers son Auteur, au lieu de l’écarter.
Ainsi la théorie de l’évolution laisse entière la foi en Dieu. Elle décrit un chemin, et laisse ouverte la question de sa source. L’Église accueille la recherche sur le développement des corps, tient fermement que l’âme spirituelle est créée par Dieu, et que l’homme, corps et âme, est fait à son image. « Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu. » Genèse 1:27. La vérité de la science et la vérité de la foi viennent du même Auteur, et se rejoignent dans la même lumière.