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La foi et la science

On entend souvent que la science et la foi se combattent, et que les progrès de l’une font reculer l’autre. À mesure que la science explique le monde, Dieu deviendrait une hypothèse de moins en moins nécessaire, bientôt congédiée. Cette idée a éloigné beaucoup d’esprits de la foi, persuadés qu’il faut choisir entre croire et savoir. Elle repose pourtant sur un malentendu touchant ce que la science et la foi cherchent chacune. Les considérer à leur juste place montre qu’elles répondent à des questions distinctes, et que la même vérité les rejoint.

Une fausse guerre

L’histoire qu’on raconte oppose la science conquérante à une foi qui recule, comme si chaque découverte arrachait un domaine à Dieu pour le rendre à la raison. Selon ce récit, on expliquait autrefois par Dieu ce qu’on ignorait, l’orage, la maladie, le cours des astres ; la science aurait peu à peu tout expliqué par des causes naturelles, et réduit la place de Dieu jusqu’à l’effacer.

Ce récit repose sur une confusion entre deux questions : par quel moyen une chose se produit, et pourquoi elle existe. Pour la foi, Dieu est la cause de l’existence même du monde, et le croyant cherche en lui l’origine de tout ce qui est. La science, elle, cherche le détail des moyens par lesquels les choses adviennent. Tenir Dieu et les causes naturelles pour des explications rivales du même fait revient à les placer sur un même plan, alors qu’ils répondent à des questions d’ordre différent.

Deux ordres de questions

La science cherche comment les choses se produisent : par quel processus, quel mécanisme, quelle suite de causes. La foi, et la raison qui s’interroge sur le fond, cherche pourquoi il existe quelque chose, et qui lui donne d’être. Ce sont deux ordres de questions.

Il y a des causes à l’intérieur du monde : une chose en meut une autre, la graine devient arbre, le feu échauffe l’eau. La science étudie ces causes, et y déploie toute sa rigueur. Mais ces causes supposent qu’il existe déjà quelque chose : de la matière, des forces, et des lois assez constantes pour qu’on puisse les décrire. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi le monde existe-t-il, et pourquoi obéit-il à des lois ? Ces questions échappent à la science, car elles portent sur l’existence même de ce qu’elle étudie, plutôt que sur son fonctionnement.

Créer, au sens propre, c’est donner l’être : l’acte qui fait qu’un monde existe, plus profond que tout événement survenant au sein de ce monde. La cause des choses dans le monde et la cause de l’existence du monde se tiennent à deux niveaux séparés. La science excelle au premier ; le second relève d’une autre recherche, que la raison aborde et que la foi éclaire. Connaître les rouages de l’univers laisse entière la question de savoir pourquoi il y a un univers. L’Écriture rapporte à Dieu l’existence de toute chose : « Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. » Jean 1:3. Et il garde dans l’être ce qu’il a fait exister, car c’est « en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. » Actes 17:28.

L’erreur du matérialisme

Une objection se présente : si la science explique le monde par des causes naturelles, à quoi bon Dieu ? Cette objection cache une prémisse qu’elle ne prouve jamais, à savoir que la matière seule existe, et que tout doit recevoir une explication purement matérielle. Cette prémisse vient du dehors de la science, apportée à elle plutôt que tirée d’elle.

La science se limite volontairement aux causes matérielles et mesurables ; cette limite fait sa méthode et sa force. Mais une méthode qui examine la seule matière reste incapable d’établir par elle-même que la matière seule existe. Passer de « la science trouve des causes matérielles » à « seules des causes matérielles existent », c’est confondre les bornes d’une méthode avec les bornes du réel. Le mécanisme par lequel une chose se produit laisse entière la question de savoir si elle fut voulue, et par qui.

Bien plus, l’ordre que la science découvre conduit vers Dieu, loin de l’en écarter. Pour être étudiable, le monde doit être réglé : des lois constantes, une matière qui se laisse mesurer, une intelligibilité telle que la raison humaine y trouve prise. Cet ordre appelle une intelligence qui l’a posé. Le monde réglé que la science explore porte la marque de son Auteur : « Vous avez tout réglé avec mesure, avec nombre et avec poids. » Sagesse 11:20. Ses perfections cachées se laissent lire dans son œuvre : « Ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres. » Romains 1:20.

Une seule vérité

Si la science et la foi atteignent chacune une part du vrai, elles ne sauraient se contredire, car la vérité est une. Dieu est l’unique source des deux : auteur de la nature que la science explore, et de la Révélation que la foi reçoit. Ce qu’il a fait et ce qu’il a dit viennent de la même main, et s’accordent dans la même vérité. La connaissance du monde elle-même est un don de Dieu, qui a fait l’homme capable de le comprendre : « C’est lui qui m’a donné la véritable science des êtres, pour me faire connaître la structure de l’univers. » Sagesse 7:17.

Là où la science et la foi semblent se heurter, l’apparence trompe, et le conflit se dénoue de deux manières. Ou bien ce que la science avance reste incertain, et tient pour acquis ce qui plus tard sera corrigé ; ou bien l’Écriture a été lue comme un livre de science, au-delà de ce qu’elle entend enseigner. Car l’Écriture transmet les vérités du salut : qui est Dieu, qui est l’homme, d’où il vient et où il va. Elle enseigne que Dieu a créé toutes choses et que tout ce qu’il a fait est bon, sans livrer le détail des moyens ni la mesure du temps, qui appartiennent à la recherche humaine. Lire la Genèse comme un traité de physique, c’est lui demander ce qu’elle ne dit pas, et manquer ce qu’elle dit.

Ainsi la foi accueille la science avec confiance, et chacune sert la même quête du vrai. Le savant qui scrute les lois du monde et le croyant qui adore leur Auteur regardent la même réalité, l’un dans son fonctionnement, l’autre dans sa source. Plus la science découvre la profondeur et l’ordre du réel, plus elle donne à voir la sagesse de celui qui lui donne d’être. La raison qui cherche et la foi qui croit montent vers le même Dieu, qui est la vérité même.