La nouvelle Arche

L'arche d'alliance était l'objet le plus saint d'Israël : un coffre recouvert d'or où Dieu se rendait présent au milieu de son peuple, et devant lequel on se tenait avec crainte et joie. La foi de l'Église reconnaît en Marie la nouvelle Arche : elle porte en elle la présence de Dieu en personne, le Verbe fait chair. Saint Jean le dit avec un verbe qui évoque la tente sainte du désert : le Verbe a planté sa tente parmi nous : « Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. » Jean 1:14

Ce que portait l'arche

L'arche gardait trois signes de l'alliance : les tables de la Loi, parole de Dieu gravée dans la pierre ; une part de manne, le pain venu du ciel ; et le bâton d'Aaron, marque du sacerdoce : « Dans l'arche se trouvaient l'urne d'or contenant la manne, le bâton d'Aaron, et les tables de l'alliance. » Hébreux 9:4

Marie porte la réalité que ces trois signes annonçaient. Elle porte le Verbe, Parole vivante de Dieu ; elle porte le vrai pain de vie ; elle porte le prêtre éternel qui s'offrira pour le monde. Ce que l'arche gardait en figure, Marie le donne en personne.

L'ombre de la nuée

Un même mot grec relie l'ancienne Demeure et Marie. Quand la Demeure d'Israël fut achevée, la nuée la couvrit et la gloire de Dieu la remplit : « La nuée couvrit la tente de la rencontre, et la gloire du Seigneur remplit la Demeure. » Exode 40:34-35 Dans la version grecque de l'Ancien Testament (la Septante), le verbe qui dit cette nuée est « episkiazô » (ἐπισκιάζω), « couvrir de son ombre ». C'est ce verbe que l'ange reprend à l'Annonciation : « la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Luc 1:35 Ce que la nuée faisait pour la tente, l'Esprit le fait pour Marie : elle devient le lieu où la gloire de Dieu vient habiter.

La Visitation et l'arche

Saint Luc raconte la Visitation sur le modèle de l'arche montant vers Jérusalem, au second livre de Samuel. Marie se lève et part en hâte vers la montagne de Judée, comme l'arche y était montée. Devant l'arche, David s'était écrié : « Comment l'arche du Seigneur viendrait-elle vers moi ? » 2 Samuel 6:9 Élisabeth accueille Marie par les mêmes mots : « Comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » Luc 1:43

David dansait de joie devant l'arche ; Jean-Baptiste tressaille d'allégresse dans le sein de sa mère à l'approche de Marie. Et Marie demeure environ trois mois auprès d'Élisabeth, comme l'arche était restée trois mois dans la maison d'Obed-Édom. Les rapprochements sont trop précis pour être fortuits : l'évangéliste montre Marie comme l'arche nouvelle.

L'arche dans le ciel

Au terme de l'Écriture, l'arche reparaît dans la vision de Jean. Le sanctuaire du ciel s'ouvre et l'arche de l'alliance s'y montre : « Le temple de Dieu qui est dans le ciel fut ouvert, et l'arche de son alliance apparut dans son temple. » Apocalypse 11:19 Aussitôt se lève une femme enveloppée de soleil, couronnée de douze étoiles. L'arche et la femme sont une seule et même réalité : Marie, qui porte le Sauveur.