Tous sous le péché
La lettre tient tout entière autour d’un mot : « justifier ». Être justifié, c’est être rendu juste devant Dieu, arraché au péché et rétabli dans son amitié. Paul annonce que cette justice est un don de la grâce de Dieu, et il établit d’abord ce qui la rend nécessaire : personne ne peut se rendre juste par lui-même. Il le démontre en deux temps, les païens puis les Juifs, pour aboutir à un seul verdict qui vaut pour tous.
Les païens sans excuse
Paul commence par les païens, c’est-à-dire les peuples qui n’ont pas reçu la Loi de Moïse, l’ensemble des commandements que Dieu avait donnés à Israël. Sur eux aussi la colère de Dieu se manifeste, contre des hommes qui connaissent la vérité sur Dieu et s’en détournent, pour vivre sans avoir à lui obéir. Et ils sont sans excuse, parce que Dieu se laisse connaître par ce qu’il a fait : « Ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres. Ils sont donc inexcusables. » Romains 1:20. L’homme peut s’élever de la création jusqu’à son auteur ; les païens en avaient le pouvoir, et ne l’ont pas voulu. Ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu gloire : « Ils sont devenus vains dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence s’est enveloppé de ténèbres. » Romains 1:21. À la place du Dieu vivant, ils ont mis des images : « Ils ont échangé la majesté du Dieu incorruptible pour des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles. » Romains 1:23. C’est le renversement propre à l’idolâtrie : adorer la créature à la place du Créateur.
Livrés à eux-mêmes
Ce refus a une suite. Par trois fois Paul écrit que Dieu « les a livrés » : à l’impureté, aux passions, à un esprit faussé. « Dieu les a livrés à leur sens pervers pour faire ce qui ne convient pas. » Romains 1:28. Dieu ne pousse personne au mal ; il retire sa main et laisse l’homme récolter le désordre que son refus a semé. L’abandon est la rançon de l’idolâtrie : qui se détourne de la source de tout ordre se livre au désordre. Le dérèglement de la vie suit ainsi le dérèglement de l’adoration.
Le Juif jugé par sa Loi
Paul se tourne ensuite vers le Juif, qui a reçu de Dieu la Loi et condamne en son nom les fautes des païens. À celui-là il retourne son propre jugement : « Qui que tu sois, ô homme, toi qui juges, tu es inexcusable ; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque tu fais les mêmes choses. » Romains 2:1. Devant Dieu, la question n’est pas d’avoir la Loi, mais de l’accomplir : « Ce ne sont pas ceux qui écoutent une loi qui sont justes devant Dieu ; mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés. » Romains 2:13. Des païens qui ne l’ont jamais reçue en font pourtant les œuvres, parce qu’une loi est inscrite en eux : « Ils montrent que ce que la Loi ordonne est écrit dans leurs cœurs, leur conscience rendant témoignage. » Romains 2:15. Cette loi du cœur, c’est la conscience, ce sens du bien et du mal que tout homme porte en lui. Le Juif, lui, possède la Loi écrite et la transgresse : « Toi qui te fais une gloire d’avoir une loi, tu déshonores Dieu en la transgressant ! » Romains 2:23. Reste la circoncision, le signe gravé dans la chair par lequel un homme entrait dans le peuple de l’alliance. Elle non plus ne met pas à l’abri, car Paul déplace ce qui fait le vrai Juif : non plus la marque dans le corps ni la naissance, mais le cœur tourné vers Dieu. « Le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement, et la circoncision, c’est celle du cœur. » Romains 2:29. Appartenir vraiment à Dieu se joue au-dedans : le signe dans la chair ne vaut que si le cœur y répond.
Le verdict : tous sous le péché
Païens et Juifs étant l’un après l’autre mis en cause, Paul énonce la conclusion, qui ne fait d’exception pour personne : « Avons-nous quelque supériorité ? Non, aucune ; car nous venons de prouver que tous, Juifs et Grecs, sont sous le péché. » Romains 3:9. Être « sous le péché », c’est en subir l’emprise comme celle d’un pouvoir dont on ne se délivre pas soi-même. Ce verdict, Paul le tire du Psaume 14 : « Il n’y a point de juste, pas même un seul ; il n’y en a point qui ait de l’intelligence, il n’y en a point qui cherche Dieu. » Romains 3:10-11. La Loi elle-même ne fournit aucune défense ; elle joue un tout autre rôle : « Tout ce que dit la Loi, elle le dit à ceux qui sont sous la Loi, afin que toute bouche soit fermée, et que le monde entier soit sous le coup de la justice de Dieu. » Romains 3:19. Ce verset vise le Juif. En entendant l’Écriture déclarer qu’aucun homme n’est juste, il pourrait croire qu’elle parle des païens sans Dieu, et non de lui, qui possède la Loi. Paul lui retire cette échappatoire : l’Écriture s’adresse d’abord à ceux qui la reçoivent, donc à lui ; le verdict « pas un seul juste » le frappe lui aussi. Et si même celui qui a la Loi tombe sous sa condamnation, plus personne n’y échappe : toute bouche se ferme, et le monde entier, juif comme païen, tombe sous le jugement de Dieu. Car la Loi montre le bien sans donner la force de l’accomplir, et révèle le péché sans l’effacer : « Nul homme ne sera justifié devant lui par les œuvres de la Loi, car la loi ne fait que donner la connaissance du péché. » Romains 3:20.
Du constat à la grâce
Cette démonstration prépare l’annonce qui la suit. En montrant que nul ne se sauve lui-même, ni par la Loi ni par ses œuvres, Paul ramène tous les hommes au même point, pour que le salut paraisse comme ce qu’il est : un don, et non un dû. Juifs et païens, tous ont besoin d’être sauvés, et de la même manière : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » Romains 3:23. C’est sur cette égalité dans le péché que Paul pourra annoncer l’égalité dans la grâce : Dieu justifie gratuitement celui qui croit au Christ, le Juif comme le Grec.