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Second oracle : le transpercé

Le second grand oracle de Zacharie, les chapitres 12 et 13, reprend la figure du berger laissée en suspens par le premier, mais en la portant à son comble. Il s’ouvre sur Jérusalem assiégée par toutes les nations et délivrée par Dieu, puis il atteint son centre dans un verset bouleversant : le peuple lèvera les yeux vers celui qu’il a transpercé, et il en fera le deuil. De ce deuil jaillira une source qui lave le péché, le pays sera purifié de ses idoles et de ses faux prophètes, et l’oracle s’achèvera sur le berger frappé dont le troupeau se disperse. Tout cet ensemble tourne autour d’une figure transpercée, frappée, et pourtant source de salut.

Jérusalem assiégée et délivrée

L’oracle commence par dresser Jérusalem au milieu des nations rassemblées contre elle. Dieu fait de la ville un piège pour ceux qui l’attaquent : « Voici que moi, je ferai de Jérusalem un seuil d’ébranlement, pour tous les peuples d’alentour. » Zacharie 12:2. Puis il en donne une image plus forte encore, celle d’une pierre trop lourde : « Je ferai de Jérusalem une pierre à soulever, pour tous les peuples ; quiconque la soulèvera sera tout meurtri, et toutes les nations de la terre s’assembleront contre elle. » Zacharie 12:3. Qui prétend soulever cette pierre s’y blesse : la ville que Dieu protège brise ceux qui veulent l’arracher. Et Dieu promet d’établir lui-même son rempart autour des siens, en relevant les plus faibles : « Le Seigneur établira un rempart autour des habitants de Jérusalem, et celui qui chancelle parmi eux sera en ce jour-là comme David. » Zacharie 12:8. Le plus faible deviendra fort comme le roi David ; Dieu renverse les forces, et la délivrance est son œuvre : « Je m’appliquerai à détruire tous les peuples qui viendront contre Jérusalem. » Zacharie 12:9. Sur ce fond de combat gagné par Dieu va se produire un retournement intérieur, qui touche non plus les ennemis du dehors mais le cœur du peuple lui-même.

« Celui qu’ils ont transpercé »

Le centre du second oracle est l’un des versets les plus saisissants de tout l’Ancien Testament. Dieu promet de répandre sur son peuple un esprit qui le tournera vers lui, et il dit alors une parole étrange : il a été transpercé. « Je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils tourneront les yeux vers moi qu’ils ont transpercé. Et ils feront le deuil sur lui, comme on fait le deuil sur un fils unique ; ils pleureront amèrement sur lui, comme on pleure amèrement sur un premier-né. » Zacharie 12:10. C’est Dieu qui parle, et il dit « vers moi qu’ils ont transpercé », puis aussitôt « le deuil sur lui » : celui qu’on a transpercé est mystérieusement uni à Dieu, et pourtant on le pleure comme un homme, comme un fils unique perdu. Le don de l’esprit de grâce ouvre les yeux du peuple : regardant celui qu’il a transpercé, il comprend ce qu’il a fait, et tombe dans le deuil. Ce n’est pas un deuil de désespoir, mais le deuil de la conversion, le chagrin de celui qui découvre ce qu’il a fait et s’en retourne vers Dieu. Le texte mesure la profondeur de ce deuil par une comparaison : « En ce jour-là, le deuil sera grand à Jérusalem, comme le deuil d’Adadremmon dans la vallée de Mageddo. » Zacharie 12:11. C’est dans cette plaine que le roi Josias fut tué au combat, et sa mort fit naître un deuil immense dans tout le pays, au point que Jérémie en composa une lamentation : « Tout Juda et Jérusalem pleurèrent Josias. » 2 Chroniques 35:24. Zacharie prend ce deuil resté dans la mémoire du peuple comme mesure de celui qui saisira Jérusalem, famille après famille.

La source ouverte

Du deuil naît aussitôt la purification. À peine le peuple s’est-il tourné vers le transpercé qu’une source s’ouvre pour le laver : « En ce jour-là, il y aura une source ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem pour laver le péché et la souillure. » Zacharie 13:1. Le deuil de la conversion appelle le pardon, et Dieu y répond par une source, une eau vive qui ne tarit pas et lave ce que nul effort humain ne peut nettoyer, le péché du cœur. L’ordre des deux moments est lourd de sens : c’est le regard vers le transpercé qui ouvre la source, comme si la blessure de l’un devenait la purification de tous.

La fin des idoles et des faux prophètes

La purification du cœur s’étend alors à tout le pays, qui doit être débarrassé de ce qui détourne de Dieu. Dieu promet d’effacer jusqu’au nom des idoles, et d’ôter les faux prophètes : « J’abolirai du pays les noms des idoles, et on n’en fera plus mention ; et j’ôterai aussi du pays les prophètes et l’esprit d’impureté. » Zacharie 13:2. Les idoles et les faux prophètes sont nommés ensemble parce qu’ils égarent de la même manière, en parlant au nom d’un autre dieu ou en mentant au nom du vrai. Le rejet du mensonge devient si total que le faux prophète n’osera plus se dire tel, et reniera son propre métier : « Les prophètes auront honte, chacun de sa vision quand il prophétisera, et ils ne revêtiront plus le manteau de poil, en vue de mentir. » Zacharie 13:4. Le manteau de poil était le vêtement reconnaissable du prophète ; ne plus le porter, c’est renoncer à se faire passer pour ce qu’on n’est pas. Le pays purifié ne supporte plus la parole fausse qui prétend venir de Dieu.

« Frappe le berger »

L’oracle revient enfin au berger. Dieu lui-même commande à l’épée de frapper son pasteur : « Épée, réveille-toi contre mon pasteur, contre l’homme qui est mon compagnon ! Frappe le pasteur, et que le troupeau soit dispersé. » Zacharie 13:7. Ce pasteur n’est pas un mauvais berger comme ceux du premier oracle ; Dieu l’appelle « mon pasteur » et « l’homme qui est mon compagnon », celui qui lui est proche et uni. Et pourtant c’est lui qui doit être frappé, et le troupeau privé de son berger se disperse. Mais cette dispersion n’est pas la fin : Dieu garde un reste qu’il purifie par l’épreuve : « Je ferai entrer ce tiers dans le feu et je l’épurerai comme on épure l’argent ; je l’éprouverai comme on éprouve l’or. Lui, il invoquera mon nom, et moi je l’exaucerai. Je dirai : C’est mon peuple ! Et il dira : Le Seigneur est mon Dieu ! » Zacharie 13:9. Le feu qui épure l’argent et l’or sépare le métal de ses scories ; ainsi l’épreuve purifie le reste du peuple, jusqu’à ce que l’alliance soit pleinement renouée, « mon peuple » répondant à « mon Dieu ». Le berger frappé et le transpercé du chapitre précédent se répondent : un même mystère parcourt tout ce second oracle, celui d’une figure proche de Dieu, frappée et transpercée, autour de laquelle se joue la purification et le salut du peuple.

L’accomplissement dans le Christ

Ce second oracle est l’un des sommets prophétiques de la Passion. Le berger frappé dont le troupeau se disperse s’accomplit à Gethsémani : au soir de la Passion, Jésus s’applique cette parole et annonce la fuite des siens, « car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. » Matthieu 26:31. La parole « celui qu’ils ont transpercé » s’accomplit à la croix, quand un soldat perce le côté de Jésus ; l’évangile cite expressément Zacharie : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. » Jean 19:37. Et la source ouverte pour laver le péché s’accomplit dans ce même côté ouvert, d’où jaillissent le sang et l’eau : « Aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » Jean 19:34. L’Église reconnaît dans cette eau le baptême qui lave le péché, et dans ce sang l’eucharistie ; la source qu’annonçait Zacharie est le côté du Christ. Les trois figures de l’oracle, le berger frappé, le transpercé, la source, se rejoignent dans le seul Christ en croix.