Les visions et le culte rejeté
Dieu fait voir à Amos, en cinq visions, l’approche du jugement. Au milieu de ces visions s’intercale un récit, l’affrontement du prophète avec le prêtre de Béthel. Et tout au long du livre revient une même exigence : Dieu refuse les sacrifices d’un peuple qui méprise la justice.
Les cinq visions
Cinq fois, Dieu montre à Amos une image du jugement qui vient. D’abord un fléau de sauterelles prêt à dévorer les récoltes, puis un feu qui consume tout : devant ces deux menaces, le prophète intercède, supplie Dieu d’épargner un peuple si faible, et par deux fois Dieu renonce. La troisième vision marque un tournant. Dieu se tient près d’un mur, un fil à plomb à la main, l’instrument du maçon qui pend au bout d’un fil et vérifie qu’un mur est bien droit. Dieu mesure ainsi son peuple et le trouve dévié : « Voici que je mets le fil à plomb au milieu de mon peuple d’Israël ; je ne lui pardonnerai pas plus longtemps. » Amos 7:8. Cette fois, Amos n’intercède plus, et Dieu ne renonce pas : le jugement tombera. La quatrième vision le confirme : une corbeille de fruits mûrs, ceux qu’on récolte à la fin de l’été. Comme l’année s’achève avec ses derniers fruits, le temps d’Israël est accompli : « La fin est venue pour mon peuple d’Israël ; je ne lui pardonnerai pas plus longtemps. » Amos 8:2. La dernière vision montre Dieu debout près de l’autel, ordonnant de frapper le sanctuaire jusqu’aux fondations : nul n’échappera au jugement.
Amos chassé de Béthel
Entre la troisième et la quatrième vision, le livre rapporte un affrontement. Amasias, le prêtre de Béthel, dénonce Amos au roi Jéroboam et lui ordonne de quitter le pays : « Voyant, va-t-en, fuis au pays de Juda, et manges-y ton pain ; là tu prophétiseras. Mais ne continue pas de prophétiser à Béthel, car c’est un sanctuaire du roi, et c’est une maison royale. » Amos 7:12-13. Béthel était le sanctuaire officiel du royaume, lié au trône ; la parole d’Amos y dérangeait le pouvoir. Amos répondit qu’il parlait sur l’ordre de Dieu, et il annonça la chute d’Amasias et l’exil d’Israël hors de sa terre.
Le culte rejeté
Israël ne manquait pourtant pas de religion. Les sacrifices étaient nombreux, les fêtes solennelles, les chants et la musique emplissaient les sanctuaires. Dieu rejette pourtant ce culte : « Je hais, je dédaigne vos fêtes, je n’ai aucun goût à vos assemblées. » Amos 5:21. Il refuse les holocaustes, détourne les yeux des offrandes, demande qu’on éloigne de lui le bruit des cantiques. Ces rites lui sont insupportables parce que le peuple qui les célèbre opprime le pauvre. Le culte ne monte vers Dieu que porté par la justice.
Que le droit coule comme l’eau
À la place de ces rites vides, Dieu réclame une seule chose : la justice. C’est le sommet du livre : « Mais que le jugement coule comme l’eau, et la justice comme un torrent qui ne tarit pas ! » Amos 5:24. Le mot hébreu rendu par « jugement », mishpat (מִשְׁפָּט), désigne le droit, la cause du faible défendue avec équité. Dieu veut un droit qui coule sans cesse, abondant et libre comme un torrent qui ne s’arrête jamais. Le vrai culte commence là, dans une vie qui rend à chacun son dû.