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Juin 2026
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Les prologues et la venue du Christ

Les quatre évangiles ouvrent la venue du Christ par quatre portes. Jean remonte au Verbe éternel, avant toute création. Matthieu déroule la lignée royale depuis Abraham. Luc prend le chemin inverse et remonte de Jésus jusqu'à Adam, et jusqu'à Dieu. Marc entre d'emblée dans la prédication. Mis bout à bout, ces commencements composent un seul mouvement, de l'éternité du Fils jusqu'à l'enfant couché dans une mangeoire.

Au commencement était le Verbe

Jean ouvre son évangile par les mots mêmes de la Genèse. Avant que rien soit créé, le Verbe est déjà, tourné vers Dieu et Dieu lui-même.

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » Jean 1:1

Le terme grec rendu ici par « Verbe », logos (λόγος), désigne à la fois la parole et la raison qui l'ordonne : le Fils est la Parole par laquelle le Père dit tout ce qu'il est, et par laquelle tout a été fait. Cette Parole entre dans sa création.

« Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. » Jean 1:14

Le verbe grec rendu par « il a habité », eskēnōsen (ἐσκήνωσεν), signifie dresser sa tente. La gloire qui reposait jadis sur la Tente du désert et sur le Temple habite désormais une chair d'homme.

Le livre des origines

Matthieu commence par une généalogie qui inscrit Jésus dans l'histoire d'Israël : « Livre de la généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham. » Matthieu 1:1. Il organise les noms en trois séries de quatorze générations, d'Abraham à David, de David à l'exil, de l'exil au Christ. Le compte fait entendre que toute l'attente d'Israël aboutit ici. Au fil de cette lignée d'hommes paraissent quatre femmes, Tamar, Rahab, Ruth et la femme d'Urie, dont l'histoire est marquée par l'irrégularité ou l'étrangeté : Dieu fait passer sa promesse par des chemins que les hommes n'auraient pas choisis. La liste s'achève sur Joseph, « l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l'on appelle Christ » Matthieu 1:16.

Jusqu'à Adam, jusqu'à Dieu

Luc donne lui aussi une généalogie, mais il la place après le baptême et la fait remonter en sens inverse, de Jésus vers l'origine. Elle ne s'arrête pas à Abraham : elle traverse tout le genre humain jusqu'à « fils d'Adam, fils de Dieu » Luc 3:38. Là où Matthieu présente le Messie d'Israël, Luc présente le Sauveur lié à toute la descendance d'Adam, le nouveau chef d'une humanité entière.

Le commencement de l'Évangile

Marc renonce à tout récit d'enfance et nomme d'emblée ce qui s'ouvre : « Commencement de l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu. » Marc 1:1. Le mot grec rendu par « Évangile », euangelion (εὐαγγέλιον), veut dire bonne nouvelle. Le premier mot de Marc donne déjà le contenu de toute la suite : ce qui commence est l'annonce du Fils de Dieu.

L'annonce à Zacharie

Luc fait précéder la naissance du Christ par celle de son précurseur. Le prêtre Zacharie offre l'encens dans le sanctuaire lorsque l'ange Gabriel lui annonce qu'Élisabeth, sa femme stérile et âgée, enfantera un fils nommé Jean, qui marchera devant le Seigneur « avec l'esprit et la puissance d'Élie » Luc 1:17. Zacharie doute de cette parole et demande un signe ; il devient muet jusqu'à l'accomplissement. Le silence imposé au père est lui-même le signe.

L'annonciation à Marie

Six mois plus tard, Gabriel est envoyé à Nazareth, vers une vierge fiancée à Joseph. Sa salutation dit déjà qui elle est : « Je vous salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec vous. » Luc 1:28. Le mot grec rendu par « comblée de grâce », kecharitōmenē (κεχαριτωμένη), est un participe qui marque un état déjà accompli : Marie est, au moment où l'ange lui parle, pleinement établie dans la grâce. L'ange annonce un fils qui sera appelé Fils du Très-Haut et régnera sans fin. À la question de Marie, il répond que l'Esprit Saint la couvrira de son ombre, car « rien n'est impossible à Dieu » Luc 1:37. Elle consent : « Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. » Luc 1:38. Par ce consentement, le Verbe prend chair.

La Visitation et le Magnificat

Marie se rend en hâte chez Élisabeth. À son approche, l'enfant tressaille dans le sein de sa cousine, et Élisabeth, remplie de l'Esprit, la proclame « bénie entre les femmes » et bienheureuse d'avoir cru Luc 1:42-45. Marie répond par le cantique qui chante l'œuvre de Dieu : il abaisse les puissants, élève les humbles, comble les affamés, et tient la promesse faite à Abraham.

« Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur. » Luc 1:46-47

Le songe de Joseph

Matthieu raconte la même venue du côté de Joseph. Voyant Marie enceinte, cet homme juste résout de la renvoyer en secret, pour ne pas l'exposer. Un ange l'en empêche en songe : l'enfant vient de l'Esprit Saint.

« Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Matthieu 1:21

Le nom Jésus, en hébreu Yeshua (ישוע), signifie « le Seigneur sauve » : le nom dit la mission. Matthieu voit là s'accomplir ce qu'avait annoncé Isaïe, l'enfant nommé Emmanuel, en hébreu Immanou El (עִמָּנוּ אֵל), « Dieu avec nous » (Isaïe 7:14). Joseph prend Marie chez lui et donne son nom à l'enfant.

La naissance de Jean-Baptiste

Élisabeth enfante, et le huitième jour on veut nommer l'enfant du nom de son père. Élisabeth refuse : il s'appellera Jean. Zacharie, interrogé par signes, écrit le même nom, et aussitôt sa bouche s'ouvre. Le père muet retrouve la parole pour bénir Dieu dans le cantique qui annonce la visite du Sauveur et la mission de l'enfant : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies. » Luc 1:76.

La naissance à Bethléem

Un recensement ordonné par César oblige Joseph à monter de Nazareth à Bethléem, la ville de David, dont il est issu. C'est là que Marie met au monde son fils.

« Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle. » Luc 2:7

Le nom de Bethléem, en hébreu Beth Lehem (בֵּית לֶחֶם), veut dire « maison du pain ». Celui qui se dira le pain de vie est posé à sa naissance là où l'on nourrit les bêtes. Le Verbe par qui tout fut fait entre dans le monde sans rien réclamer de ce qui revient à un roi.

L'annonce aux bergers

La première annonce de cette naissance ne va pas aux puissants mais à des bergers qui veillent la nuit. L'ange leur dit la joie : « Aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. » Luc 2:11. Puis une multitude de l'armée céleste loue Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. » Luc 2:14. Dieu se révèle d'abord aux petits, et leur donne pour signe un enfant couché dans une mangeoire.

La présentation au Temple

Quarante jours après la naissance, Marie et Joseph montent au Temple pour offrir le sacrifice prescrit, deux tourterelles ou deux jeunes colombes, l'offrande des pauvres (Lévitique 12:8). Le vieillard Siméon, à qui il avait été promis de voir le Messie, prend l'enfant dans ses bras et bénit Dieu : « Mes yeux ont vu ton salut, lumière pour éclairer les nations et gloire d'Israël ton peuple. » Luc 2:30-32. Il annonce à Marie la contradiction qui entourera son fils, et la part qu'elle y prendra : « Et toi-même, un glaive te transpercera l'âme. » Luc 2:35. La prophétesse Anne, survenant, rend grâce et parle de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance.

L'adoration des mages

Matthieu rapporte la venue de mages d'Orient, conduits par un astre, qui cherchent à Jérusalem le roi des Juifs qui vient de naître. Hérode, troublé, apprend des prêtres que le Messie doit naître à Bethléem (Michée 5:1). Les mages trouvent l'enfant et se prosternent : « Ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. » Matthieu 2:11. L'or revient au roi, l'encens à Dieu, la myrrhe annonce déjà sa sépulture. Les nations viennent adorer celui que son propre peuple cherchera bientôt à perdre. Avertis en songe, les mages repartent par un autre chemin.

La fuite en Égypte

Hérode, joué par les mages, fait massacrer les enfants de Bethléem. Mais un ange a déjà fait fuir Joseph en Égypte avec l'enfant et sa mère. Matthieu y lit l'accomplissement d'une parole d'Osée : « D'Égypte j'ai appelé mon fils. » Osée 11:1. Comme Israël jadis, le Christ descend en Égypte et en remonte ; il refait à lui seul l'histoire de son peuple. À la mort d'Hérode, la famille revient et s'établit à Nazareth.

Jésus au Temple à douze ans

Des années cachées de Nazareth, un seul épisode est rapporté. À douze ans, monté à Jérusalem pour la Pâque, Jésus reste au Temple à l'insu de ses parents, assis parmi les docteurs. Marie lui dit leur angoisse, et il répond par ses premières paroles rapportées : « Ne saviez-vous pas qu'il me faut être aux affaires de mon Père ? » Luc 2:49. Dès l'enfance, il nomme Dieu son Père. Puis il redescend avec eux et leur reste soumis, « et Jésus croissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » Luc 2:52. Trente ans de silence à Nazareth précèdent le jour où il paraîtra au Jourdain.