Les huit visions nocturnes
En une seule nuit, Zacharie reçoit huit visions qui se suivent, et un ange les lui explique au fur et à mesure : « Que sont ceux-ci, mon seigneur ? Et l’ange qui parlait avec moi me dit : Je te ferai voir ce que sont ceux-ci. » Zacharie 1:9. Ces visions forment un mouvement d’ensemble, des bords du monde jusqu’au cœur de Jérusalem, puis du dehors de la ville jusqu’au dedans des cœurs. Les premières regardent les nations et le sort du peuple dispersé, les dernières regardent le péché qui doit être ôté du pays purifié. Toutes répondent à une même question, celle que l’ange pose à Dieu au seuil de la nuit : jusqu’à quand Jérusalem restera-t-elle sans consolation ?
Le cavalier parmi les myrtes
La première vision répond d’emblée à cette question. Zacharie voit un homme monté sur un cheval roux, arrêté entre des myrtes dans un lieu ombragé, et derrière lui d’autres cavaliers : « J’ai eu une vision pendant la nuit : Voici qu’un homme était monté sur un cheval roux, et il se tenait entre des myrtes dans un lieu ombragé, et il y avait derrière lui des chevaux roux, alezans et blancs. » Zacharie 1:8. Ces cavaliers sont les envoyés de Dieu qui parcourent la terre, et ils en reviennent avec un constat : « Nous avons parcouru la terre, et voici que toute la terre est habitée et tranquille. » Zacharie 1:11. Cette tranquillité du monde est le drame du peuple : les nations vivent en paix tandis que Jérusalem reste à terre. L’ange porte alors la plainte devant Dieu : « Seigneur des armées, jusques à quand n’auras-tu pas pitié de Jérusalem et des villes de Juda contre lesquelles tu es irrité voilà soixante-dix ans ? » Zacharie 1:12. La réponse renverse la situation. Dieu se déclare jaloux pour sa ville et irrité contre les nations qui ont abusé de leur tranquillité pour aggraver le malheur du peuple : « J’ai été animé d’une grande jalousie pour Jérusalem et pour Sion ; et je suis animé d’un grand courroux contre les nations qui vivent dans l’opulence. » Zacharie 1:14-15. Et il annonce son retour : « Je reviens à Jérusalem avec compassion ; ma maison y sera rebâtie, et le cordeau sera étendu sur Jérusalem. » Zacharie 1:16. Le cordeau est l’instrument de l’arpenteur : Dieu mesure la ville pour la rebâtir, et la vision donne le ton de toutes les suivantes, le retour de Dieu vers les siens.
Les quatre cornes et les forgerons
La deuxième vision regarde les puissances qui ont frappé le peuple. Zacharie voit quatre cornes, et l’ange en donne le sens : « Ce sont les cornes qui ont dispersé Juda, Israël et Jérusalem. » Zacharie 2:2. Dans la Bible, la corne est l’image de la force qui frappe, celle du taureau ou du bélier ; les quatre cornes sont les puissances venues des quatre horizons pour disperser le peuple. Puis Dieu fait voir quatre forgerons qui viennent à leur tour : « Ce sont là les cornes qui ont dispersé Juda, et ceux-ci sont venus pour les frapper de terreur, pour abattre les cornes des nations qui ont levé la corne contre le pays de Juda. » Zacharie 2:4. À chaque force qui a frappé répond une main qui l’abat. La vision enseigne que les puissances qui ont dispersé le peuple ne sont pas les dernières à parler : Dieu suscite contre elles ce qui les brisera, et la dispersion n’aura pas le dernier mot.
L’homme au cordeau
La troisième vision reprend l’image du cordeau annoncée dans la première. Zacharie voit un homme qui tient un cordeau pour mesurer Jérusalem : « Je levai les yeux et je vis : Et voici un homme ayant à la main un cordeau à mesurer. » Zacharie 2:5. Mais l’ange arrête le mesureur, car la ville à venir débordera toute mesure : « C’est comme une ville ouverte que sera habitée Jérusalem, tant il y aura en son sein d’hommes et de bêtes. » Zacharie 2:8. La Jérusalem promise n’aura pas de murailles parce que sa protection sera Dieu lui-même : « Et moi, je serai pour elle une muraille de feu à l’entour, et je serai en gloire au milieu d’elle. » Zacharie 2:9. La ville n’a plus besoin de remparts de pierre quand Dieu se fait lui-même son rempart. La vision s’élargit alors aux nations, qui ne sont plus seulement les ennemies des premières visions mais des peuples appelés à entrer : « Beaucoup de nations s’attacheront au Seigneur en ce jour-là, et elles seront mon peuple ; et j’habiterai au milieu de toi. » Zacharie 2:15. Le retour de Dieu n’est pas pour Jérusalem seule, il ouvre la ville aux peuples du monde.
Josué le grand prêtre
La quatrième vision se tient au centre des huit, et elle touche le cœur du peuple, son sacerdoce. Zacharie voit le grand prêtre Josué debout devant l’ange, et l’accusateur à sa droite : « Il me fit voir Josué, le grand prêtre, debout devant l’ange du Seigneur ; et Satan se tenait à sa droite pour lui faire opposition. » Zacharie 3:1. Le mot hébreu rendu par « accusateur », satan (שָׂטָן), désigne l’adversaire qui dresse l’accusation ; il se tient à la droite, la place du procureur dans un procès. Josué est couvert de vêtements sales, image de l’indignité du sacerdoce marqué par le péché du peuple : « Or Josué était couvert d’habits sales et se tenait devant l’ange. » Zacharie 3:3. Dieu réduit l’accusateur au silence et ordonne d’ôter ces habits : « Otez-lui les vêtements sales. Vois, j’ai fait enlever de dessus toi ton iniquité, et je t’ai revêtu d’habits de fête. » Zacharie 3:4. Le grand prêtre n’est pas justifié par ses mérites mais par le pardon qui lui est fait : c’est Dieu qui ôte l’iniquité et revêt de neuf. Cette purification de Josué relève tout le sacerdoce, et par lui le culte du Temple qu’on rebâtit.
Le chandelier et les deux oliviers
La cinquième vision est tout entière lumière. Zacharie voit un chandelier d’or à sept lampes, avec un réservoir au sommet et deux oliviers de part et d’autre : « J’ai vu, et voici un candélabre tout en or, avec son bassin à son sommet, portant ses sept lampes ; et deux oliviers sont à côté de lui, l’un à droite du bassin, et l’autre à sa gauche. » Zacharie 4:2-3. L’huile coule des oliviers dans le réservoir, et du réservoir dans les lampes, sans main d’homme : la lumière ne dépend d’aucune force humaine. C’est le sens de la parole qui domine la vision, adressée au gouverneur Zorobabel qui rebâtit le Temple : « Ni par une armée, ni par la force, mais par mon Esprit, dit le Seigneur des armées. » Zacharie 4:6. L’œuvre se fera, non par la puissance des hommes, mais par l’Esprit de Dieu qui l’alimente comme l’huile alimente la flamme. Et les sept lampes de ce chandelier sont les yeux mêmes de Dieu : « Ces sept lampes sont les yeux du Seigneur, qui parcourent toute la terre. » Zacharie 4:10. Son regard veille sur l’œuvre qu’il accomplit par son Esprit. Enfin l’ange nomme les deux oliviers : « Ce sont les deux fils de l’onction qui se tiennent près du Seigneur de toute la terre. » Zacharie 4:14. Les deux oints sont le roi Zorobabel et le grand prêtre Josué, par qui Dieu conduit son peuple ; ils ne sont pas la source de l’huile mais les canaux par lesquels elle passe.
Le rouleau qui vole
Les trois dernières visions se tournent vers le péché qui doit quitter le pays. Zacharie voit d’abord un immense rouleau qui vole au-dessus de la terre : « Je vois un rouleau qui vole ; sa longueur est de vingt coudées et sa largeur de dix coudées. » Zacharie 5:2. Ses dimensions, vingt coudées sur dix (environ dix mètres sur cinq), sont celles d’une grande proclamation déployée au grand jour. Ce rouleau porte une malédiction qui frappe deux fautes nommées, le vol et le faux serment : « C’est la malédiction qui sort sur la face de tout le pays ; quiconque dérobe sera balayé d’ici, et quiconque jure sera balayé d’ici. » Zacharie 5:3. Le voleur pèche contre le prochain, le parjure pèche contre Dieu en jurant faussement par son nom ; les deux fautes résument le péché contre les hommes et contre Dieu. La malédiction entre jusqu’au cœur des maisons coupables pour les consumer : la terre où Dieu revient habiter doit être purifiée de l’injustice.
La femme dans l’épha
La septième vision montre le péché lui-même emporté hors du pays. Zacharie voit un épha, la grande mesure à grain, et une femme assise au-dedans : « C’est l’épha qui apparaît. Et voici qu’un disque de plomb fut soulevé, et il y avait une femme assise au milieu de l’épha. » Zacharie 5:6-7. L’ange nomme cette femme : « Cette femme est l’improbité. » Zacharie 5:8, et il la repousse au fond de la mesure qu’un lourd couvercle de plomb referme. Puis deux femmes ailées emportent l’épha entre ciel et terre vers le pays de Sennaar, c’est-à-dire la plaine de Babylone : « Elles l’emportent pour lui bâtir une maison au pays de Sennaar. » Zacharie 5:11. Le mal est enfermé, scellé et reconduit au lieu même de l’exil, loin de la terre que Dieu purifie. Là où le rouleau frappait les fautes une à une, cette vision saisit l’iniquité en personne et la chasse tout entière du pays.
Les quatre chars
La huitième vision referme la nuit en reprenant l’ouverture. Comme la première montrait des cavaliers envoyés par toute la terre, la dernière montre quatre chars qui partent vers les quatre vents : « Et voici quatre chars sortant d’entre les deux montagnes, et les montagnes étaient des montagnes d’airain. » Zacharie 6:1. L’ange les nomme : « Ce sont les quatre vents du ciel qui viennent de se tenir devant le Seigneur de toute la terre. » Zacharie 6:5. Les quatre vents désignent les quatre directions de l’espace, le nord, le sud, l’est et l’ouest : dire que les chars partent vers les quatre vents, c’est dire qu’ils gagnent tous les points de l’horizon, la terre entière. Ils partent exécuter les ordres de Dieu aux quatre coins du monde, signe que sa maîtrise s’étend partout. La nuit s’achève sur une parole d’apaisement à propos du pays du nord, d’où était venu l’oppresseur : « Ceux qui sont partis vers le pays du septentrion ont apaisé mon esprit dans le pays du septentrion. » Zacharie 6:8. La colère de Dieu contre l’oppresseur est satisfaite ; le compte est réglé. Les huit visions, parties de la plainte « jusques à quand ? », s’achèvent sur le repos de Dieu : il est revenu vers Jérusalem, il a abattu les puissances, purifié le sacerdoce, chassé l’iniquité et soumis toute la terre à sa parole.