Le retour et la maison de Dieu
L’exil à Babylone ne fut pas la fin. Après un demi-siècle, le roi perse Cyrus, ayant renversé Babylone, autorise les Juifs à rentrer et à rebâtir le Temple. Le livre d’Esdras raconte ce retour et la lente reconstruction de la maison de Dieu, malgré l’opposition des peuples voisins. Fidèle à la promesse faite par les prophètes, Dieu ramène son peuple et relève son sanctuaire, plus humble que celui de Salomon, mais tourné vers un avenir plus grand.
L’édit de Cyrus et le retour
La première année de son règne sur Babylone, Cyrus publie l’édit déjà entendu à la fin des Chroniques : il rend leur liberté aux exilés et leur ordonne de remonter à Jérusalem rebâtir la maison du Seigneur. Le roi perse pratiquait volontiers cette politique, laissant les peuples déportés regagner leur terre et leurs dieux ; mais le récit y voit d’abord la main de Dieu, qui remue le cœur du roi pour accomplir sa parole. Car l’exil lui-même avait été mesuré : Jérémie avait annoncé soixante-dix ans de captivité, et c’est au terme de ce délai que la délivrance arrive, preuve que Dieu tient le compte de ses promesses. Cyrus fait même rendre les objets sacrés que Nabuchodonosor avait emportés du Temple, comptés un à un. Un premier groupe se met en route, quelque quarante mille personnes, conduites par Zorobabel, petit-fils du dernier roi déporté et donc prince de la lignée de David, et par le grand prêtre Josué : les deux fonctions ointes, la royauté et le sacerdoce, reparaissent ainsi à la tête du peuple qui rentre, et la maison de David, que la ruine semblait avoir éteinte, se prolonge. Ce retour est comme un second Exode : Dieu, qui avait fait sortir Israël d’Égypte, le fait maintenant remonter de Babylone, tenant sa parole de ne pas abandonner les siens dans la terre étrangère.
L’autel et les fondations du Temple
Rentrés dans un pays ruiné, les exilés commencent par le plus urgent, non pas leurs maisons ni les murailles, mais l’autel, qu’ils redressent sur son ancien emplacement pour y reprendre aussitôt les sacrifices du matin et du soir et la fête des Tentes, malgré la peur que leur inspirent les peuples d’alentour : avant tout, le culte, parce que le peuple ne vit que de sa relation à Dieu. Puis, l’année suivante, on pose les fondations du nouveau Temple ; les prêtres revêtent leurs habits, les lévites font retentir les cymbales, et l’on chante la louange comme David l’avait réglé. La scène est bouleversante : les jeunes poussent des cris de joie, mais les vieillards qui avaient vu la splendeur du Temple de Salomon, cinquante ans plus tôt, pleurent à voix haute, et l’on ne distingue plus les pleurs des acclamations. « beaucoup de prêtres, de lévites et de chefs de familles âgés, qui avaient vu la première Maison, pleuraient à voix haute en voyant poser les fondations de celle-ci, tandis que beaucoup d’autres élevaient des cris de joie. » Esdras 3:12 Le recommencement est réel, mais plus pauvre, mêlé de deuil pour ce qui fut perdu et d’espérance pour ce qui est rendu.
L’opposition et l’achèvement
Les peuples installés à la place des tribus du Nord, mêlés de cultes étrangers, proposent de bâtir avec les revenants ; ceux-ci refusent, pour garder pur le culte du seul Dieu. Devenus hostiles, ces voisins découragent les bâtisseurs, puis dénoncent les Juifs à la cour de Perse comme une ville rebelle qui refuserait un jour l’impôt, et obtiennent par décret l’arrêt des travaux, qui restent suspendus des années durant. C’est alors que Dieu suscite deux prophètes, Aggée et Zacharie, dont la parole ranime le chantier ; les Juifs reprennent, et quand le gouverneur de la province s’en inquiète, le roi Darius fait rechercher dans les archives l’édit original de Cyrus, le retrouve, et non seulement confirme l’autorisation mais ordonne de financer l’œuvre sur le trésor royal. Le Temple s’achève ainsi, environ soixante-dix ans après sa destruction. « Les anciens des Juifs bâtirent avec succès, soutenus par les prophéties d’Aggée et de Zacharie, fils d’Iddo. Ils achevèrent la construction selon l’ordre du Dieu d’Israël et l’ordre de Cyrus, de Darius et d’Artaxerxès, roi de Perse. » Esdras 6:14 On célèbre la dédicace dans la joie, puis la Pâque, reconnaissant que Dieu a tourné vers son peuple jusqu’au cœur des rois païens. « le Seigneur les avait réjouis en tournant vers eux le cœur du roi d’Assyrie, pour soutenir leurs mains dans l’œuvre de la maison de Dieu… » Esdras 6:22 Ni la ruse des ennemis ni la lenteur des hommes n’arrêtent ce que Dieu veut : il se sert de ses prophètes comme des empereurs pour relever sa maison.
Un Temple plus humble, une promesse plus grande
Ce second Temple est pauvre au regard du premier : il n’a plus l’arche de l’alliance, perdue dans l’incendie de 587, ni la nuée visible de la gloire, ni l’or de Salomon, et c’est ce dénuement que pleuraient les vieillards. Pourtant les prophètes du retour annoncent que la gloire de cette maison-ci surpassera celle d’autrefois, non par le faste, mais par Celui qui doit y venir. C’est bien dans ce Temple relevé, agrandi plus tard par Hérode, que le Messie sera présenté enfant, qu’il enseignera et qu’il chassera les marchands, accomplissant l’attente cachée sous la modestie des pierres. La maison de Dieu rebâtie dit à la fois la fidélité qui ramène et l’espérance qui attend : le vrai Temple n’est pas encore là, mais il est promis, et il sera le Christ lui-même, en qui Dieu habite corporellement au milieu des hommes.