Le prophète et son temps
Le livre de Zacharie s’ouvre sur une date précise : « Le huitième mois, en la deuxième année de Darius, la parole du Seigneur fut adressée à Zacharie, fils de Barachie, petit-fils d’Addo, le prophète. » Zacharie 1:1. Cette année est 520 avant Jésus-Christ, et elle situe tout le livre. Le peuple est revenu de l’exil de Babylone depuis une vingtaine d’années, mais l’œuvre pour laquelle il est revenu, la reconstruction du Temple, est à l’arrêt. C’est dans ce moment précis que Zacharie reçoit la parole, et son nom même porte déjà le cœur de son message : en hébreu, Zekaryah (זְכַרְיָה) signifie « le Seigneur se souvient ». À un peuple qui se croit oublié sur les ruines de sa ville, le prophète apporte d’abord un nom qui dit que Dieu n’a rien oublié.
Le retour de l’exil
Pour comprendre Zacharie, il faut remonter à la chute de Jérusalem. En 587 avant Jésus-Christ, les armées de Babylone avaient pris la ville, détruit le Temple de Salomon et déporté le peuple. L’exil dura près de cinquante ans. Puis l’empire de Babylone tomba à son tour devant les Perses, et leur roi Cyrus autorisa les exilés à rentrer pour rebâtir la maison de Dieu : « La première année de Cyrus, roi de Perse, pour accomplir la parole du Seigneur, qu’il avait dite par la bouche de Jérémie, le Seigneur excita l’esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit faire cette proclamation dans tout son royaume. » Esdras 1:1. Les premiers rentrés relevèrent l’autel et posèrent les fondations du nouveau Temple : « Lorsque les ouvriers posèrent les fondements du temple du Seigneur, on fit assister les prêtres en costume, avec les trompettes, et les lévites pour célébrer le Seigneur. » Esdras 3:10. Mais l’élan se brisa. L’opposition des peuples voisins et le découragement firent cesser le chantier, et il resta interrompu pendant des années : « Alors s’arrêta l’ouvrage de la maison de Dieu à Jérusalem, et il fut interrompu jusqu’à la seconde année du règne de Darius, roi de Perse. » Esdras 4:24. Le peuple s’était installé dans ses propres maisons, et la maison de Dieu demeurait en ruines.
Aggée et Zacharie
C’est pour rompre cet arrêt que Dieu suscite deux prophètes la même année. Aggée parle le premier, deux mois avant Zacharie, et s’adresse aux deux chefs du peuple revenu, le gouverneur Zorobabel et le grand prêtre Josué : « La deuxième année du roi Darius, au sixième mois, la parole du Seigneur fut adressée, par l’intermédiaire d’Aggée, le prophète, à Zorobabel, fils de Salathiel, gouverneur de Juda, et à Jésus, fils de Josédec, le grand prêtre. » Aggée 1:1. Sa prédication réveille aussitôt l’esprit des responsables et du peuple, c’est-à-dire que Dieu ranime en eux la force intérieure, la volonté et l’ardeur de se remettre à l’œuvre : « Le Seigneur réveilla l’esprit de Zorobabel, l’esprit de Josué, et l’esprit de tout le reste du peuple ; et ils vinrent et travaillèrent à la maison du Seigneur des armées, leur Dieu. » Aggée 1:14. Zacharie vient alors joindre sa voix à celle d’Aggée pour soutenir et porter ce travail dans la durée. Le livre d’Esdras nomme les deux ensemble comme les prophètes de la reconstruction : « Les prophètes Aggée et Zacharie prophétisèrent aux Juifs qui étaient en Juda et à Jérusalem, au nom du Dieu d’Israël. » Esdras 5:1. Là où Aggée presse de bâtir tout de suite, Zacharie élève le regard et montre ce que ce Temple signifie : la présence de Dieu qui revient, la purification du peuple, et l’attente d’une figure encore à venir.
« Revenez à moi »
Le premier oracle de Zacharie n’est pas un appel à reprendre les outils, mais un appel à revenir à Dieu : « Ainsi parle le Seigneur des armées : Revenez à moi, et je reviendrai à vous. » Zacharie 1:3. La parole pose une réciprocité, et l’ordre des deux mouvements compte. Le retour de Dieu répond au retour du cœur : c’est en revenant à lui que le peuple le retrouve présent. Rebâtir des pierres ne suffit pas si le cœur reste loin, et la maison ne sera vraiment la maison de Dieu que si le peuple lui revient. Pour donner du poids à cet appel, Zacharie met le peuple devant l’exemple de ses pères, qui n’avaient pas écouté les prophètes d’avant l’exil : « Ne soyez pas comme vos pères, auxquels ont prêché les premiers prophètes en disant : Revenez donc de vos mauvaises voies ; et qui n’ont pas écouté et ne m’ont pas prêté attention. » Zacharie 1:4. Puis il pose deux questions qui creusent : « Vos pères, où sont-ils ? Et les prophètes, pouvaient-ils vivre éternellement ? » Zacharie 1:5. Les pères sont morts, les prophètes sont morts, mais la parole, elle, a tenu : elle les a rejoints, et ils ont fini par reconnaître que Dieu avait agi comme il l’avait dit. La leçon est claire pour les vivants : la parole de Dieu atteint toujours son but, et mieux vaut s’y convertir maintenant que d’attendre, comme les pères, de la vérifier dans le malheur.
Les deux parties du livre
Le livre se déploie en deux mouvements bien distincts. La première partie, les chapitres 1 à 8, est ancrée dans le présent du chantier. Elle est portée par huit visions nocturnes que l’ange explique au prophète, par les oracles sur le grand prêtre Josué et la figure du Germe, et par les promesses de restauration de Jérusalem ; ses oracles sont datés et tournés vers la reconstruction en cours. La seconde partie, les chapitres 9 à 14, change de registre. Elle ne porte plus de dates et regarde loin devant : deux grands oracles y annoncent le roi humble qui vient, le berger rejeté, le transpercé vers qui le peuple lèvera les yeux, et le Jour où le Seigneur sera roi de toute la terre. Ce qui unit les deux parties, c’est l’attente : la première relève le Temple de pierre, la seconde annonce celui qui viendra l’accomplir. Le travail des prophètes ne fut pas vain, car le Temple fut achevé quelques années plus tard : « On acheva cette maison le troisième jour du mois d’Adar, dans la sixième année du règne du roi Darius. » Esdras 6:15. Mais le livre de Zacharie regarde déjà plus loin que ces murs, vers celui qu’ils préparent.