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Juin 2026
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Le jugement des nations et le salut de Sion

Le dernier chapitre porte le livre à son terme et tourne le regard vers l’avenir le plus lointain. Après la conversion du peuple et l’effusion de l’Esprit, Dieu vient juger les nations qui ont opprimé les siens. Il les rassemble dans la vallée de Josaphat, il y exerce son jugement comme une moisson, et de ce jugement sort le salut de Sion : une ville sanctifiée où Dieu habite à jamais, une terre transfigurée où jaillit une source venue du Temple. Ainsi le Jour du Seigneur, qui menaçait au début, se révèle pour le peuple fidèle un jour de délivrance.

La vallée de Josaphat

Le chapitre s’ouvre sur le rassemblement des nations en vue du jugement. Dieu annonce qu’au temps où il ramènera les exilés de Juda, il convoquera tous les peuples en un même lieu : « J’assemblerai toutes les nations, et je les ferai descendre dans la vallée de Josaphat ; et là j’entrerai en jugement avec elles, au sujet de mon peuple et de mon héritage d’Israël, qu’elles ont dispersé parmi les nations, et de mon pays qu’elles ont partagé. » Joël 4:2. Le nom de Josaphat signifie « le Seigneur juge », et la vallée ainsi nommée devient le lieu symbolique du jugement de Dieu. Ce qui est jugé est précis : les nations ont dispersé le peuple de Dieu, partagé sa terre, et traité les siens comme une marchandise. Dieu énumère leur faute : « Car ils ont jeté le sort sur mon peuple, ils ont donné le jeune garçon pour une courtisane, et ils ont vendu la jeune fille pour du vin, et ils ont bu. » Joël 4:3. Avoir trafiqué des vies humaines, vendu des enfants pour un plaisir, voilà ce que Dieu vient juger ; le mépris du peuple de Dieu est un mépris de Dieu lui-même.

Le grief de Dieu

Le prophète nomme alors les peuples coupables et le détail de leurs crimes. Dieu se tourne vers les cités voisines qui se sont enrichies en pillant son sanctuaire et en vendant son peuple : « Et vous aussi, qu’êtes-vous pour moi, Tyr et Sidon, et tous les districts de Philistie ? Vous qui avez pris mon argent et mon or, et qui avez emporté dans vos temples mes joyaux les plus précieux. » Joël 4:5. Tyr, Sidon et la Philistie avaient pillé les trésors du Temple et réduit les fils de Juda en esclavage, les vendant au loin : « Vous qui avez vendu aux fils de Javan, les fils de Juda et les fils de Jérusalem, pour qu’on les éloigne de leur pays. » Joël 4:6. Les fils de Javan désignent les Grecs, un peuple lointain vers qui les captifs étaient déportés. La justice de Dieu se mesure exactement à la faute : ce qu’ils ont fait subir leur sera rendu, et les vendeurs seront vendus à leur tour : « Voici que je vais les faire lever du lieu où vous les avez vendus, et je ferai retomber votre provocation sur votre tête. » Joël 4:7. Le mal commis revient sur celui qui l’a commis, loi constante du jugement de Dieu.

La moisson de la colère

Dieu convoque alors les nations au combat, dans un saisissant renversement. Là où le prophète Isaïe annonçait que les peuples forgeraient leurs épées en socs de charrue pour la paix, Joël inverse l’image : c’est l’heure du jugement, et les nations sont appelées aux armes pour y faire face : « De vos socs forgez des épées, et de vos serpes des lances ; que le faible dise : Je suis un brave ! » Joël 4:10. Ce n’est pas un appel à la guerre véritable, mais une convocation ironique : les nations qui se croient fortes sont sommées de se rassembler pour le jugement où elles tomberont. Et Dieu déclare qu’il y siégera comme juge : « Que les nations se lèvent et qu’elles montent à la vallée de Josaphat ! Car c’est là que je siégerai pour juger toutes les nations d’alentour. » Joël 4:12. Le jugement est alors décrit par deux images de récolte, la moisson et le pressoir, qui disent la justice de Dieu tranchant le mal : « Mettez la faucille, car la moisson est mûre ; venez, foulez, car le pressoir est rempli ; les cuves regorgent, car leur méchanceté est grande. » Joël 4:13. La faucille qui coupe le blé mûr et le pied qui foule le raisin sont l’image du jugement qui sépare et qui tranche ; la méchanceté des nations est mûre pour être jugée. Et le prophète nomme ce lieu d’un nom décisif : « Des foules, des foules dans la vallée de la décision ! » Joël 4:14. La vallée de Josaphat est la vallée de la décision, là où se tranche le sort des nations.

Le Seigneur, refuge de son peuple

Au cœur de ce jugement terrible paraît le double visage du Jour du Seigneur : redoutable pour les nations, salut pour le peuple de Dieu. Les signes cosmiques reviennent, le soleil et la lune obscurcis ; et de Sion la voix de Dieu retentit, ébranlant le ciel et la terre. Mais aussitôt le ton change : « De Sion le Seigneur rugira, de Jérusalem il fera entendre sa voix ; les cieux et la terre trembleront. Mais le Seigneur sera un refuge pour son peuple, une retraite pour les enfants d’Israël. » Joël 4:16. La même venue de Dieu qui terrifie les nations est, pour les siens, un abri où se réfugier. Dieu rugit comme un lion contre les coupables, mais il est une forteresse pour son peuple. Et de ce jugement sort la connaissance de Dieu et la sainteté de sa ville : « Et vous saurez que je suis le Seigneur, votre Dieu, qui habite Sion, ma montagne sainte ; Jérusalem sera un sanctuaire, et les étrangers n’y passeront plus. » Joël 4:17. Jérusalem devient un lieu saint où Dieu demeure, que nul ennemi ne profanera plus.

La source du Temple et le séjour de Dieu

Le livre s’achève sur une image de fécondité débordante, où la terre transfigurée reflète la présence de Dieu. Les montagnes et les collines ruissellent de vin et de lait, et surtout une source jaillit du Temple lui-même : « En ce jour-là, les montagnes dégoutteront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, et tous les torrents de Juda ruisselleront d’eau. Une source sortira de la maison du Seigneur, et elle arrosera la vallée des Acacias. » Joël 4:18. La source qui sort de la maison de Dieu porte la vie jusqu’aux terres les plus arides ; là où Dieu habite, la vie jaillit et féconde tout. Face à cette terre bénie, les nations qui ont versé le sang innocent sont dévastées, tandis que Juda demeure pour toujours : « L’Égypte deviendra une terre dévastée, Édom un désert de dévastation, à cause des violences commises contre les enfants de Juda. Mais Juda sera habité éternellement, et Jérusalem d’âge en âge. » Joël 4:19-20. Le contraste est entier : les oppresseurs réduits au désert, et le peuple de Dieu établi pour toujours. Et le livre se clôt sur la promesse la plus haute, le pardon du péché et la présence éternelle de Dieu : « Et je laverai leur sang que je n’avais pas encore lavé. Et le Seigneur habitera en Sion. » Joël 4:21. Le dernier mot du livre est cette présence : Dieu habite en Sion. Tout le livre, parti du désastre des sauterelles, aboutit à ce séjour de Dieu au milieu des siens, qui est le vrai salut.