Le jugement des nations et d’Israël
Le livre s’ouvre sur un long réquisitoire. Amos passe en revue les peuples voisins d’Israël, énumère leurs crimes et annonce sur chacun le jugement de Dieu. Les Israélites qui l’écoutaient approuvaient sans peine la condamnation de leurs ennemis. Mais les oracles visent des peuples de plus en plus proches d’Israël : après les nations étrangères vient Juda, le royaume frère, puis Israël lui-même, frappé plus durement que tous.
Les oracles contre les nations
Amos prononce ses oracles sur un même refrain : pour trois crimes et pour quatre. C’est une manière de compter propre à la poésie hébraïque, où l’on nomme un nombre puis le nombre suivant pour dire que la mesure est comble : des crimes répétés, accumulés au point que Dieu décide de frapper. À chaque peuple, le prophète annonce un châtiment, le plus souvent un feu qui dévorera ses palais, et il déclare cette sentence irrévocable : « À cause de trois crimes de Damas, et à cause de quatre, je ne le révoquerai point. » Amos 1:3. Ce qu’il ne révoque pas, c’est ce châtiment. Un à un, les peuples sont nommés et leurs crimes rappelés, presque tous des violences de guerre. Damas, capitale des Araméens, a écrasé ses ennemis avec une cruauté féroce. Gaza, ville des Philistins, et Tyr, port phénicien, ont livré des peuples entiers à l’esclavage. Édom, peuple descendu d’Ésaü le frère de Jacob, a poursuivi Israël son frère d’une haine implacable ; Ammon a massacré jusqu’aux femmes enceintes dans ses guerres ; Moab a profané les ossements d’un roi mort. Puis vient Juda, le royaume du Sud, condamné pour une faute d’un autre ordre : avoir rejeté la loi de Dieu.
Le jugement retombe sur Israël
Après les nations et Juda vient le tour d’Israël, et c’est sur lui que l’oracle pèse le plus. Le même refrain ouvre l’accusation, et cette fois les crimes sont des injustices commises au sein même du peuple de Dieu : « À cause de trois crimes d’Israël, et à cause de quatre, je ne le révoquerai point. Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent, et l’indigent à cause d’une paire de sandales. » Amos 2:6. Ce retournement est le cœur du réquisitoire. Israël se croyait à l’abri parce qu’il était le peuple élu ; Amos lui montre que l’élection est une charge : le peuple qui a reçu la loi de Dieu doit, plus que tout autre, la justice à ses frères.
Écoutez cette parole
Les paroles d’Amos contre Israël se déploient en trois discours, chacun ouvert par la même formule, « Écoutez cette parole ». Le premier établit le droit de Dieu à juger son peuple. « Le Seigneur Dieu ne fait rien sans qu’il ait révélé son secret à ses serviteurs, les prophètes. » Amos 3:7. Dieu n’envoie pas le malheur sans l’annoncer d’abord par un homme qu’il choisit ; le jugement est toujours précédé d’un avertissement. C’est pourquoi Amos parle : celui qui a reçu cette parole ne peut que la transmettre, contraint comme on tremble au rugissement du lion. « Le lion a rugi : qui ne craindrait ? Le Seigneur Dieu a parlé : qui ne prophétiserait ? » Amos 3:8. Le deuxième rappelle les avertissements que Dieu avait déjà envoyés, la famine, la sécheresse, les fléaux, pour ramener Israël à lui. Cinq fois revient le même constat, comme un refrain : « Et vous n’êtes pas revenus à moi, oracle du Seigneur. » Amos 4:6. Puisque ces appels sont restés sans effet, Dieu annonce qu’il viendra lui-même pour le jugement, qui s’accomplira par la ruine du royaume et la déportation du peuple : « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël ! » Amos 4:12. Le troisième discours est une lamentation. Amos pleure déjà la chute d’Israël comme une mort : « Elle est tombée, elle ne se relèvera plus, la vierge d’Israël ! » Amos 5:2. Et c’est au cœur de ce deuil qu’il lance l’appel à se tourner vers Dieu pour vivre.
L’oppression des pauvres
Au fil de ces discours, Amos décrit une société où les puissants dépouillent les faibles. On vend le pauvre, on l’écrase, on lui prend jusqu’à son manteau en gage. Lorsqu’un pauvre empruntait, on lui prenait son vêtement comme garantie de sa dette ; or ce manteau était souvent sa seule couverture pour la nuit, et la loi de Moïse commandait de le lui rendre avant le soir (Exode 22:25). Les riches le gardaient. La justice elle-même est corrompue. À la porte de la ville, là où les anciens rendaient leurs jugements, les juges se laissent acheter et le droit du pauvre est bafoué : « Vous qui opprimez le juste, qui prenez des présents, et qui faites fléchir le droit des pauvres à la Porte. » Amos 5:12. Amos vise aussi les marchands : « Écoutez ceci, vous qui engloutissez le pauvre, et qui voudriez faire disparaître les humbles du pays. » Amos 8:4. À peine la fête religieuse achevée, ils se hâtent de rouvrir leurs étals. Là, ils trichent sur les mesures : ils réduisent l’épha, la mesure du grain (environ 22 litres), pour en donner moins, et grossissent le sicle, le poids d’argent du paiement (environ 11 grammes), pour en exiger plus ; ils faussent la balance et vendent jusqu’aux déchets du blé. La même main qui offrait des sacrifices trompait le pauvre sur le marché.
Le luxe et la fausse sécurité
Pendant que le peuple souffre, les riches vivent dans l’abondance, couchés sur des lits d’ivoire, mangeant les meilleurs agneaux, indifférents au malheur qui menace le royaume. Amos s’en prend aux femmes de Samarie, la capitale, qu’il appelle les vaches de Basan, du nom d’une région aux gras pâturages : « Écoutez cette parole, vaches de Basan, qui êtes sur la montagne de Samarie, vous qui opprimez les faibles, et qui foulez les indigents. » Amos 4:1. Et il lance un malheur sur ceux qui dorment dans une fausse sécurité, persuadés que rien ne les atteindra : « Malheur à ceux qui vivent tranquilles dans Sion, et en sécurité sur la montagne de Samarie. » Amos 6:1.