Le jeûne et la restauration
Deux ans après les visions, une question concrète arrive jusqu’à Zacharie, et elle ouvre la dernière partie des chapitres consacrés au présent du peuple. Des envoyés viennent demander s’il faut continuer les jeûnes du deuil institués pendant l’exil, maintenant que le Temple se relève. La réponse de Dieu déplace la question : avant de régler le sort des jeûnes, il veut redresser le cœur qui jeûne, puis il fait entrevoir la Jérusalem restaurée vers laquelle tout ce livre tend, une ville de paix où les nations elles-mêmes viendront chercher Dieu.
La question sur le jeûne
L’occasion est précise et datée : « La quatrième année du roi Darius, la parole du Seigneur fut adressée à Zacharie. » Zacharie 7:1. Des gens de Béthel envoient une délégation aux prêtres et aux prophètes de Jérusalem avec une question simple : « Dois-je pleurer au cinquième mois, et faire abstinence, comme j’ai fait depuis tant d’années ? » Zacharie 7:3. Le jeûne du cinquième mois commémorait la destruction du Temple par les Babyloniens ; depuis soixante-dix ans, le peuple en deuil pleurait ce désastre à date fixe. Mais le Temple se rebâtit, et la question devient légitime : ce deuil a-t-il encore lieu d’être ? Faut-il continuer à pleurer une perte qui se répare ? La demande est sincère, et Dieu va y répondre, mais en remontant d’abord à ce qui fait la valeur ou la vanité d’un jeûne.
Le vrai jeûne et la justice
Au lieu de dire oui ou non, Dieu retourne la question vers ceux qui la posent : « Quand vous avez jeûné et célébré le deuil au cinquième et au septième mois, depuis soixante-dix ans, est-ce pour moi que vous jeûniez ? Et quand vous mangez et buvez, n’est-ce pas vous qui mangez et vous qui buvez ? » Zacharie 7:5-6. La question perce le cœur du problème : ce jeûne, le peuple le faisait-il pour Dieu, ou pour lui-même, comme une habitude tournée vers sa propre peine ? Un jeûne qui ne se tourne pas vers Dieu ne vaut pas plus que les repas ordinaires : le peuple pleurait sa propre épreuve sans rapporter ce deuil à Dieu. Dieu rappelle alors ce qu’il avait toujours demandé par les prophètes d’avant l’exil, et qui passe avant tout rite : « Rendez la justice selon la vérité ; pratiquez la miséricorde et la compassion chacun envers son frère ; n’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre. » Zacharie 7:9-10. Voilà le culte que Dieu veut d’abord : le droit rendu, la bonté envers le frère, la protection des plus faibles. Et Dieu rappelle pourquoi l’exil était venu : les pères avaient refusé précisément cela. « Ils ont refusé d’écouter, ils ont prêté une épaule rebelle ; ils ont rendu leur cœur tel que le diamant, pour ne pas entendre la loi. » Zacharie 7:11-12. Le cœur dur comme la pierre la plus dure ne laisse rien entrer ; c’est ce refus d’écouter, non un manque de jeûnes, qui avait conduit le peuple à l’exil. La leçon pour les vivants est claire : la vraie question n’est pas de savoir s’il faut jeûner tel mois, mais si le cœur écoute Dieu et rend justice au prochain.
Jérusalem restaurée
Ayant redressé le cœur, Dieu fait alors briller la ville à venir. Il proclame son retour et sa volonté d’habiter au milieu des siens : « Je suis revenu à Sion et je veux habiter au milieu de Jérusalem ; Jérusalem sera appelée la ville de vérité, et la montagne du Seigneur des armées, montagne de sainteté. » Zacharie 8:3. La ville change de nom parce qu’elle change de cœur : elle sera la ville de la vérité, là où Dieu demeure. Et Dieu en peint le tableau le plus tendre, fait de vieillesse paisible et d’enfance joyeuse : « Il y aura de nouveau des vieillards et des femmes âgées assis sur les places de Jérusalem, chacun son bâton à la main, à cause du grand nombre de leurs jours. Les places de la ville seront remplies de jeunes garçons et de jeunes filles jouant sur ses places. » Zacharie 8:4-5. Vivre vieux et voir les enfants jouer dans les rues est le signe d’une paix durable et d’une terre bénie, après le carnage de la guerre et l’arrachement de l’exil. Et le peuple dispersé reviendra de partout : « Voici que je vais délivrer mon peuple du pays de l’orient et du pays du soleil couchant. Je les amènerai et ils habiteront au milieu de Jérusalem ; ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu, avec vérité et justice. » Zacharie 8:7-8. La formule « ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu » est celle-là même par laquelle Dieu avait scellé son alliance au Sinaï : « Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple. » Lévitique 26:12. En la reprenant pour le peuple revenu de l’exil, Dieu rétablit le lien que la déportation semblait avoir rompu : il reprend les siens comme au premier jour.
Les jeûnes changés en joie
Vient enfin la réponse à la question des envoyés de Béthel, mais transfigurée. Dieu ne dit pas seulement que les jeûnes peuvent cesser : il annonce qu’ils deviendront des fêtes. « Le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième mois seront changés pour la maison de Juda en réjouissance et en allégresse, et en solennités joyeuses. » Zacharie 8:19. Les quatre jeûnes qui marquaient les étapes de la chute de Jérusalem, le siège, la prise, la destruction du Temple et l’assassinat du gouverneur, deviendront autant de fêtes, car ce qu’ils pleuraient est réparé. Le deuil ne s’arrête pas seulement, il se retourne en joie. Et Dieu joint à cette promesse une condition qui reprend la leçon du chapitre précédent : « Aimez la vérité et la paix. » Zacharie 8:19. La joie promise n’est pas un dû automatique ; elle est liée à la vérité et à la paix que le peuple doit vivre, l’écho exact de la justice demandée plus haut.
Les nations montent à Jérusalem
Le livre élargit alors l’horizon au-delà d’Israël. La ville restaurée attirera les peuples du monde entier, venus chercher Dieu : « Il viendra encore des peuples et des habitants d’un grand nombre de villes. Les habitants de l’une iront à l’autre, en disant : Allons, allons implorer le Seigneur et chercher le Seigneur des armées. » Zacharie 8:20-21. Ce qui était la foi d’un seul peuple devient l’objet d’une recherche universelle : les nations s’invitent les unes les autres à monter vers le Dieu de Jérusalem. Et la dernière image du chapitre montre cet attrait : « En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront le pan de la robe d’un Juif en disant : Nous voulons aller aussi avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous. » Zacharie 8:23. Les nations s’attachent au peuple qui porte la présence de Dieu, comme on saisit le vêtement de celui qui connaît le chemin. La première partie du livre, partie des ruines et du deuil, s’achève ainsi sur une ville de paix où Dieu habite et vers laquelle le monde entier se met en marche. Cette montée des nations vers Jérusalem ouvre déjà sur la seconde partie du livre, qui annoncera le roi par qui ce rassemblement s’accomplira.