Le jardin et la chute
Après avoir tout créé bon, Dieu place l’homme dans un jardin, dans l’amitié avec lui, et lui laisse un seul commandement. Le récit de la chute raconte comment cette amitié fut rompue : par la ruse d’un tentateur, par la défiance de l’homme envers la bonté de Dieu, et par une désobéissance qui fit entrer dans le monde la honte, la souffrance et la mort. Mais au cœur même de la sentence, une promesse s’ouvre, la première annonce du salut.
Le jardin et le commandement
Dieu établit l’homme dans un jardin, l’Éden, pour qu’il le cultive et le garde. Tout lui est donné, la vie facile, la familiarité avec Dieu qui vient s’y promener, et deux arbres au milieu du jardin : l’arbre de vie, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. De ce seul arbre, Dieu défend de manger. « mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car le jour où tu en mangeras, tu mourras à coup sûr. » Genèse 2:17 Ce commandement n’est pas une entrave, mais l’espace même de la confiance : en le gardant, l’homme reconnaît que le bien et le mal appartiennent à Dieu, et qu’il n’est pas à lui-même sa propre règle. « Connaître le bien et le mal » ne signifie pas ici s’instruire, mais décider soi-même de ce qui est bien et de ce qui est mal, se faire la mesure de tout à la place de Dieu ; c’est cela que l’arbre défendu représente. Dieu donne aussi à l’homme une compagne, car sa solitude n’est pas bonne. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui corresponde. » Genèse 2:18 De la femme, tirée de l’homme et semblable à lui, naît le couple, une seule chair, la première communauté humaine, faite pour l’amour et la vie. Homme et femme se tiennent nus l’un devant l’autre sans honte, signe d’une innocence encore entière.
La ruse du serpent
Un tentateur se glisse dans le jardin sous les traits du serpent, la plus rusée des bêtes. Il s’adresse à la femme, et commence par fausser la parole de Dieu, l’exagérant pour la faire paraître mesquine, comme si Dieu avait tout interdit. Puis il ose le mensonge direct, contredisant la menace de mort. « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas. Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. » Genèse 3:4-5 Là est le cœur de la tentation : faire croire que Dieu, par jalousie, retient à l’homme ce qui le grandirait, et que la vraie grandeur est de se faire l’égal de Dieu, de saisir la divinité au lieu de la recevoir en don. La femme regarde alors l’arbre autrement, et le désir la gagne par trois portes, celles par où passe toute tentation, le plaisir, la beauté et l’orgueil de savoir. « La femme vit que le fruit de l’arbre était bon à manger, qu’il était beau à regarder et désirable pour devenir intelligent. Elle en prit et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était près d’elle, et il en mangea. » Genèse 3:6 La faute n’est pas d’abord dans le fruit, mais dans le refus : refuser de faire confiance à Dieu et vouloir décider seul du bien et du mal.
Les suites de la faute
Aussitôt, tout se défait. Les yeux s’ouvrent, mais sur la honte : l’homme et la femme se découvrent nus et se cachent, d’abord l’un de l’autre, puis de Dieu dont ils fuient la présence. Interrogé, l’homme, loin de se repentir, rejette la faute sur la femme, et jusque sur Dieu qui la lui a donnée ; la femme la rejette sur le serpent. « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Genèse 3:12 L’amitié est rompue de tous côtés : entre l’homme et Dieu, la peur remplace la confiance ; entre l’homme et la femme, l’accusation remplace le don ; et le travail, la douleur, l’épine et la sueur entrent dans une vie devenue dure. Surtout, la mort, dont Dieu avait averti, fait son entrée : l’homme, séparé de la source de la vie, retourne à la terre dont il fut tiré. « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à l’humus… Car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. » Genèse 3:19 L’homme est enfin chassé du jardin, coupé de l’arbre de vie, et des chérubins en gardent l’entrée. « le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Éden, pour qu’il cultive le sol d’où il avait été tiré. » Genèse 3:23 Cette faute du premier homme ne reste pas la sienne seule : par lui, le péché et la mort passent à toute sa descendance, comme un héritage blessé que chacun reçoit. « comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, la mort a atteint tous les hommes. » Romains 5:12
La promesse au cœur de la sentence
Au moment même où il prononce le châtiment, Dieu laisse tomber une parole d’espérance, adressée au serpent. « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne : il t’écrasera la tête, et toi, tu le blesseras au talon. » Genèse 3:15 Cette parole, la tradition l’appelle la première annonce de l’Évangile. Dieu ne laisse pas l’homme sans issue : il promet, dans la lignée de la femme, un descendant qui écrasera la tête du serpent, qui vaincra le mal et le tentateur. Toute l’Écriture qui suit tend vers cette victoire, accomplie par le Christ né d’une femme, le nouvel Adam qui répare la faute du premier. Ainsi la chute n’a pas le dernier mot : dès la porte du jardin fermée, Dieu ouvre le long chemin du salut, qu’il conduira de génération en génération jusqu’à celui qui devait venir.