La première année : l'inauguration
La vie publique s'ouvre à Jérusalem, lors de la première Pâque. Après le désert, Jésus monte au Temple et y pose un geste qui désigne déjà sa mort et sa résurrection. Suivent l'entretien de nuit avec Nicodème, le dernier témoignage de Jean, la rencontre de la Samaritaine au puits, un second signe à Cana, et l'arrestation du Baptiste qui tourne Jésus vers la Galilée. Cette première année se déroule surtout en Judée, et c'est Jean qui la rapporte.
La purification du Temple
Montant à Jérusalem pour la Pâque, Jésus trouve dans le Temple les marchands de bestiaux et les changeurs. Il fait un fouet de cordes, renverse leurs tables et les chasse : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. » Jean 2:16. Pressé de justifier son autorité, il répond par une parole obscure : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Jean 2:19. Ses interlocuteurs songent au bâtiment, élevé en quarante-six ans ; lui parlait du sanctuaire de son corps. Détruit dans la mort et relevé le troisième jour, ce corps est le vrai Temple, où Dieu habite : « En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. » Colossiens 2:9. Et ceux qui lui sont unis deviennent à leur tour la demeure de Dieu : « Vous êtes le temple de Dieu, et l'Esprit de Dieu habite en vous. » 1 Corinthiens 3:16.
Nicodème, venu de nuit
Un notable des pharisiens, Nicodème, vient trouver Jésus de nuit et le reconnaît comme un maître venu de Dieu. Jésus le porte aussitôt plus loin : « Si quelqu'un ne naît de nouveau, il ne peut voir le Royaume de Dieu. » Jean 3:3. Le mot grec rendu par « de nouveau », anōthen (ἄνωθεν), signifie à la fois de nouveau et d'en haut. Nicodème entend la première chose et s'étonne qu'un vieillard puisse renaître ; Jésus visait la seconde, une naissance qui vient de Dieu.
D'eau et d'Esprit
Jésus précise de quelle naissance il parle : « Si quelqu'un ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » Jean 3:5. L'eau et l'Esprit désignent ensemble le baptême, où l'homme reçoit une vie nouvelle qu'il ne se donne pas. Cette naissance échappe à sa prise comme le vent : « Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. » Jean 3:8. Le mot grec pneuma (πνεῦμα) dit à la fois le vent et l'Esprit : on voit les effets de l'Esprit sans en saisir la source.
Le serpent élevé
Jésus annonce comment cette vie sera donnée. Il rappelle l'épisode du désert où Moïse avait dressé un serpent de bronze que les mordus regardaient pour être guéris (Nombres 21:8-9) : « Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. » Jean 3:14-15. L'élévation sur le bois sauve ceux qui lèvent les yeux vers lui. Et il en donne la raison : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. » Jean 3:16.
Il faut qu'il croisse
Après cet entretien, Jésus et ses disciples baptisent en Judée, tandis que Jean baptise encore plus loin. Comme on s'inquiète de voir la foule se porter vers Jésus, Jean rend son dernier témoignage : il n'est que l'ami de l'époux, qui se réjouit d'entendre sa voix. « Il faut qu'il croisse, et que moi je diminue. » Jean 3:30. Le précurseur s'efface dès que paraît celui qu'il annonçait.
La Samaritaine au puits
Repassant par la Samarie, Jésus s'arrête, fatigué, au puits de Jacob, et demande à boire à une femme venue puiser. Elle s'étonne qu'un Juif adresse la parole à une Samaritaine. Jésus renverse alors la demande : c'est elle qui devrait lui demander à boire. « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. » Jean 4:10. Cette eau, dit-il, « deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle » Jean 4:14. Quand la femme l'interroge sur le lieu du vrai culte, il annonce une adoration qui ne tient plus à un sanctuaire : « Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. » Jean 4:24. À elle, enfin, il se découvre ouvertement comme le Messie : « Je le suis, moi qui te parle. » Jean 4:26.
Le Sauveur du monde
La femme laisse sa cruche et court avertir la ville. Les disciples, revenus avec des vivres, le pressent de manger ; il leur répond qu'il a une nourriture qu'ils ne connaissent pas. Comme ils se demandent si quelqu'un lui en a apporté, il leur découvre de quoi il vit : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. » Jean 4:34. Accomplir le dessein du Père le nourrit plus que le pain, et cette œuvre est le salut des hommes. Il montre alors la moisson qui vient : « Levez les yeux et regardez les champs : ils sont déjà blancs pour la moisson. » Jean 4:35. Les Samaritains qui s'avancent vers lui sont cette moisson : le temps de recueillir les hommes dans le Royaume est déjà venu, et les disciples sont envoyés pour la moissonner. Beaucoup d'entre eux croient en lui, d'abord sur la parole de la femme, puis pour l'avoir entendu eux-mêmes, et confessent : « C'est vraiment lui le Sauveur du monde. » Jean 4:42. Le salut, refusé par certains à Jérusalem, est accueilli par ceux que l'on méprisait.
Le second signe
Revenu en Galilée, à Cana où il avait changé l'eau en vin, Jésus est supplié par un officier royal dont le fils se meurt à Capharnaüm. Sans se déplacer, il dit : « Va, ton fils vit. » Jean 4:50. L'homme croit à la parole et apprend, en chemin, que la guérison a eu lieu à l'heure même où Jésus avait parlé. C'est, d'après Jean, le second signe que Jésus accomplit en Galilée Jean 4:54.
L'arrestation du Baptiste
Le temps de Jean s'achève. Apprenant qu'il a été livré et jeté en prison, Jésus quitte la Judée pour la Galilée (Matthieu 4:12). La voix qui préparait le chemin se tait, et la prédication du Royaume va désormais se déployer autour du lac de Galilée, loin de Jérusalem. La durée du ministère se compte d'après Jean, seul à mentionner les Pâques où Jésus monte à Jérusalem : on en relève plusieurs, d'où l'estimation d'environ trois années, que ces Pâques permettent de distinguer les unes des autres.