La mort de Moïse
Les discours achevés, il ne reste plus à Moïse qu’à mourir. Âgé de cent vingt ans, parvenu au terme d’une vie tout entière donnée à conduire Israël, il ne franchira pas le Jourdain : Dieu le lui a dit, à cause de la faute commise aux eaux de Mériba. Avant de s’éteindre, Moïse accomplit ses derniers actes : il confie le peuple à un autre, dépose la Loi, laisse un chant et une bénédiction, puis monte une dernière fois sur la montagne. Les quatre derniers chapitres du Deutéronome racontent cette fin.
Josué institué et la Loi confiée
Moïse rassemble le peuple et lui annonce qu’il ne le conduira plus : un autre passera le Jourdain à sa place. Il appelle Josué, son serviteur depuis le Sinaï, et l’établit chef devant tous, en l’affermissant par une promesse : « C’est le Seigneur qui marchera devant toi, lui qui sera avec toi ; il ne te délaissera point et ne t’abandonnera point ; sois sans crainte et sans peur. » Deutéronome 31:8. Puis Moïse met la Loi par écrit et la remet aux prêtres ; il ordonne qu’on la lise au peuple entier tous les sept ans, pour qu’aucune génération ne l’ignore. Le livre est déposé à côté de l’arche de l’alliance, où il demeure comme un témoin : la Loi écrite attestera contre le peuple, le jour où il la trahira. Car Dieu prévient Moïse : une fois entré dans la terre, le peuple se tournera vers d’autres dieux et rompra l’alliance. Pour que ce reniement ne reste pas sans voix, Dieu lui fait écrire un chant que tout Israël apprendra par cœur, afin qu’il serve lui aussi de témoin contre le peuple au jour de l’infidélité.
Le cantique de Moïse
Ce chant, Moïse le prononce devant toute l’assemblée. Il s’ouvre sur la grandeur de Dieu, nommé le Rocher parce qu’on s’appuie sur lui sans qu’il cède : « Le Rocher, son œuvre est parfaite, car toutes ses voies sont justes ; c’est un Dieu fidèle et sans iniquité ; il est juste et droit. » Deutéronome 32:4. Le cantique rappelle ensuite tout ce que Dieu a fait pour son peuple, qu’il a trouvé au désert et porté comme un père. Puis il annonce l’ingratitude des jours d’abondance : « Tu as abandonné le Rocher qui t’avait engendré, et oublié le Dieu qui t’avait mis au monde. » Deutéronome 32:18. Vient alors l’annonce du jugement, puis, au-delà, celle du pardon, car le dernier mot revient à Dieu seul : « Voyez maintenant que c’est moi qui suis Dieu, et qu’il n’y a point de Dieu à côté de moi. C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre. » Deutéronome 32:39. Ce chant, Dieu le met dans la bouche d’Israël pour qu’il y demeure ; au jour de l’oubli, il restera en mémoire pour ramener le peuple à celui qui l’a sauvé.
La bénédiction des tribus
Avant de mourir, Moïse bénit les douze tribus l’une après l’autre, comme Jacob l’avait fait pour ses fils. À chacune il adresse une parole qui dit sa place et son avenir dans le peuple. Au centre se tient Dieu lui-même, roi de son peuple : « C’est un refuge que le Dieu des temps antiques, il te soutient de ses bras éternels. » Deutéronome 33:27. Et la bénédiction s’achève sur une exclamation de bonheur : « Heureux es-tu, Israël ! Qui est, comme toi, un peuple sauvé par le Seigneur ? » Deutéronome 33:29.
La mort de Moïse au Nébo
Le moment venu, Moïse quitte le camp et monte seul sur le mont Nébo, en face de Jéricho. De ce sommet, Dieu lui montre tout le pays promis, d’un bout à l’autre. Puis il lui adresse cette parole : « C’est là le pays au sujet duquel j’ai fait serment à Abraham, à Isaac et à Jacob. Je te l’ai fait voir de tes yeux ; mais tu n’y entreras point. » Deutéronome 34:4. Là, sur la montagne, Moïse meurt, serviteur du Seigneur jusqu’au bout. Dieu lui-même l’ensevelit dans la vallée, et personne n’a jamais connu son tombeau. Il avait cent vingt ans, et sa vue restait nette, sa vigueur entière. Le Deutéronome scelle alors son éloge : « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète semblable à Moïse, que le Seigneur connaissait face à face. » Deutéronome 34:10.
Vers le Christ
Moïse meurt au seuil de la terre, qu’il a montrée au peuple sans y entrer. Sa mission s’arrête à la frontière : la Loi qu’il a portée conduit le peuple jusqu’à la porte du salut ; celui qui l’y fait entrer, c’est Josué. Son nom hébreu, Yehoshua (יְהוֹשֻׁעַ), signifie « le Seigneur sauve » ; c’est le nom même que portera Jésus. Ce que Moïse et la Loi ne pouvaient accomplir, un autre Josué l’accomplira : faire entrer les hommes dans le repos véritable (Hébreux 4:8). Moïse laisse aussi une attente. De son temps jusqu’à la fin de l’Ancien Testament, aucun prophète ne l’égala. Pourtant Moïse en avait promis un, semblable à lui, à qui le peuple devrait obéir. Le prophète promis, c’est le Christ (Actes 3:22). Enfin, celui qui n’entra pas dans la terre promise se tiendra un jour sur une autre montagne, aux côtés du Christ transfiguré dans la gloire (Matthieu 17:3) : Moïse y reçoit, accomplie, la présence de Dieu qu’il avait cherchée toute sa vie.