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Juin 2026
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La deuxième année : la popularité

La deuxième année se déroule en Galilée, autour du lac. Rejeté à Nazareth, Jésus s'établit à Capharnaüm, appelle ses premiers disciples, et sa renommée grandit par un enseignement plein d'autorité, des guérisons et le pardon des péchés. Il donne le grand Sermon, institue les Douze, parle en paraboles, commande aux éléments, aux démons et à la mort, envoie les Douze en mission et nourrit les foules. L'année culmine et se retourne au discours du Pain de vie.

Rejeté à Nazareth

Revenu en Galilée, Jésus vient à Nazareth, où il a grandi, et lit à la synagogue la prophétie d'Isaïe sur l'envoyé que l'Esprit consacre pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres (Isaïe 61:1-2). Il referme le livre et déclare : « Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles cette parole de l'Écriture. » Luc 4:21. Ses concitoyens, qui le connaissent comme le fils du charpentier, se scandalisent. Jésus constate que « nul prophète n'est bien reçu dans sa patrie » Luc 4:24. On le pousse hors de la ville pour le précipiter du haut de l'escarpement, mais il passe au milieu d'eux et s'en va. L'année s'ouvre sur le refus des siens.

Les premiers pêcheurs

Il s'établit à Capharnaüm, au bord du lac, et appelle quatre pêcheurs à leurs filets, Simon et André, Jacques et Jean : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Matthieu 4:19. Ils laissent aussitôt barques et filets et le suivent. Un sabbat à Capharnaüm révèle son autorité : il enseigne, chasse un esprit impur d'un mot, guérit la belle-mère de Pierre, et le soir toute la ville apporte ses malades à sa porte. « On était frappé de son enseignement, car il enseignait avec autorité. » Marc 1:22.

L'appel de Matthieu

Passant devant le bureau des impôts, Jésus appelle Matthieu le publicain : « Suis-moi. » Matthieu 9:9. L'homme laisse tout et le suit, puis l'accueille à sa table avec d'autres collecteurs et des pécheurs. Aux pharisiens scandalisés de le voir manger avec eux, Jésus répond : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Marc 2:17.

La guérison du lépreux

Un lépreux s'approche de Jésus, tombe à genoux et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Marc 1:40. La lèpre retranchait alors du peuple : déclaré impur, le malade vivait à l'écart, et quiconque le touchait contractait sa souillure (Lévitique 13:45-46). Pris de compassion, Jésus étend la main et touche le lépreux, ce que nul ne faisait : « Je le veux, sois purifié. » Marc 1:41. À l'instant la lèpre le quitte. Le contact qui aurait dû rendre Jésus impur rend le lépreux pur : la pureté passe de lui au malade. Il lui ordonne de n'en rien dire et d'aller se montrer au prêtre pour offrir ce que Moïse a prescrit (Lévitique 14:2-4), afin que sa guérison soit constatée selon la Loi. L'homme proclame partout ce qui lui est arrivé, si bien que Jésus ne peut plus entrer ouvertement dans les villes.

Le pardon des péchés

À Capharnaüm, la maison où il enseigne est si pleine qu'on n'en approche plus. Quatre hommes, portant un paralytique, montent sur le toit, l'ouvrent et descendent le malade devant Jésus. Voyant leur foi, il s'adresse d'abord à l'âme : « Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. » Marc 2:5. Les scribes s'indignent en eux-mêmes : Dieu seul peut pardonner les péchés, et cet homme blasphème. Leur raisonnement est juste sur un point, Dieu seul pardonne, et faux sur l'autre, car celui qui parle est Dieu. Jésus connaît leur pensée et leur pose la question : qu'est-il plus facile, de dire que les péchés sont remis, ou d'ordonner à un paralytique de marcher ? L'un et l'autre dépassent l'homme ; mais le second se vérifie aux yeux de tous. « Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés » Marc 2:10, il commande au malade de se lever, de prendre son brancard et de rentrer chez lui. L'homme se lève à l'instant, et la foule, saisie, rend gloire à Dieu : « Jamais nous n'avons rien vu de pareil. » Marc 2:12. La guérison visible atteste le pardon invisible : Jésus revendique, et exerce, ce qui revient à Dieu seul.

Le maître du sabbat

Les controverses se multiplient autour du sabbat. Comme ses disciples, un jour de sabbat, arrachent des épis pour les manger, les pharisiens y voient une transgression : ce jour-là, toute œuvre était interdite. Jésus rappelle que David, affamé, mangea les pains de l'offrande réservés aux prêtres, et que les prêtres eux-mêmes accomplissent au Temple leur service ce jour-là sans être en faute (1 Samuel 21:2-7). Le sabbat est donné pour le bien de l'homme : « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat. » Marc 2:27. Jésus s'attribue alors sur ce jour une autorité que Dieu seul possède : « Le Fils de l'homme est maître du sabbat. » Marc 2:28. Mémorial de la création et de l'alliance, le sabbat vient de Dieu lui-même ; s'en dire le maître, c'est se placer au rang de celui qui l'a établi.

Un autre jour de sabbat, Jésus entre dans la synagogue, où se trouve un homme dont la main droite est desséchée. Les pharisiens l'observent pour voir s'il va le guérir ce jour-là, cherchant de quoi l'accuser. Jésus appelle l'homme au milieu de l'assemblée et leur dit : « Quel est celui d'entre vous qui, n'ayant qu'une brebis, si elle tombe dans une fosse le jour du sabbat, ne la prend et ne l'en retire ? Or, combien un homme ne vaut-il pas plus qu'une brebis ! Il est donc permis de faire du bien le jour du sabbat. » Matthieu 12:11-12. Puis il ordonne à l'homme : « Étends ta main. » Matthieu 12:13. L'homme l'étend, et elle redevient saine. Le jour du sabbat fait pour le bien de l'homme, Jésus rend à un homme l'usage de sa main : celui qui s'est dit maître du sabbat l'exerce en accomplissant ce pour quoi ce jour fut donné. Les gardiens de la Loi préfèrent la règle à l'homme ; ils sortent décider la mort de Jésus (Matthieu 12:14).

La piscine de Béthesda

À l'occasion d'une fête, Jésus monte à Jérusalem. Là se trouve une piscine, Béthesda, où gît une foule d'infirmes. On croyait qu'à certains moments l'eau s'agitait, et que le premier à y descendre alors était guéri ; aussi les malades guettaient-ils ce moment. Un homme est là, paralysé depuis trente-huit ans, sans personne pour le plonger dans l'eau à temps : un autre le devance toujours. Jésus lui demande s'il veut être guéri, puis lui dit : « Lève-toi, prends ton grabat et marche. » Jean 5:8. Aussitôt l'homme est guéri. Or c'était un jour de sabbat. Au lieu de s'émerveiller qu'un infirme de trente-huit ans soit debout, les autorités ne retiennent qu'une infraction : il porte son grabat un jour de sabbat. Leur incrédulité les aveugle à l'œuvre de Dieu accomplie sous leurs yeux ; ce refus de la grâce évidente est le ressort du péché contre l'Esprit, qui les conduira bientôt à attribuer au démon les œuvres mêmes de Dieu. Jésus leur répond : « Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent, et moi aussi je suis à l'œuvre. » Jean 5:17. Dès lors elles cherchent d'autant plus à le faire mourir, car non seulement il violait le sabbat, mais il appelait Dieu son propre Père, se faisant l'égal de Dieu. Jésus déploie alors le mystère de son union au Père : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu'il voit faire au Père. » Jean 5:19. Cette parole exprime leur agir commun : engendré du Père de toute éternité, le Fils reçoit tout de lui et agit avec lui, d'une seule et même puissance ; et c'est par le Fils que le Père opère toute son œuvre. Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait : il lui communique sa vie tout entière. Comme le Père relève les morts et donne la vie, le Fils donne la vie à qui il veut ; et le Père a remis tout jugement au Fils, « afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père » Jean 5:23. Il annonce l'heure où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et vivront, car le Fils a la vie en lui-même comme le Père a la vie en lui-même. À l'appui, il convoque quatre témoins. Jean le Baptiste d'abord : Jésus le nomme « la lampe qui brûle et qui brille » Jean 5:35, flambeau allumé pour mener à la lumière et rendre témoignage à la vérité. Ses œuvres ensuite : les miracles que le Père lui donne d'accomplir attestent, plus encore que Jean, que le Père l'a envoyé. Le Père lui-même témoigne pour son Fils. Les Écritures enfin, que ces hommes scrutent pour y trouver la vie : « Ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » Jean 5:39. Moïse, dont ils se réclament, a écrit à son sujet : il avait annoncé qu'un prophète semblable à lui serait suscité, et que le peuple devrait l'écouter (Deutéronome 18:15-19) ; en refusant le Fils, ils renient leurs propres Écritures.

Le Sermon sur la montagne

Voyant les foules, Jésus gravit la montagne et donne la grande charte du Royaume. Il s'ouvre par ce qu'on appelle les Béatitudes, qui renversent le jugement du monde sur le bonheur. Ceux que les hommes plaignent ou négligent, Jésus les déclare heureux à cause de ce que Dieu leur réserve : aux pauvres de cœur le Royaume des cieux, aux affligés la consolation, aux doux la terre en héritage, aux affamés de justice le rassasiement, aux miséricordieux la miséricorde, aux cœurs purs la vue de Dieu, aux artisans de paix le nom de fils de Dieu. Et à ceux qu'on persécute pour la justice, il promet une grande récompense dans les cieux.

Il appelle ses disciples le sel de la terre et la lumière du monde, faits pour donner goût et clarté au reste. Puis il situe son enseignement par rapport à la Loi : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » Matthieu 5:17. Il porte chaque commandement jusqu'à sa racine, dans le cœur, d'où sortent les actes : « Garde ton cœur plus que toute chose, car de lui jaillissent les sources de la vie. » Proverbes 4:23. Au-delà du « tu ne tueras pas », la colère contre son frère est déjà un meurtre ; au-delà du « tu ne commettras pas l'adultère », le regard de convoitise est déjà un adultère. Il interdit le serment et la vengeance, et commande d'aimer ses ennemis et de prier pour ses persécuteurs, pour être fils du Père qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons.

Il enseigne une piété qui se cache : l'aumône, la prière et le jeûne se font dans le secret, sous le regard du seul Père. Au cœur du Sermon, il donne le Notre Père, la prière des fils. Il met en garde contre l'argent, qu'on ne peut servir en même temps que Dieu, et contre l'inquiétude : le Père qui nourrit les oiseaux et revêt les lis sait ce dont ses enfants ont besoin ; qu'ils cherchent d'abord le Royaume, et le reste leur sera donné. Il achève sur deux images. Par la porte étroite, il enseigne que le chemin de la vie est resserré et que peu le trouvent, tandis que la voie large mène à la perdition. Par la maison bâtie sur le roc, il montre que seul tient, quand viennent les pluies, celui qui écoute ses paroles et les met en pratique, à la différence de celui qui les écoute sans agir, dont la maison, posée sur le sable, s'effondre.

Les Douze

Avant de choisir les siens, Jésus gravit la montagne et passe la nuit entière en prière (Luc 6:12). Au jour, il appelle ses disciples et en choisit douze, qu'il nomme apôtres, du grec apostolos (ἀπόστολος), « envoyé ». Le nombre reprend celui des douze tribus d'Israël : les Douze sont le fondement du peuple renouvelé, comme les patriarches le furent de l'ancien. Il les institue pour une double charge, « afin qu'ils soient avec lui, et afin de les envoyer prêcher, avec le pouvoir de chasser les démons » Marc 3:14-15 : d'abord vivre auprès de lui, puis prolonger son œuvre en son nom. Il les nomme un à un : Simon, appelé Pierre, en tête ; puis André son frère, Jacques et Jean les fils de Zébédée, Philippe et Barthélemy, Matthieu et Thomas, Jacques fils d'Alphée et Simon le Zélote, Jude et Judas Iscariote, celui qui le livrera.

Le centurion de Capharnaüm

Un centurion, officier romain à la tête d'une centaine d'hommes, a un serviteur malade, près de mourir. Il fait dire à Jésus de ne pas se déranger jusque chez lui : il ne s'en juge pas digne. Habitué à commander, il dit à l'un « va » et il va, à l'autre « viens » et il vient ; il reconnaît à la parole de Jésus la même autorité sur le mal : « Dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. » Luc 7:7. Jésus s'en étonne et, se tournant vers la foule qui le suit, le donne en exemple : « Je n'ai pas trouvé une si grande foi en Israël. » Luc 7:9. Le serviteur est guéri à l'heure même. Ce païen croit à la parole seule, sans prodige sous les yeux, et précède Israël dans la foi : déjà se montrent les nations qui entreront dans le Royaume.

Le fils de la veuve de Naïm

À l'entrée de la ville de Naïm, Jésus croise un convoi funèbre : on porte en terre le fils unique d'une veuve. En ce temps-là, une veuve dépendait de ses fils pour vivre ; en perdant son unique enfant, cette femme perdait son seul soutien et se trouvait sans ressource. Pris de compassion, il lui dit : « Ne pleure pas. » Luc 7:13. Il touche le brancard, les porteurs s'arrêtent, et il commande au mort : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi. » Luc 7:14. Le mort se redresse, se met à parler, et Jésus le rend à sa mère. C'est le premier qu'il rappelle de la mort. Le contact d'un cadavre rendait impur, et la mort ne se commande pas ; ici la vie passe de lui au mort, comme la pureté passait au lépreux. La foule, saisie de crainte, reconnaît : « Un grand prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Luc 7:16.

La pécheresse pardonnée

Un pharisien, Simon, reçoit Jésus à sa table. Une femme de la ville, connue pour ses péchés, entre, se tient en pleurs derrière lui, baigne ses pieds de ses larmes, les essuie de ses cheveux et les couvre de parfum. Simon se dit en lui-même que, s'il était prophète, Jésus saurait quelle femme le touche. Jésus répond à sa pensée par une parabole : de deux débiteurs, à qui l'on remet l'un une grosse dette, l'autre une petite, celui qui aimera le plus est celui à qui l'on a le plus remis. Simon ne lui a offert ni eau pour ses pieds ni baiser ; cette femme n'a cessé de les baigner et de les oindre. « Ses péchés, qui sont nombreux, lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé. » Luc 7:47. Les convives s'interrogent : quel est celui-ci qui pardonne même les péchés ? Et Jésus à la femme : « Ta foi t'a sauvée ; va en paix. » Luc 7:50.

La question de Jean

Jean, dans sa prison, entend parler des œuvres du Christ. Lui qui l'avait désigné envoie alors deux de ses disciples demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Matthieu 11:3. Jésus guérit à cette heure-là un grand nombre de malades, puis renvoie les messagers avec une réponse qui reprend les paroles par lesquelles Isaïe annonçait que Dieu lui-même viendrait sauver son peuple (Isaïe 35:4-6) : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.

Aux foules, ensuite, il rend témoignage à Jean. Aucun homme né d'une femme n'est plus grand que lui ; et pourtant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand encore. Jean est le plus grand des hommes parce qu'il est le dernier des prophètes et qu'il a désigné le Messie présent : les autres l'avaient annoncé de loin, lui l'a montré du doigt et baptisé. Sa grandeur reste celle de la terre, et celui qui n'aura au ciel que la moindre part de gloire le dépasse déjà. Cette gloire des bienheureux, qui est de voir Dieu face à face et de vivre de sa vie, se donne en degrés selon la mesure de la charité : tous sont comblés, mais chacun selon la capacité de son amour, comme des vases de tailles inégales tous remplis à ras bord, car une étoile diffère d'une autre en éclat (1 Corinthiens 15:41).

Revenant à Jean, Jésus l'identifie à une figure annoncée : une ancienne prophétie promettait le retour d'Élie avant le grand jour du Seigneur, pour ramener les cœurs des pères vers leurs fils (Malachie 3:23-24), et cet Élie attendu, c'est lui.

Le reproche aux villes

Jésus adresse alors un reproche aux villes où il avait fait le plus de miracles, parce qu'elles ne s'étaient pas converties : « Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi, Bethsaïde ! » Matthieu 11:21. Si les cités païennes de Tyr et de Sidon, réputées pour leur idolâtrie, avaient vu de tels signes, elles se seraient depuis longtemps repenties sous le sac et la cendre. Et Capharnaüm, élevée jusqu'au ciel par ses privilèges, sera abaissée jusqu'au séjour des morts ; Sodome elle-même, devant pareils prodiges, subsisterait encore. Ces villes avaient reçu plus de lumière que toute autre, le Christ même agissant au milieu d'elles ; plus grande est la lumière donnée, plus lourde la responsabilité de qui s'y dérobe.

Béelzéboul et le péché contre l'Esprit

On lui amène un possédé aveugle et muet ; Jésus le guérit, et la foule s'émerveille. Mais les pharisiens prétendent qu'il chasse les démons par Béelzéboul, le prince des démons. Jésus montre l'absurdité de l'accusation : un royaume divisé contre lui-même court à la ruine, et si Satan chassait Satan, son règne s'effondrerait. « Si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, alors le Règne de Dieu est venu jusqu'à vous. » Matthieu 12:28. Bien plus, nul ne peut piller la maison d'un homme fort sans l'avoir d'abord lié : en délivrant les possédés, Jésus enchaîne Satan et lui arrache ses captifs. Il avertit alors d'un péché qui ne sera pas pardonné : « Le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. » Matthieu 12:31. Tout péché peut être pardonné, et même l'injure contre le Fils de l'homme ; mais attribuer au démon l'œuvre manifeste de l'Esprit, c'est rejeter sciemment la grâce même qui pardonne. Ce péché demeure sans rémission, non que la miséricorde de Dieu manque, mais parce que celui qui s'y obstine se ferme à la seule main qui pourrait le relever.

La vraie famille

Comme il parle aux foules, sa mère et ses proches se tiennent au-dehors et demandent à le voir. On l'en avertit ; Jésus étend la main vers ses disciples et déclare : « Voici ma mère et mes frères ; quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Matthieu 12:50. Cette parole révèle une parenté qui passe celle du sang : appartiennent à sa famille ceux qui accomplissent la volonté de Dieu. Et nulle ne l'a accomplie plus parfaitement que Marie, qui s'était livrée tout entière au dessein de Dieu ; mère selon la chair, elle est la première aussi selon la foi.

Les paraboles du Royaume

Jésus se met à enseigner le Royaume en paraboles, des récits tirés de la vie ordinaire dont le sens se livre à qui cherche. Le semeur jette le grain : selon le terrain, il est dévoré, brûlé, étouffé ou porte du fruit, comme la parole de Dieu selon le cœur qui la reçoit. Le grain de moutarde, la plus petite des semences, devient un arbre où les oiseaux font leur nid : le Royaume commence imperceptible et grandit au-delà de toute attente. L'ivraie pousse mêlée au bon grain, et le maître laisse croître les deux jusqu'à la moisson : la séparation des bons et des méchants est remise au jugement final. Le trésor caché dans un champ et la perle de grand prix valent qu'on vende tout pour les acquérir : le Royaume passe avant le reste. À l'écart, Jésus explique le sens à ses disciples ; aux foules il parle en images. La parabole révèle à qui s'ouvre et demeure obscure à qui se ferme, accomplissant la parole d'Isaïe sur le peuple qui regarde sans voir et entend sans comprendre (Isaïe 6:9-10).

La tempête apaisée et le démoniaque

Un soir, Jésus dit à ses disciples de passer sur l'autre rive du lac, et ils l'emmènent dans la barque. Une violente tempête se lève, les vagues la remplissent, et lui dort à l'arrière, la tête sur un coussin. Réveillé par leur frayeur, il menace le vent et la mer : « Silence, tais-toi. » Marc 4:39, et le calme se fait. Saisis, les disciples se demandent : « Qui est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » Marc 4:41.

Sur l'autre rive, au pays des Géraséniens, un homme possédé d'une foule de démons vit parmi les tombeaux, que nulle chaîne ne retient. Les démons, qui se nomment Légion « car ils sont nombreux », supplient Jésus de ne pas les chasser dans l'abîme et demandent à entrer dans un troupeau de porcs ; il le permet, et le troupeau se précipite du haut de la pente dans le lac et s'y noie. Effrayés, les gens du pays supplient Jésus de quitter leur territoire. L'homme délivré veut le suivre, mais Jésus l'envoie annoncer aux siens ce que le Seigneur a fait pour lui.

Jaïre et la femme malade

De retour, Jésus est abordé par Jaïre, un chef de la synagogue, qui se jette à ses pieds : sa fille de douze ans se meurt. Jésus le suit, pressé par la foule. En chemin, une femme malade d'une perte de sang depuis douze ans, que personne n'avait pu guérir, touche par-derrière la frange de son manteau, sûre que cela suffira. À l'instant elle est guérie, et Jésus, sentant qu'une force est sortie de lui, se retourne et la cherche. Tremblante, elle se découvre ; il lui dit : « Ma fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix. » Marc 5:34.

Pendant ce temps, on vient dire à Jaïre que sa fille est morte, qu'il est trop tard. Jésus l'affermit : « Ne crains pas, crois seulement. » Marc 5:36. Il entre avec Pierre, Jacques et Jean, écarte ceux qui pleurent en disant que l'enfant dort, prend la petite par la main et lui dit en araméen : « Talitha koum », c'est-à-dire « Jeune fille, lève-toi » Marc 5:41. Aussitôt elle se lève et marche.

L'envoi des Douze

Jésus envoie les Douze deux par deux à travers la Galilée, leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. Ils partent sans rien, ni pain, ni argent, ni sac, pour ne compter que sur Dieu et sur l'accueil qu'on leur fera. Ils prêchent la conversion, chassent les démons et guérissent les malades : la mission du Maître se prolonge désormais par les siens, qui agissent en son nom.

La mort du Baptiste

C'est aussi le moment où parvient la fin de Jean. Hérode l'avait fait emprisonner parce que Jean lui reprochait d'avoir pris Hérodiade, la femme de son frère. Hérode pourtant le craignait, le tenait pour un homme juste et saint, et aimait l'écouter ; Hérodiade, elle, voulait le faire périr, mais ne le pouvait, car Hérode le protégeait Marc 6:19-20. Elle saisit l'occasion d'un banquet : sa fille ayant dansé devant le roi et ses convives, sa danse plut à Hérode, qui promet par serment de lui donner ce qu'elle voudra ; instruite par sa mère, elle réclame la tête de Jean sur un plat. Pris au piège de son serment devant ses convives, Hérode, à regret, fait décapiter le prophète dans sa prison.

La multiplication des pains

Les Douze reviennent de mission, et les foules ne cessent d'affluer. Jésus se retire avec eux dans un lieu désert, mais la foule l'y rejoint ; pris de pitié pour ces gens « comme des brebis sans berger », il les enseigne longuement. Le soir venu, les disciples veulent les renvoyer chercher à manger ; Jésus leur répond : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Marc 6:37. On ne trouve que cinq pains et deux poissons. Il les prend, lève les yeux au ciel, prononce la bénédiction, rompt les pains et les donne aux disciples pour la foule. Cinq mille hommes mangent à satiété, et l'on ramasse douze paniers pleins des morceaux qui restaient. La foule, rassasiée, veut s'emparer de lui pour le faire roi ; Jésus se retire seul dans la montagne pour prier.

La marche sur les eaux

La nuit venue, les disciples traversent le lac sans lui, et le vent leur est contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vient à eux en marchant sur la mer ; ils le prennent pour un fantôme et crient de peur, mais il les rassure : « Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur. » Matthieu 14:27. Pierre veut le rejoindre : « Seigneur, si c'est toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Matthieu 14:28. Il descend, marche vers Jésus, puis, voyant le vent, prend peur et commence à couler ; il crie : « Seigneur, sauve-moi ! », et Jésus le saisit aussitôt : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Matthieu 14:31. Quand ils montent dans la barque, le vent tombe, et ceux qui sont là se prosternent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu. » Matthieu 14:33.

Le discours du Pain de vie

Le lendemain, la foule rejoint Jésus à Capharnaüm, cherchant encore du pain. Il l'avertit de ne pas travailler pour la nourriture qui se perd, mais pour celle qui demeure en vie éternelle. Comme ils réclament un signe pour croire et rappellent que leurs pères ont mangé la manne au désert, Jésus corrige : ce n'est pas Moïse, mais son Père qui donne le vrai pain du ciel, celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. Puis il révèle quel est ce pain : « Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim. » Jean 6:35.

Il précise alors quel pain il donnera : « Le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. » Jean 6:51. Les Juifs se récrient : comment peut-il donner sa chair à manger ? Loin d'adoucir, Jésus appuie : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'avez pas la vie en vous. » Jean 6:53. Il emploie alors un verbe grec plus cru que « manger », trōgō (τρώγω), qui désigne l'acte de mâcher : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Jean 6:54. « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang vraiment une boisson. » Jean 6:55. Il annonce ici l'Eucharistie, où ce don se réalisera.

La parole est trop dure pour beaucoup : « Cette parole est rude, qui peut l'écouter ? » Jean 6:60. Nombre de ses disciples, jusque-là attachés à lui, se retirent et cessent de marcher avec lui. Jésus les laisse partir sans rien retrancher de ses paroles, et se tourne vers les Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Jean 6:67. Simon Pierre répond pour eux : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Jean 6:68. L'année de la popularité s'achève sur cette division : au sommet des foules succède la première grande défection, et les Douze demeurent, attachés à celui qui seul a les paroles de la vie éternelle.

Le statère dans le poisson

À Capharnaüm, les percepteurs de l'impôt du Temple demandent à Pierre si son maître acquitte la didrachme, cette taxe que tout homme d'Israël verse chaque année pour le service du sanctuaire. Pierre répond que oui. Quand il rentre, Jésus parle le premier et l'interroge : les rois de la terre lèvent-ils l'impôt sur leurs fils ou sur les étrangers ? Sur les étrangers, répond Pierre. « Les fils en sont donc exempts. » Matthieu 17:26. Le Temple est la maison de son Père, et lui, le Fils, n'y doit rien. Pour ne scandaliser personne, il l'acquitte pourtant : il envoie Pierre jeter l'hameçon, ouvrir la bouche du premier poisson pris, et y prendre un statère, pièce de quatre drachmes valant deux didrachmes, de quoi payer pour Jésus et pour Pierre. « À lui la mer, c'est lui qui l'a faite. » Psaume 95:5.