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La Demeure, le sacerdoce et les sacrifices

Après l’alliance scellée au Sinaï, Dieu donne à Moïse le plan d’un sanctuaire, pour venir habiter au milieu de son peuple. Toute la fin de l’Exode, des chapitres 25 à 40, décrit la construction de cette Demeure, la tente sacrée que l’on appelle aussi le Tabernacle ; et le livre du Lévitique règle le culte qui s’y déroule. Le Dieu trois fois saint vient habiter au milieu d’un peuple pécheur et lui ouvre un chemin pour s’approcher de lui : ce chemin passe par un sanctuaire, un sacerdoce et des sacrifices, qui occupent ces longues pages souvent négligées.

La Demeure

Le sanctuaire a d’abord une fin : que Dieu demeure parmi les siens. Il le dit à Moïse en lui en commandant la construction : « Ils me feront un sanctuaire, et j’habiterai au milieu d’eux. » Exode 25:8. La Demeure est une tente précieuse, divisée en espaces de sainteté croissante : un parvis où le peuple apporte ses offrandes, puis le lieu saint où entrent les prêtres, et au fond le lieu très saint, le Saint des saints, où le grand prêtre seul peut entrer, une fois l’an. Là repose l’arche de l’alliance, le coffre qui contient les tables de la Loi, ces deux tables de pierre où Dieu avait gravé les dix commandements reçus au Sinaï. L’arche est surmontée d’un couvercle d’or appelé le propitiatoire, aux extrémités duquel se dressent deux chérubins, deux figures d’or représentant les êtres célestes qui se tiennent auprès du trône de Dieu. C’est de là que Dieu se rend présent et parle à Moïse : « Là je me rencontrerai avec toi, et je te communiquerai, de dessus le propitiatoire, du milieu des deux chérubins, tous les ordres que je te donnerai pour les enfants d’Israël. » Exode 25:22. Pour la bâtir, Dieu remplit de son Esprit les artisans chargés de l’ouvrage : « Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu, de sagesse, d’intelligence et de savoir pour toutes sortes d’ouvrages. » Exode 31:3. Et le peuple apporte ses dons avec une telle générosité que Moïse doit faire cesser la collecte : « Les objets préparés suffisaient, et au delà, pour tous les ouvrages à exécuter. » Exode 36:7. Quand la Demeure est achevée, la gloire de Dieu vient la remplir, sous la forme de la nuée : « La nuée couvrit la tente de réunion, et la gloire du Seigneur remplit la Demeure. » Exode 40:34. Dieu tient sa promesse et habite désormais au milieu de son peuple.

Le sacerdoce d’Aaron

Pour que ce peuple s’approche du Dieu saint, il faut des hommes mis à part, qui se tiennent entre Dieu et les autres. Dieu choisit Aaron, le frère de Moïse, et ses fils, pour le servir comme prêtres : « Fais venir auprès de toi Aaron ton frère, et ses fils avec lui, pour qu’il soit prêtre à mon service. » Exode 28:1. Le prêtre est un médiateur : il offre à Dieu les sacrifices du peuple et porte le peuple devant Dieu. Le grand prêtre le signifie jusque dans son vêtement, où sont gravés les noms des douze tribus, qu’il porte sur son cœur en entrant dans le sanctuaire : « Aaron portera sur son cœur les noms des fils d’Israël gravés sur le pectoral du jugement, en souvenir perpétuel devant le Seigneur. » Exode 28:29. Le prêtre paraît devant Dieu chargé de tout le peuple qu’il représente.

Les sacrifices

Au cœur de ce culte se trouvent les sacrifices, par lesquels le peuple rend hommage à Dieu, lui demande pardon et entre en communion avec lui. Le Lévitique en règle plusieurs sortes. L’holocauste est offert tout entier : la victime est entièrement brûlée sur l’autel, signe du don total qu’on fait de soi à Dieu. Le sacrifice pour le péché obtient le pardon d’une faute. Le sacrifice de paix s’achève en un repas partagé, signe de la communion retrouvée avec Dieu. Dans tous, celui qui offre pose la main sur la tête de la victime, geste par lequel il s’unit à elle et la met à sa place : « Il posera sa main sur la tête de l’holocauste, et il sera accepté en sa faveur pour faire expiation pour lui. » Lévitique 1:4. Et c’est le sang versé qui obtient ce pardon, parce que la vie réside dans le sang : la vie de la victime est offerte à la place de celle du pécheur. « C’est par l’âme que le sang fait expiation. » Lévitique 17:11. Faire l’expiation, c’est couvrir la faute et rétablir le lien que le péché avait rompu.

L’inauguration du culte

Une fois la Demeure dressée et les prêtres consacrés, le culte commence. Aaron offre les premiers sacrifices, et Dieu répond par un signe éclatant : sa gloire paraît, et un feu venu de lui consume l’offrande sur l’autel : « Le feu, sortant de devant le Seigneur, dévora sur l’autel l’holocauste et les graisses. Et tout le peuple le vit ; et ils poussèrent des cris de joie, et ils tombèrent sur leur face. » Lévitique 9:24. Le feu du ciel agrée le sacrifice et manifeste que Dieu accepte d’habiter parmi les siens. Mais la sainteté qui se laisse approcher demande d’être respectée. Le jour même, deux fils d’Aaron, Nadab et Abihou, s’avancent pour offrir de l’encens devant le Seigneur avec un feu profane, pris ailleurs que sur l’autel, que Dieu n’avait pas commandé. Le même feu qui avait reçu l’offrande les frappe : « Un feu sortit de devant le Seigneur et les dévora : ils moururent devant le Seigneur. » Lévitique 10:2. Moïse en donne la raison à Aaron, qui accueille en silence la mort de ses fils, sans un mot de révolte : « Je serai sanctifié en ceux qui m’approchent, et je serai glorifié en présence de tout le peuple. » Lévitique 10:3. Le Dieu saint prescrit lui-même la manière dont on l’approche. En offrant un feu qu’il n’avait pas demandé, Nadab et Abihou mettent leur propre initiative à la place de sa volonté, et c’est cette présomption que le feu frappe. La sainteté de Dieu se révère, elle ne s’improvise pas.

Le grand jour des Expiations

Une fois l’an, un jour est consacré tout entier à la purification du peuple : le grand jour des Expiations. Ce jour-là seul, le grand prêtre franchit le voile et entre dans le Saint des saints, portant le sang d’un sacrifice pour purifier le sanctuaire et le peuple : « En ce jour on fera l’expiation pour vous, afin de vous purifier ; vous serez purs de tous vos péchés devant le Seigneur. » Lévitique 16:30. Le rite comporte deux boucs. L’un est offert en sacrifice ; sur l’autre, le grand prêtre confesse les fautes du peuple, puis le chasse au désert : « Aaron confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d’Israël et toutes leurs transgressions ; il les mettra sur la tête du bouc, et il l’enverra au désert. » Lévitique 16:21. Ce bouc, qu’on appelle le bouc émissaire, emporte au loin le péché du peuple : « Le bouc emportera sur lui toutes leurs iniquités dans une terre inhabitée. » Lévitique 16:22. Chaque année, ainsi, Israël est lavé et peut continuer de vivre devant son Dieu.

La sainteté de la vie

La sainteté déborde la tente et gagne toute la vie du peuple. Parce que Dieu habite au milieu d’Israël, Israël doit lui ressembler et porter dans ses mœurs la sainteté de son Dieu : « Soyez saints, car je suis saint, moi le Seigneur, votre Dieu. » Lévitique 19:2. Cette sainteté touche le travail, la justice, le respect du pauvre et de l’étranger, la parole et le corps, et elle culmine dans un seul commandement qui résume le rapport au prochain : « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Lévitique 19:18. Le Christ joindra ce commandement à celui de l’amour de Dieu pour en faire les deux appuis de toute la Loi.

La sainteté marque aussi le corps et ses états. Le pur et l’impur ne désignent pas le bien et le mal, mais l’aptitude ou l’inaptitude à s’approcher de Dieu : le contact d’un mort, certaines maladies, les écoulements du corps rendent impur, c’est-à-dire inapte à paraître au sanctuaire, jusqu’à ce qu’un rite ait rétabli la pureté. Ces lois apprennent à Israël que la mort et la corruption ne tiennent pas devant le Dieu vivant. Le cas le plus grave est celui du lépreux : « Il habitera seul ; sa demeure sera hors du camp. » Lévitique 13:46. Coupé du peuple et du culte tant que dure son mal, il revient par l’examen du prêtre, qui constate la guérison et le réintègre. Le Christ renversera ce mouvement : en touchant les lépreux, au lieu de contracter leur impureté, il leur communique sa sainteté et les guérit.

Les temps sacrés

Le temps lui-même est sanctifié. Les fêtes rythment l’année autour de Dieu et rappellent ses bienfaits : « Voici les solennités du Seigneur que vous publierez pour être de saintes assemblées. » Lévitique 23:2. La Pâque célèbre la sortie d’Égypte, la nuit où Dieu fit passer son peuple de la servitude à la liberté. La fête des Semaines, sept semaines plus tard, lui offre les prémices de la moisson. La fête des Tentes rappelle la vie sous la tente au désert : depuis la sortie d’Égypte, Dieu abrite et conduit son peuple vers la terre promise, et il veut qu’Israël et ses descendants en gardent la mémoire. Et chaque semaine, le sabbat fait reposer Israël le septième jour, à l’image de Dieu qui se reposa après avoir créé le monde.

Ce rythme du sabbat s’étend aux années. Tous les sept ans, la terre elle-même se repose, sans être cultivée. Et tous les cinquante ans revient l’année du jubilé : « Vous sanctifierez la cinquantième année, et vous publierez la liberté dans le pays pour tous ses habitants. » Lévitique 25:10. Cette année-là, les terres qu’une famille avait dû vendre lui sont rendues, et ceux qui s’étaient vendus comme serviteurs recouvrent leur liberté et rentrent dans leur famille. Nul n’est dépossédé pour toujours, nul n’est esclave pour toujours. Tout cela repose sur une parole de Dieu : « Le pays est à moi, et vous êtes chez moi comme des étrangers et des gens en séjour. » Lévitique 25:23. La terre n’est pas une possession définitive ; Israël la tient de Dieu et n’en est que l’hôte. Le peuple sanctifie ses jours et ses années comme il sanctifie ses actes.

Vers le Christ

Toute cette économie prépare le Christ et trouve en lui son sens plein. La Demeure annonce le Verbe qui plantera sa tente parmi les hommes ; le sacerdoce d’Aaron, le grand prêtre qui s’offre lui-même ; le sang de l’expiation, l’unique sacrifice de la croix ; le bouc qui emporte au loin les péchés, l’Agneau qui ôte le péché du monde. Ce que la tente et ses rites accomplissaient en figure, et qu’il fallait recommencer chaque année, le Christ l’accomplit une fois pour toutes.