La confession
La confession est l’un des sept sacrements de l’Église, ces signes institués par le Christ pour donner la grâce. Par elle, le baptisé reçoit de Dieu, par le ministère du prêtre, le pardon des péchés commis depuis son baptême. On l’appelle aussi pénitence, du latin paenitentia, le regret qui l’anime, et réconciliation, parce qu’elle rétablit l’amitié avec Dieu que le péché avait rompue.
Un pouvoir donné par le Christ
Le soir de Pâques, le Ressuscité confie à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés en son nom. « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Jean 20:22-23 Ce pouvoir, il l’avait d’abord promis à Pierre. « Je te donnerai les clés du royaume des cieux. » Matthieu 16:19 Le pardon vient de Dieu seul, mais Dieu a voulu le donner par des hommes. Le prêtre ne pardonne pas en son propre nom : il agit au nom du Christ, instrument par lequel passe la miséricorde. C’est ce que l’Écriture appelle le ministère de la réconciliation. « Dieu nous a confié le ministère de la réconciliation. » 2 Corinthiens 5:18 Se confesser à un prêtre, c’est recevoir le pardon là où le Christ a voulu le déposer. Seuls l’évêque et le prêtre peuvent absoudre, car ce pouvoir, donné aux apôtres, se transmet par le sacrement de l’ordre.
Pourquoi un sacrement après le baptême
Le sacrifice de la Croix a racheté une fois pour toutes les péchés de tous les hommes ; il est la source unique de tout pardon, et rien ne s’y ajoute. « Par une seule offrande, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il sanctifie. » Hébreux 10:14 Ce pardon doit pourtant atteindre chacun et être accueilli. Le baptême l’applique une première fois et fait renaître à la vie de Dieu. Mais le baptisé peut retomber, et par un péché grave il se coupe lui-même de la grâce reçue : il ressort de l’eau où le Christ l’avait lavé. Le Seigneur a voulu que ce même pardon de la Croix lui soit redonné par la confession. Elle n’ajoute rien au sacrifice du Christ : elle en fait passer la grâce jusqu’au pécheur qui s’en était écarté. La tradition l’appelle la seconde planche après le naufrage : à qui a fait naufrage, elle offre de regagner le rivage.
Le péché mortel et le péché véniel
Tous les péchés ne blessent pas l’âme de la même manière, et la confession ne les atteint pas tous au même titre. Le péché mortel prive l’âme de la grâce sanctifiante, la vie de Dieu reçue au baptême, et éteint en elle la charité : il rompt l’amitié avec Dieu. Il porte sur une matière grave, commise en pleine conscience et de plein consentement. Le péché véniel, lui, ne prive pas de cette grâce ; il refroidit la charité sans l’éteindre, et blesse l’amitié sans la rompre. L’Écriture distingue déjà ces deux poids. « Il est un péché qui mène à la mort... et il est un péché qui ne mène pas à la mort. » 1 Jean 5:16-17 Le péché mortel doit être confessé pour être remis, et le pénitent en dit l’espèce et le nombre autant qu’il s’en souvient ; c’est la voie ordinaire par laquelle la grâce perdue est rendue. Le péché véniel n’oblige pas à la confession, puisqu’il laisse l’âme dans la grâce ; il se remet aussi par le regret, la prière, l’aumône et l’eucharistie. « l’amour couvre une multitude de péchés. » 1 Pierre 4:8 Le confesser demeure pourtant fécond : la grâce du sacrement y ranime la charité que ces fautes avaient refroidie et affermit l’âme dans le bien.
Celui qui, après un examen attentif, oublie pourtant un péché mortel le voit pardonné avec les autres par l’absolution, la parole par laquelle le prêtre, au nom du Christ, remet les péchés. Son repentir et sa volonté de tout avouer l’enveloppent. Si ce péché lui revient en mémoire, il est tenu de le confesser à la prochaine occasion. Quant aux fautes qu’on ne perçoit même pas, ce fond de désordre que nul ne discerne entièrement en lui, elles sont remises au pécheur dont le cœur se repent de tout, le connu comme l’inconnu. David priait déjà ainsi. « Qui aperçoit ses propres erreurs ? Purifie-moi de celles qui m’échappent. » Psaume 19:13
Les actes du pénitent
Le pénitent s’y prépare par l’examen de conscience : se tenir devant Dieu et passer sa vie en revue à la lumière de sa Parole, pour reconnaître ses fautes. Trois actes forment ensuite la matière du sacrement : la contrition, l’aveu et la satisfaction.
La contrition d’abord, l’acte le plus important, car sans regret il n’y a pas de pardon : la douleur d’avoir péché, jointe à la ferme résolution de ne plus le faire. Ce regret prend deux formes. Il est contrition parfaite quand il naît de l’amour de Dieu : le pécheur souffre d’avoir offensé celui qu’il aime par-dessus tout. Il est contrition imparfaite, qu’on nomme aussi attrition, quand il naît de la crainte du châtiment ou du dégoût du péché. Les deux disposent au pardon, mais ne touchent pas le sacrement de la même façon. L’attrition suffit pour recevoir le pardon dans la confession. La contrition parfaite obtient le pardon dès qu’elle s’élève dans le cœur, avant même le sacrement, pourvu qu’elle s’accompagne de la volonté de se confesser ; elle ne dispense donc pas de la confession, dont elle porte déjà le désir. C’est par elle qu’est sauvé celui qui, repenti par amour, meurt sans avoir pu rejoindre un prêtre. Le Christ le dit de la pécheresse à ses pieds. « Ses péchés, qui sont nombreux, lui sont pardonnés, car elle a beaucoup aimé. » Luc 7:47 L’Église l’a affirmé au concile de Trente, en 1551.
L’aveu ensuite : dire ses péchés au prêtre, exposer la blessure à la lumière pour qu’elle soit guérie. « Si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, nous pardonne nos péchés et nous purifie de toute injustice. » 1 Jean 1:9 Cet aveu doit être entier et sincère : taire sciemment un péché mortel par honte rend la confession vaine et ajoute une faute à celle qu’on cache, car on ne trompe pas Dieu, devant qui rien n’est caché.
La satisfaction enfin : accomplir la pénitence que le prêtre indique, une prière, un jeûne ou une bonne œuvre.
L’absolution
À ces trois actes répond l’absolution, la forme du sacrement : les paroles par lesquelles le prêtre remet les péchés au nom du Christ. Le mot vient du latin absolvere, délier : l’absolution délie le pécheur du lien que le péché avait noué en lui. Ce que le prêtre délie sur la terre, Dieu le tient pour délié dans le ciel. « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié au ciel. » Matthieu 18:18 Le prêtre pardonne à la place du Christ, comme son ambassadeur, par une puissance qu’il tient du Seigneur. « Nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » 2 Corinthiens 5:20 Prêtant sa voix au Seigneur, il déclare : « Je t’absous de tes péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Celui qui pardonne, par cette bouche, c’est le Christ lui-même. Le regret de l’homme dispose le cœur à recevoir ce don : l’acte du prêtre porte la puissance du Christ, l’ouverture du cœur la laisse entrer.
Ce que la confession opère
L’absolution remet la faute et, avec elle, la peine éternelle : l’âme qui avait perdu la grâce par un péché mortel la retrouve et redevient amie de Dieu. La charité éteinte renaît, les mérites que le péché avait éteints reviennent, et la conscience réconciliée goûte la paix. Le pénitent est aussi réconcilié avec l’Église, qu’il avait blessée, car nul ne pèche seul : le mal d’un membre atteint tout le corps, et son retour réjouit toute la maison. « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » Luc 15:7
Au-delà de la faute et de la peine éternelle demeure souvent une peine temporelle : le péché pardonné laisse en l’homme un attachement désordonné et un tort à redresser. La satisfaction commence à le redresser ici-bas. L’Écriture le montre chez David. « Le Seigneur a pardonné ton péché ; tu ne mourras pas. » 2 Samuel 12:13 L’enfant né de la faute mourra cependant : le pardon de la faute n’efface pas toute conséquence. Cette réparation ne cherche pas à fléchir un Dieu exigeant, car le pardon est donné gratuitement ; elle guérit le pécheur de l’attachement laissé en lui et redresse le tort commis. Quand Zachée se convertit, il ne s’en tient pas au regret, il répare. « Si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Luc 19:8 Nos satisfactions n’ont de valeur que reçue de l’unique satisfaction du Christ, qui a réparé sur la Croix ce qu’aucun homme ne pouvait réparer. Ce qui demeure à purifier avant la mort s’achève au purgatoire ; et l’Église, puisant au trésor des mérites du Christ et des saints, peut en remettre une part par les indulgences, la remise de cette peine temporelle qu’elle accorde au pécheur déjà pardonné.
La nécessité et la fréquence
Qui a conscience d’un péché mortel est tenu de le confesser, et de le faire avant de communier : on ne reçoit pas le corps du Christ avec une âme coupée de lui. « Que chacun donc s’examine lui-même, avant de manger de ce pain et de boire de cette coupe. » 1 Corinthiens 11:28 L’Église en a fait un précepte : confesser ses péchés graves au moins une fois l’an. La confession régulière, même pour les seules fautes vénielles, n’est pas obligatoire ; elle purifie pourtant le regard, affermit contre la rechute et fait grandir dans l’amitié de Dieu.
Le secret de la confession
Ce secret porte un nom : le sceau sacramentel. Il couvre tout ce que le pénitent confie pour recevoir le pardon, ses péchés, leurs circonstances, tout ce qui pourrait le faire reconnaître. Le confesseur ne peut ni le redire, ni l’utiliser, ni même le laisser deviner par un mot ou une attitude. Aucune raison, si grave soit-elle, ne lève cette obligation : ni l’ordre d’un juge, ni le danger d’autrui, ni le besoin de se disculper lui-même.
Cette inviolabilité tient à ce qui se passe dans la confession : le pénitent ne parle pas à un homme, il parle à Dieu, dont le prêtre n’est que l’instrument. Ce qui est avoué est confié à la miséricorde divine, qui efface et oublie. « C’est moi qui efface tes transgressions, et je ne me souviendrai plus de tes péchés. » Isaïe 43:25 Le prêtre, simple ministre de ce pardon, est lié au même oubli : il a entendu comme l’oreille de Dieu, et ce qu’il a reçu appartient à Dieu seul. Trahir ce secret est l’une des fautes les plus graves qu’un prêtre puisse commettre ; des confesseurs ont préféré la prison ou la mort plutôt que de livrer ce qui leur avait été confié. « Le médisant trahit les secrets, mais le cœur fidèle garde la chose cachée. » Proverbes 11:13 Le pénitent peut donc tout dire sans crainte : ce qu’il dépose au confessionnal n’en sortira jamais.