La chute de Ninive
Les chapitres 2 et 3 montrent la chute de Ninive en deux mouvements. Le chapitre 2 décrit l’assaut et la prise de la ville, comme si le prophète assistait à la scène. Le chapitre 3 dit pourquoi elle tombe : il dresse l’acte d’accusation contre la grande capitale et se referme sur sa ruine.
L’assaut sur la ville
Le poème se fait soudain rapide, haletant, au rythme de l’attaque. Le destructeur s’avance, les boucliers rouges et les habits d’écarlate des guerriers brillent, les chars s’élancent en tous sens dans un fracas d’acier. Puis vient l’image décisive : « Les portes des fleuves s’ouvrent, et le palais s’effondre. » Nahum 2:7. Ninive était bâtie au bord du Tigre, protégée par ses eaux et ses murailles. Selon les récits anciens, une crue emporta une partie des remparts pendant le siège ; les portes qui retenaient les fleuves cédèrent, et la ville fut livrée.
La ville prise et pillée
Ninive tombe. Ses habitants fuient, et nul ne parvient à les arrêter. Les vainqueurs se ruent sur les trésors entassés par des siècles de conquêtes : « Pillez l’argent, pillez l’or ! Car il n’y a pas de fin à ses richesses, à l’amas de tous ses objets précieux. » Nahum 2:10. La ville qui avait dépouillé tant de peuples est dépouillée à son tour. Le prophète résume sa chute par une image. Les rois assyriens aimaient se représenter en lions, et leur capitale était comme un repaire où s’entassait le butin arraché aux nations. Ce repaire est désormais vide : « Où est-il, le repaire des lions, qui était un lieu de pâture pour les jeunes lions ? » Nahum 2:12. Le fauve qui dévorait les peuples a disparu.
La ville de sang
Le chapitre 3 explique la cause de cette ruine. Il s’ouvre sur une accusation : « Malheur à la ville de sang, toute pleine de fraude, de violence, et qui ne cesse pas ses rapines ! » Nahum 3:1. Ninive a bâti sa puissance sur le meurtre, le mensonge et le pillage. Le prophète la compare à une courtisane qui séduit pour mieux asservir : par des alliances et des traités qui promettaient protection et prospérité, elle attirait les nations dans sa dépendance, puis les soumettait par le tribut et la déportation. « C’est à cause des nombreuses prostitutions de la prostituée, pleine d’attraits, habile aux enchantements, qui vendait les nations par ses prostitutions. » Nahum 3:4. Dieu lui rendra ce qu’elle a fait : celle qui a humilié les peuples sera elle-même exposée et couverte de honte aux yeux de tous.
Le sort de Thèbes
Pour briser l’assurance de Ninive, Nahum lui rappelle un précédent : « Vaux-tu mieux que No-Amon, qui était assise sur les fleuves, que les eaux environnaient, qui avait la mer pour rempart ? » Nahum 3:8. No-Amon était le nom de Thèbes, la grande cité d’Égypte, protégée par le Nil comme par un rempart. Elle se croyait imprenable. Pourtant l’Assyrie elle-même l’avait conquise et pillée un demi-siècle plus tôt. Le prophète retourne contre Ninive sa propre histoire : ce qu’elle a fait subir à Thèbes, elle le subira à son tour.
La raillerie finale
Le livre s’achève sur une raillerie. Le prophète s’adresse au roi d’Assyrie : ses chefs dorment, ses guerriers sont à terre, son peuple est dispersé sans personne pour le rassembler. La blessure est mortelle : « Ta blessure est sans remède, ta plaie est grave ; tous ceux qui entendront raconter ton sort battront des mains à ton sujet ; car sur qui ta méchanceté n’a-t-elle pas passé sans trêve ? » Nahum 3:19. La dernière question dit le sens de tout le livre. Si tous applaudissent la chute de Ninive, c’est que tous avaient souffert de sa cruauté. La ruine de l’oppresseur est une délivrance pour les peuples qu’il écrasait. Au-delà de Ninive, l’Écriture voit dans cette chute la figure de toute puissance qui se dresse contre Dieu en opprimant les faibles : aucune ne dure, et le jugement qui les abat est le salut de ceux qu’elles broyaient.