L’ordre
L’ordre est le sacrement par lequel la mission que le Christ a confiée à ses apôtres se poursuit dans l’Église jusqu’à la fin des temps. Par l’imposition des mains de l’évêque, il établit des hommes au service du peuple de Dieu, pour l’enseigner, le sanctifier par les sacrements et le conduire au nom du Christ. Il se reçoit en trois degrés, l’épiscopat, le presbytérat et le diaconat, imprime en celui qui le reçoit un sceau définitif, et le fait agir en la personne du Christ au service du sacerdoce de tous les baptisés.
La mission des apôtres continuée
Le Christ a choisi les apôtres et leur a donné part à sa propre mission. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Jean 20:21 Cette mission ne devait pas mourir avec eux. Avant de quitter ce monde, les apôtres établirent d’autres hommes pour la continuer, leur transmettant la charge reçue du Christ : enseigner la foi, sanctifier par les sacrements, conduire le peuple de Dieu. Le sacrement de l’ordre est le moyen par lequel cette mission passe, d’âge en âge, jusqu’à la fin des temps.
La succession apostolique
Les apôtres ont transmis leur charge par l’imposition des mains, et ceux qui la reçurent la transmirent à leur tour, en une chaîne ininterrompue qui rejoint les évêques d’aujourd’hui. Paul le rappelle à Timothée. « Ranime le don de Dieu que tu as reçu par l’imposition de mes mains. » 2 Timothée 1:6 Cette continuité porte aussi sur la foi elle-même. « Ce que tu as entendu de moi, confie-le à des hommes fidèles, capables à leur tour d’en instruire d’autres. » 2 Timothée 2:2 La succession apostolique garantit ainsi deux choses : que l’ordre reçu aujourd’hui est bien celui que le Christ donna aux apôtres, et que la foi enseignée est bien la leur.
Un seul sacrement, trois degrés
Le mot « ordre » vient du latin ordo, qui désignait un corps établi dans la société ; être ordonné, c’est être agrégé à l’un des degrés du ministère. Le sacrement est un, et se reçoit en trois degrés. L’évêque possède le sacerdoce dans sa plénitude ; le prêtre y participe comme son collaborateur ; tous deux reçoivent le sacerdoce ministériel, pour rendre le Christ présent à son peuple. Le diacre, lui, est ordonné pour le service et non pour le sacerdoce. Les trois reçoivent le sacrement par l’imposition des mains de l’évêque, seul à pouvoir le conférer.
L’évêque
L’évêque est un successeur des apôtres, qui a reçu la plénitude du sacrement de l’ordre. Le mot grec rendu par « évêque », episkopos (ἐπίσκοπος), désigne celui qui veille, le gardien ; et c’est l’Esprit Saint qui l’établit pour garder le troupeau. « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis gardiens, pour être les pasteurs de l’Église de Dieu. » Actes 20:28 De la plénitude qu’il détient découlent deux prérogatives : lui seul confère l’ordre, faisant d’autres hommes diacres, prêtres et évêques ; et il est le ministre originaire de la confirmation, qu’un prêtre ne donne qu’en dépendance de lui. Ainsi Paul laissait à Tite le soin d’établir les ministres en chaque lieu. « que tu établisses des anciens dans chaque ville, selon mes instructions. » Tite 1:5 Placé à la tête d’une Église locale, le diocèse, l’évêque y exerce la triple charge reçue des apôtres : il enseigne la foi en gardien du dépôt confié, il sanctifie son peuple par les sacrements et préside l’eucharistie d’où vit son Église, il la gouverne en pasteur. Pris tous ensemble, les évêques forment un seul corps, le collège épiscopal, dont la tête est le pape, comme Pierre l’était parmi les Douze ; chacun l’est en communion avec le pape et avec ses frères dans l’épiscopat, et cette union garde l’Église une. Réunis autour de Pierre, les apôtres tinrent à Jérusalem le premier concile de l’Église, et y tranchèrent ensemble les premières questions de la foi. « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autre fardeau que ces exigences inévitables. » Actes 15:28
Le prêtre
Le prêtre reçoit le sacrement de l’ordre à son second degré, part qui relève de la plénitude détenue par l’évêque. Le mot grec rendu par « prêtre », presbyteros (πρεσβύτερος), désigne l’ancien. C’est l’évêque qui l’ordonne, et le prêtre demeure son collaborateur : ne pouvant être partout, l’évêque prolonge son ministère par les prêtres répartis dans les paroisses, qui forment autour de lui un seul corps de pasteurs. Dès les origines, les apôtres établirent des anciens en chaque Église. « Dans chaque Église, ils leur désignèrent des anciens. » Actes 14:22 L’acte central du prêtre est l’eucharistie : sur l’autel, par ses mains, le Christ rend présent l’unique sacrifice de la croix et se donne en nourriture. Quand le prêtre dit « Ceci est mon corps », c’est le Christ qui agit par lui, selon ce qu’il confia aux siens à la Cène. « Faites ceci en mémoire de moi. » Luc 22:19 Il remet aussi les péchés au nom du Christ, par le pouvoir donné aux apôtres au soir de Pâques. « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Jean 20:23 Au-delà de ces deux actes, il conduit en pasteur la portion du troupeau que l’évêque lui confie : il annonce l’Évangile, instruit les fidèles et veille sur eux, intendant des dons de Dieu remis à l’Église.
Le diacre
Le diacre reçoit le sacrement de l’ordre à son troisième degré, sous l’évêque et le prêtre. Le mot grec rendu par « diacre », diakonos (διάκονος), désigne le serviteur. L’évêque lui impose les mains pour le service et non pour le sacerdoce : le diacre ne consacre pas l’eucharistie et ne pardonne pas les péchés, ces actes demeurant au prêtre et à l’évêque. Dès l’Église des apôtres, cet ordre se tient auprès de l’évêque. « avec les surveillants et les diacres. » Philippiens 1:1 Son origine se lit au livre des Actes : les premiers chrétiens pourvoyaient chaque jour aux besoins des veuves, mais certaines étaient négligées dans cette distribution ; pour rester libres pour la prière et l’annonce de la parole, les apôtres firent choisir sept hommes chargés de ce service. « Choisissez parmi vous sept hommes de bonne réputation, remplis de l’Esprit Saint et de sagesse. » Actes 6:3 Parmi eux, Étienne, le premier à mourir pour le Christ. Le service du diacre s’étend à trois domaines : à l’autel, il assiste l’évêque et le prêtre, proclame l’Évangile et peut prêcher, distribue la communion ; dans la parole, il enseigne et porte l’Évangile au monde ; dans la charité, il prend soin des pauvres, ce pour quoi les sept furent d’abord choisis. Il peut aussi baptiser, bénir et présider les funérailles. Le diaconat se reçoit comme une étape vers le sacerdoce, ou se vit comme un état permanent, ouvert aussi à des hommes mariés. Tout ce ministère rend visible une chose : l’Église est servante, à l’image de son Seigneur, qui lava les pieds de ses disciples. « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Matthieu 20:28
Le rite de l’ordination
Le ministre de l’ordination est l’évêque seul. La matière est l’imposition des mains : l’évêque pose les mains sur la tête de l’ordonné, en silence ; la forme est la prière consécratoire qui suit, demandant à Dieu de répandre sur lui l’Esprit Saint et la grâce du degré qu’il reçoit. Ce geste et cette prière forment ensemble le cœur du sacrement ; on les trouve déjà dans l’Église des apôtres, lorsque les sept furent établis. « Ils les présentèrent aux apôtres, qui prièrent et leur imposèrent les mains. » Actes 6:6 Les autres rites, la présentation du candidat, l’onction des mains du prêtre, la remise des instruments de sa charge, entourent ce cœur et en expriment le sens.
Réservé à des hommes
Seul un homme baptisé reçoit validement l’ordre. Le Christ a choisi douze hommes pour apôtres, et l’Église, tenue par ce choix, ne s’est jamais reconnu le pouvoir d’ordonner des femmes. Cette réserve du sacerdoce aux hommes ne juge en rien de la dignité de la femme, égale à l’homme devant Dieu ; elle tient à la fidélité au geste du Seigneur et au signe du ministre, qui agit en la personne du Christ, Époux de son Église.
Agir en la personne du Christ
L’ordre configure pour toujours celui qui le reçoit au sacerdoce du Christ ; c’est pourquoi il se reçoit une seule fois et imprime un sceau qui ne s’efface pas. « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek. » Hébreux 7:17 Par ce sceau, l’ordonné agit en la personne du Christ, in persona Christi : sa parole et son geste deviennent ceux du Seigneur, qui s’identifie à ceux qu’il envoie. Cette vérité tient moins à un mot de l’Écriture qu’à toute la mission reçue des apôtres : le Christ agit par ceux qu’il envoie et parle par leur bouche. « Celui qui vous écoute m’écoute, celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. » Luc 10:16 Quand le prêtre célèbre l’eucharistie ou pardonne les péchés, c’est le Christ lui-même qui agit par ses mains ; le ministre prête sa voix et ses gestes au Seigneur, auteur de ce qui s’accomplit.
Le célibat sacerdotal
Dans l’Église latine, l’évêque et le prêtre s’engagent au célibat, librement embrassé pour le Royaume. Cet état relève de la discipline de l’Église, qui l’a reçu de l’exemple du Christ, prêtre et vierge, et de sa parole sur ceux qui renoncent au mariage pour le Royaume. « Il y a des eunuques qui se sont rendus tels eux-mêmes à cause du royaume des cieux ; comprenne qui peut comprendre. » Matthieu 19:12 Le prêtre configuré au Christ se donne à lui d’un cœur sans partage et se rend tout entier disponible pour son peuple, signe vivant du monde à venir. « Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur : il cherche à plaire au Seigneur. » 1 Corinthiens 7:32 Les Églises catholiques d’Orient, en communion avec le pape, connaissent une autre discipline, où des hommes mariés accèdent au sacerdoce, et le diaconat permanent demeure partout ouvert aux hommes mariés ; le célibat reste, pour l’Église latine, le chemin de ses prêtres.
Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel
Par le baptême, tous les fidèles participent au sacerdoce du Christ : ils offrent leur vie à Dieu, prient et témoignent. C’est le sacerdoce commun. Par l’ordre, certains reçoivent le sacerdoce ministériel, pour servir ce sacerdoce commun en rendant le Christ présent à son peuple. Le ministre est ainsi tout entier au service des fidèles. « Tout grand prêtre, pris d’entre les hommes, est établi en faveur des hommes dans le service de Dieu, pour offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. » Hébreux 5:1