Le sacerdoce ministériel réservé aux hommes
Dans l’Église catholique, seuls des hommes reçoivent le sacerdoce ministériel, celui du prêtre ordonné. Cette réserve tient à la forme même que le Christ a donnée à son sacerdoce et à ce que le prêtre signifie devant l’assemblée.
Une même dignité
Avant toute distinction de fonction, l’homme et la femme partagent une même dignité. Tous deux sont créés à l’image de Dieu : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; homme et femme il les créa. » Genèse 1:27 Et le baptême les fait également enfants de Dieu, sans préséance de l’un sur l’autre : « il n’y a plus l’homme et la femme : car tous, vous n’êtes qu’un dans le Christ Jésus. » Galates 3:28 La réserve du sacerdoce laisse entière cette égale dignité : elle concerne la forme d’un signe, non le prix d’une âme. Homme et femme sont appelés à la même sainteté et au même amour de Dieu.
Le sacerdoce, un appel
Le sacerdoce est un don, reçu d’en haut. Nul ne se fait prêtre lui-même : on y est appelé, et l’on reçoit par l’ordination ce qu’on ne saurait se donner : « Nul ne s’attribue à soi-même cet honneur ; on y est appelé par Dieu, comme le fut Aaron. » Hébreux 5:4 Nul ne peut le revendiquer comme un droit, pas même un homme : il l’attend comme un appel. Dès lors, tout se décide dans l’appel du Christ : qui il appelle, et la forme qu’il a voulu donner à son sacerdoce.
Le choix des Douze
Le Christ a institué le sacerdoce en choisissant douze hommes pour être ses apôtres : « il appela ses disciples et en choisit douze, qu’il nomma apôtres. » Luc 6:13 Il les a établis pour annoncer l’Évangile, baptiser, pardonner les péchés et refaire le geste de la Cène ; d’eux vient le sacerdoce de l’Église, transmis par l’ordination depuis les apôtres jusqu’à aujourd’hui.
Ce choix fut libre. Le Christ accueillait les femmes d’une manière que son temps ignorait : des femmes l’ont suivi et servi, et ce sont elles qui, les premières, ont trouvé le tombeau vide et vu le Ressuscité, envoyées l’annoncer aux apôtres. « va trouver mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Jean 20:17 Celui qui confiait à des femmes la première annonce de la résurrection a pourtant réservé aux Douze la charge apostolique. Son choix porte donc une intention voulue, et non le simple reflet des habitudes de son temps.
L’Église apostolique a d’ailleurs confié aux femmes de vrais ministères : Paul recommande Phœbé, « notre sœur, qui est au service de l’Église de Cenchrées » Romains 16:1, que le grec nomme diakonos ; et des femmes priaient et prophétisaient dans l’assemblée. Mais aucune ne reçut la charge apostolique et sacerdotale, celle d’offrir l’eucharistie et de pardonner au nom du Christ, que le Seigneur réserva aux Douze. Confondre ces services avec le sacerdoce, c’est manquer la distinction que le Christ lui-même a posée.
Le prêtre, signe du Christ-Époux
La raison profonde tient à ce que le prêtre représente. Dans l’eucharistie, le prêtre prête sa voix et ses mains au Christ : prononçant les paroles de la Cène, c’est au nom du Christ qu’il agit, en la personne même du Christ, in persona Christi, et le Christ se rend présent par lui. Le prêtre est le signe visible du Christ au milieu de l’assemblée.
Or le Christ s’est donné comme l’Époux de l’Église. Il l’aime, se livre pour elle, s’unit à elle : « Maris, aimez votre femme comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré lui-même pour elle. » Éphésiens 5:25 Ce lien nuptial dit le fond du salut, l’union de Dieu et de son peuple. Paul l’appelle un mystère, une réalité cachée en Dieu et dévoilée par lui, qui passe toute attente : dans le Christ épousant l’Église se découvre le dessein que Dieu tenait caché, unir les hommes à lui comme une épouse à son époux : « Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église. » Éphésiens 5:32
Le prêtre porte donc le signe du Christ-Époux devant l’Église-Épouse. Un signe parle en ressemblant à ce qu’il figure : l’eau du baptême évoque ce qui lave, le pain ce qui nourrit. De même, pour figurer le Christ-Époux, le signe appelle un homme : c’est en lui que la ressemblance nuptiale se laisse voir. Il s’agit du langage du signe, non d’une supériorité de l’homme sur la femme.
On objectera que le prêtre ne ressemble pas au Christ en tout : ni par le peuple, ni par la langue, ni par l’âge, et nul n’en fait une condition. C’est que le signe ne requiert la ressemblance que dans ce qui touche au mystère même qu’il porte. Or ce mystère est nuptial : le Christ Époux se donne à l’Église Épouse. La différence de l’homme et de la femme dit cette alliance comme aucun autre trait ne le fait, tandis que l’origine ou l’âge n’y changent rien.
Ce que l’Église a reçu
Ce choix, l’Église l’a reçu du Christ et le garde. Elle se reconnaît sans pouvoir d’en changer, car il touche la forme que le Christ a donnée à son sacerdoce. La Congrégation pour la doctrine de la foi l’a rappelé en 1976 dans la déclaration Inter insigniores, et Jean-Paul II l’a établi de manière définitive en 1994, dans la lettre Ordinatio sacerdotalis : l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes, et ce jugement est à tenir par tous les fidèles. En cela, cette réserve diffère d’une coutume comme le voile, qui a varié selon les temps : celle-ci tient à ce que le sacerdoce est. L’Église la tient donc pour stable.
La Congrégation pour la doctrine de la foi a précisé en 1995 la portée de ce jugement : il ne s’agit pas d’une loi nouvelle que l’Église se donnerait, mais d’une vérité appartenant au dépôt de la foi, enseignée de façon infaillible par le magistère ordinaire et universel, c’est-à-dire par l’accord constant des évêques du monde entier unis au pape. Voilà pourquoi l’Église la tient pour définitive et hors de son pouvoir de la changer.
Cette pratique n’a jamais varié : en deux mille ans, l’Église d’Orient comme d’Occident n’a ordonné que des hommes. Quand des courants anciens voulurent confier le sacerdoce à des femmes, les Pères les tinrent pour étrangers à ce que l’Église avait reçu des Apôtres. La réserve ne procède donc pas d’un mépris de la femme ni d’une prudence d’époque, mais d’une fidélité constante à la forme que le Christ a donnée à son sacerdoce, transmise sans rupture depuis les Douze.
Le service et la sainteté
Le sacerdoce est un service, ordonné au salut des autres, et non un rang qui élèverait au-dessus des autres. Le Christ l’a dit à ses apôtres quand ils rêvaient de préséance : « celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. » Matthieu 20:26 La grandeur, dans l’Évangile, se joue dans la sainteté, et la sainteté passe par un autre chemin que l’ordination. La plus haute des créatures, celle qui porta Dieu et que toutes les générations disent bienheureuse, fut une femme, et nul ne la dépasse : « tous les âges me diront bienheureuse. » Luc 1:48 L’Église a d’ailleurs proclamé docteurs plusieurs femmes, dont sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse d’Ávila et sainte Thérèse de Lisieux, reconnaissant en elles des maîtresses de vie spirituelle pour toute l’Église.
Le sacerdoce réservé aux hommes dit ainsi le Christ-Époux qui se donne pour son Église.