L’Eucharistie
L’Eucharistie est le sacrement du Corps et du Sang du Christ, institué par Jésus à la dernière Cène. Sous les apparences du pain et du vin, le Christ s’y rend réellement présent, y offre son sacrifice, et s’y donne en nourriture. Elle est le centre de la vie de l’Église.
Les préfigurations
Avant d’être donnée à la Cène, l’Eucharistie a été préparée de loin, par des figures de l’Ancien Testament qui en portaient déjà le secret. Trois surtout l’annoncent.
Melchisédech vient en premier. C’est un personnage mystérieux du livre de la Genèse : roi de Salem, l’ancienne Jérusalem, et prêtre du Dieu Très-Haut, il va à la rencontre d’Abraham qui revient de la bataille : « Alors Melchisédek, roi de Salem, apporta du pain et du vin. Il était prêtre du Dieu Très-Haut. » Genèse 14:18 Ce prêtre dont la Genèse ne dit ni l’origine ni la fin, qui offre le pain et le vin et bénit Abraham, annonce le Christ, prêtre pour toujours, qui offrira à son tour le pain et le vin devenus son Corps et son Sang : « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek. » Psaume 110:4
La manne vient ensuite. Après leur sortie d’Égypte, les Hébreux marchent quarante ans dans le désert, sans rien pour se nourrir ; chaque matin, Dieu fait tomber du ciel un pain inconnu, la manne, qui les tient en vie tout au long du chemin : « Je vais faire pleuvoir sur vous du pain venu du ciel. » Exode 16:4 Ce pain soutenait le corps le temps du désert, et ceux qui en mangeaient mouraient un jour ; il annonçait un pain plus grand, que le Christ donnerait, et qui donne la vie éternelle : « Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Jean 6:51
L’agneau pascal vient enfin. La nuit où Dieu délivra Israël de l’esclavage d’Égypte, chaque famille devait immoler un agneau, marquer sa porte de son sang pour être épargnée du fléau, puis en manger la chair : c’est la Pâque, que les Juifs célèbrent depuis lors en mémoire de leur libération. « Le sang vous servira de signe : je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous. » Exode 12:13 Cet agneau immolé, dont le sang sauve et dont on mange la chair, préfigure le Christ, l’Agneau livré pour notre salut : « notre Pâque, le Christ, a été immolée. » 1 Corinthiens 5:7
Ces trois figures attendaient leur accomplissement, et il vient à la Cène, quand le Christ prend le pain et le vin et les donne comme son Corps et son Sang.
L’institution à la Cène
La veille de sa Passion, au cours du repas pascal, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples : « Ceci est mon corps. » Puis il leur donna la coupe : « ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude pour le pardon des péchés. » Matthieu 26:26-28 Et il commanda de renouveler ce geste : « Faites ceci en mémoire de moi. » Luc 22:19 Depuis, l’Église accomplit ce que le Seigneur a fait, et le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang.
Le nom du sacrement vient de ce repas : avant de rompre le pain, Jésus rendit grâce, et le mot grec eucharistia (εὐχαριστία), « action de grâce », a nommé ce qu’il institua. Paul le rapporte comme il l’a lui-même reçu du Seigneur. « Après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » 1 Corinthiens 11:24
Le prêtre et la consécration
La matière de ce sacrement est le pain de blé et le vin de la vigne ; la forme est la parole de la consécration, redite après le Seigneur sur le pain et sur la coupe. Le ministre est le prêtre ou l’évêque, qui agit en la personne du Christ.
La présence réelle
Les paroles du Christ opèrent ce qu’elles disent : le pain devient son Corps, le vin devient son Sang. Lui-même l’avait annoncé : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. » Jean 6:55 Ce changement porte sur la substance même : ce qui était pain et vin est maintenant le Corps et le Sang du Christ, tandis que demeurent les apparences, le goût et l’aspect, que l’on nomme les espèces. L’Église appelle ce passage la transsubstantiation. Sous ces espèces, le Christ est tout entier présent, vivant et glorieux.
Et il l’est tout entier sous chaque espèce, comme dans chaque parcelle. Par la force des paroles, le pain devient le Corps et le vin le Sang ; mais parce que le Christ ressuscité est vivant et ne se divise plus, là où est son Corps sont aussi son Sang, son âme et sa divinité, et de même sous l’espèce du vin. C’est ce qu’on nomme la concomitance : le Christ entier présent sous l’une et sous l’autre espèce, et jusque dans la moindre part de l’hostie rompue. Aussi celui qui reçoit la seule hostie reçoit le Christ tout entier, et l’hostie fractionnée partage le pain sans partager le Seigneur.
Le sacrifice
L’Eucharistie est un sacrifice, et le sacrifice même de la Croix. Israël connaissait déjà le sacrifice : on offrait à Dieu un animal, on l’immolait, on répandait son sang ; la vie est dans le sang, et le répandre, c’était remettre à Dieu la vie elle-même. « Car la vie de tout être est dans le sang… car c’est le sang qui fait l’expiation, parce qu’il est la vie. » Lévitique 17:11 Au pied du Sinaï, Moïse scella ainsi par le sang des victimes l’alliance entre Dieu et le peuple. « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous. » Exode 24:8 Ce culte devait pourtant reprendre sans fin, le grand prêtre entrant chaque année dans le sanctuaire avec le sang d’un animal pour le péché du peuple, car le sang d’une bête ne pouvait offrir à Dieu une réparation à la mesure du péché. Ces sacrifices étaient la figure et l’attente du seul qui le pourrait. « Il est impossible que le sang des taureaux et des boucs enlève les péchés. » Hébreux 10:4
Ce que ces sacrifices annonçaient, le Christ l’a accompli une fois pour toutes. Sur la Croix, il s’offre lui-même au Père : à la fois le prêtre qui offre et la victime offerte, il scelle dans son sang l’alliance nouvelle que l’ancienne préparait. « le Christ est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, obtenant une rédemption éternelle. » Hébreux 9:11-12 Cette offrande unique suffit pour toujours ; les sacrifices anciens cessent, leur figure passée dans la réalité.
Le soir de la Cène, le Christ a confié ce sacrifice unique à son Église ; la messe le rend présent. Le Christ qui s’est offert au Calvaire s’y offre encore, par les mains du prêtre ; l’offrande est la même, seule sa manière change : alors dans le sang et la mort, maintenant sous les espèces du pain et du vin, où le Ressuscité ne meurt plus. « Ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. » Romains 6:9 Ainsi l’unique sacrifice du Calvaire rejoint tous les temps et tous les lieux, et l’Église l’offre pour les vivants comme pour les défunts que Dieu purifie encore. Le concile de Trente l’a affirmé en 1562.
À la première Pâque, le sang de l’agneau écartait d’Israël le fléau de la mort, et l’on en mangeait la chair. Le Christ est l’Agneau véritable, et son sang sauve d’un mal plus grand. « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Jean 1:29 Et comme on mangeait l’agneau, le Christ se donne lui-même en nourriture : recevoir l’Eucharistie, c’est manger la victime de notre délivrance et prendre part à son unique sacrifice.
L’adoration du Saint-Sacrement
Puisque le Christ est réellement présent sous les espèces, l’Eucharistie reçoit l’adoration due à Dieu seul. C’est le Christ lui-même que l’on adore, présent tout entier sous les apparences du pain. L’Église garde l’Eucharistie dans le tabernacle, le lieu où on la conserve au cœur de l’église, l’expose à l’adoration des fidèles, et s’agenouille devant le Saint-Sacrement comme devant le Seigneur. L’adoration eucharistique est l’hommage rendu à cette présence.
La communion
Recevoir l’Eucharistie, c’est communier au Corps du Christ. Le Seigneur l’a promis : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. » Jean 6:56 La communion unit intimement au Christ, et par lui unit les fidèles entre eux : « Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps. » 1 Corinthiens 10:17 L’Église se construit ainsi par l’Eucharistie, qui fait d’elle le Corps du Christ.
Recevoir dignement
L’Eucharistie demande d’être reçue dignement. Puisque c’est le Christ lui-même qu’on reçoit, communier en état de péché mortel, sans avoir d’abord reçu le pardon, profane le don au lieu de l’accueillir. L’Écriture en avertit gravement. « celui qui mange le pain ou boit la coupe du Seigneur de façon indigne se rend coupable envers le corps et le sang du Seigneur. » 1 Corinthiens 11:27 Elle demande à chacun de s’examiner. « Que chacun donc s’examine lui-même, avant de manger de ce pain et de boire de cette coupe. » 1 Corinthiens 11:28 Celui qui a conscience d’un péché grave reçoit d’abord le pardon par la confession, puis s’approche de la communion ; et tous s’y préparent par le recueillement et par le jeûne qui la précède. Ainsi reçue, dans un cœur en état de grâce, l’Eucharistie produit tout son fruit.
Les fruits de la communion
Reçue dignement, l’Eucharistie porte des fruits dans l’âme. Elle nourrit la vie de la grâce et la fait grandir, comme un aliment soutient et augmente la vie du corps. Elle efface les péchés véniels et fortifie contre le péché mortel, en ranimant la charité que le péché refroidit. Elle est enfin le gage de la vie éternelle : celui qui reçoit le Christ porte en lui le germe de la résurrection. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » Jean 6:54 Ce pain donné sur la terre est déjà l’avant-goût du festin du ciel.