La présence réelle
Voir d'abord : L'Eucharistie.
Les objections contre l'Eucharistie se ramènent à deux : la présence réelle ne se lirait pas dans l'Écriture, le pain et le vin n'étant que des symboles ; ou la messe et l'adoration offenseraient l'unique sacrifice du Christ. Chacune cède dès qu'on regarde de près ce que Jésus dit et ce qu'il accomplit.
« Ceci est mon corps », au sens propre
On objecte que les paroles du Christ sont une image, comme lorsqu'il se dit la porte ou la vigne : « ceci est mon corps » signifierait « ceci représente mon corps ». Mais l'Écriture ferme cette issue. À Capharnaüm, Jésus annonce qu'il donnera sa chair à manger, et ses auditeurs entendent ses paroles au sens propre. « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jean 6:52 Loin de corriger ce qu'ils prennent au pied de la lettre, il l'affirme plus fort. « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'avez pas la vie en vous. » Jean 6:53 Le verbe qu'il emploie alors n'est plus seulement manger, mais ronger, mâcher : le mot grec trōgō (τρώγω) désigne l'acte concret de broyer des dents. Quand il se dit la porte ou la vigne, personne ne se scandalise, parce que l'image se comprend d'elle-même ; ici, le scandale lui coûte des disciples. « Dès lors, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. » Jean 6:66 Il les laisse partir, sans un mot qui ramènerait tout à une figure. Au soir de la Cène, il dit enfin comment cette chair se mange. « Ceci est mon corps... Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, répandu pour la multitude. » Matthieu 26:26-28
« La chair ne sert de rien »
On objecte que Jésus lui-même dénoue le sens charnel de ses paroles. « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. » Jean 6:63 Mais cette phrase ne peut viser la chair du Christ, car il vient de dire que cette chair, donnée pour la vie du monde, procure la vie éternelle. « Le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. » Jean 6:51 La chair du Christ, livrée sur la Croix, sauve le monde entier ; elle ne saurait ne servir de rien. Le mot grec rendu par « chair », sarx (σάρξ), désigne ici la manière charnelle de juger, celle de l'homme qui s'arrête à ce que voient ses yeux et refuse ce qui le dépasse. Jean l'emploie ailleurs au même sens, dans la bouche du Christ s'adressant aux pharisiens. « Vous jugez selon la chair. » Jean 8:15 « L'esprit qui vivifie » est l'Esprit Saint, sans qui le sacrement resterait sans fruit. Loin de réduire ses paroles à une image, le Christ avertit qu'ils doivent les recevoir dans une intelligence spirituelle.
Plus qu'un souvenir
On objecte que le Christ a seulement demandé un mémorial, « en mémoire de moi », et qu'il n'y aurait là qu'un souvenir, non une présence. Mais le mémorial, dans l'Écriture, ne se borne pas à rappeler le passé : la Pâque que mangeait Israël rendait présente, à chaque génération, la délivrance d'Égypte. L'Eucharistie rend présent ce qu'elle rappelle, et Paul l'atteste en des termes qui excluent le simple symbole. « Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement se rend coupable envers le corps et le sang du Seigneur. » 1 Corinthiens 11:27 On ne profane pas un signe ; on profane une présence. Aussi met-il en garde celui qui s'en approcherait sans reconnaître ce corps. « Celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit sa propre condamnation. » 1 Corinthiens 11:29 Paul va plus loin encore. « La coupe que nous bénissons n'est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n'est-il pas communion au corps du Christ ? » 1 Corinthiens 10:16 Le mot grec rendu par « communion », koinōnia (κοινωνία), dit une participation réelle : celui qui boit prend part au sang même du Christ, non à son image.
Un seul sacrifice, rendu présent
On objecte que le Christ s'est offert une fois pour toutes, et que la messe, en prétendant l'offrir encore, ajoute à un sacrifice achevé. Mais la messe ne répète pas la Croix et n'y ajoute rien : elle rend présent l'unique sacrifice, offert une seule fois sur le Calvaire. La victime est la même, le prêtre est le même, le Christ ; seule change la manière, sanglante sur la Croix, non sanglante sur l'autel. L'Écriture annonçait cette offrande répandue parmi les nations. « En tout lieu, on présente à mon nom de l'encens et une offrande pure. » Malachie 1:11 Et l'épître aux Hébreux reconnaît à l'Église un autel qui lui est propre, distinct de l'ancien culte. « Nous avons un autel dont n'ont pas le droit de manger ceux qui servent le tabernacle. » Hébreux 13:10 Le tabernacle est le sanctuaire de l'Ancienne Alliance, la Tente où Israël rendait son culte. Le chrétien, lui, a son autel. Or un autel est fait pour un sacrifice : la messe est ce sacrifice unique, non un autre.
Adorer le Christ, non le pain
On objecte enfin qu'adorer l'hostie, c'est adorer du pain, et tomber dans l'idolâtrie. Tout tient à ce que l'hostie est. Si le pain demeurait du pain, l'adorer serait en effet une idolâtrie ; mais si le Christ y est réellement présent, corps, sang, âme et divinité, l'adoration ne va pas au pain, elle va à lui. La question de l'idolâtrie se ramène donc à celle de la présence réelle, déjà tranchée par ses paroles. Devant lui présent, refuser l'adoration serait la seule faute. On n'adore pas le signe, mais celui qu'il rend présent.