L’épître aux Romains
L’épître aux Romains est une lettre que l’apôtre Paul adressa aux chrétiens de Rome, vers les années 57 ou 58, depuis Corinthe. C’est la plus longue de toutes les lettres de Paul, et la plus mesurée : il y expose d’un bout à l’autre, dans l’ordre, le cœur de ce qu’il annonce. Le Nouveau Testament la place en tête de ses lettres, à cause de son ampleur et de son poids.
Une Église qu’il n’avait pas fondée
Quand Paul écrit, il y a déjà des chrétiens à Rome, mais ce n’est pas lui qui les a rassemblés : il n’est jamais allé dans la ville. L’Évangile y était parvenu par d’autres, porté sans doute par des Juifs et des voyageurs venus de l’Orient. Paul s’adresse donc à une communauté qu’il connaît seulement de loin, et il commence par rendre grâce pour elle : « Votre foi est renommée dans le monde entier. » Romains 1:8. Depuis des années il désirait s’y rendre, sans en avoir trouvé l’occasion.
Pourquoi cette lettre
Écrivant à une Église qui ne le connaît pas personnellement, Paul établit d’emblée son titre : « Paul, serviteur du Christ-Jésus, apôtre par son appel, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu. » Romains 1:1. Il cherche une base pour porter l’Évangile plus loin encore, jusqu’en Espagne, à l’extrémité de l’Occident connu, et Rome serait l’étape : « J’espère vous voir en passant, quand je me rendrai en Espagne, et y être accompagné par vous. » Romains 15:24. La lettre prépare cette visite : Paul se fait connaître et présente en entier l’Évangile qu’il prêche, pour que cette Église devienne son appui vers l’Occident. Phœbé, de l’Église de Cenchrées, le port de Corinthe, en fut la porteuse.
L’Évangile exposé tout entier
Parce qu’il écrit pour présenter son message, et non pour régler une crise locale, Paul donne ici l’exposé le plus complet de ce qu’il annonce. Il en ramasse le sujet en une phrase : « Je n’ai point honte de l’Évangile ; c’est une force divine pour le salut de tout homme qui croit, premièrement du Juif, puis du Grec. » Romains 1:16. Et il en donne aussitôt la raison : « En lui est révélée une justice de Dieu qui vient de la foi et est destinée à la foi. » Romains 1:17. À partir de cette annonce, la lettre développe ce que sont cette justice et cette foi. Tous les hommes, juifs comme païens, sont sous le péché et incapables de se justifier eux-mêmes ; Dieu justifie gratuitement, par grâce, celui qui croit au Christ ; libéré du péché et de la mort, le croyant vit désormais par l’Esprit. Paul affronte ensuite la question d’Israël, son peuple : sa plus grande part n’a pas cru au Christ, et pourtant les promesses que Dieu lui avait faites, de le choisir pour sien, ne sont pas révoquées. Il termine par les conséquences pour la vie de tous les jours : l’amour, l’obéissance, l’accueil mutuel entre les croyants.
Le sommet de l’œuvre de Paul
Paul écrit cette lettre au plus haut de son ministère, après des années de prédication et après ses autres lettres. Il avait déjà traité ces questions, notamment aux Galates, en plein combat contre ceux qui voulaient imposer aux païens la Loi de Moïse. Aux Romains, il les reprend à froid, dans l’ordre, sans adversaire devant lui. De là vient le caractère de l’épître : la plus doctrinale et la plus construite de ses lettres, celle qui rassemble sa pensée en un tout. C’est pourquoi on l’a lue, dès les premiers siècles, comme le résumé de son Évangile.
Une lettre qui a façonné l’Église
Aucun livre n’a marqué autant que celui-ci la manière dont l’Église comprend le péché, la grâce et le salut. Au IVe siècle, c’est en ouvrant cette lettre qu’Augustin trouva le tournant de sa conversion ; et c’est en elle que l’Église a puisé sa doctrine de la grâce, lorsqu’elle eut à défendre que le salut vient d’abord du don de Dieu, et non des seules forces de l’homme. Lue de siècle en siècle, l’épître aux Romains reste le livre où l’Église apprend comment Dieu sauve l’homme : par sa grâce, dans le Christ, reçue par la foi.