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L’adoration et la louange

Le premier devoir de l’homme envers Dieu est de l’adorer. Avant de demander, avant même de remercier, la créature doit reconnaître son Créateur et s’incliner devant lui. L’adoration et la louange sont les deux grands actes par lesquels l’homme rend à Dieu ce qui lui revient : l’adoration, qui reconnaît Dieu comme Dieu et se prosterne ; la louange, qui célèbre sa grandeur et chante ses œuvres. Ces deux actes sont au cœur de la vie religieuse, car ils répondent à ce qu’est Dieu et à ce qu’est l’homme devant lui. Mais ils sont souvent confondus, et il importe de les distinguer pour comprendre ce que l’Église enseigne du culte dû à Dieu.

Ce qu’est l’adoration

Adorer, c’est reconnaître Dieu comme Dieu : le Créateur infini, source de tout ce qui existe, dont tout dépend et à qui tout est dû. L’adoration est l’acte par lequel la créature, mesurant l’abîme qui la sépare de Dieu, s’abaisse devant lui et le reconnaît pour son Seigneur. Elle est d’abord la reconnaissance d’une vérité, plus qu’un sentiment : Dieu est tout, je ne suis rien sans lui, et je lui dois tout. De cette reconnaissance naît le geste de l’adoration, intérieur et souvent extérieur, comme la prostration ou l’agenouillement, par lequel le corps lui-même dit la soumission de l’âme. Le psaume unit ce geste et ce qu’il signifie : « Venez, prosternons-nous et adorons, fléchissons le genou devant le Seigneur, notre Créateur. » Psaumes 95:6. L’adoration reconnaît en Dieu le Créateur, et dans l’homme la créature ; elle remet chacun à sa place, dans la vérité de ce qu’il est.

C’est pourquoi l’adoration est le premier acte de la vertu de religion, celle qui rend à Dieu l’honneur qui lui est dû. Elle est le fondement de toute la vie spirituelle, car tout le reste, la prière, l’obéissance, l’offrande, en découle. Adorer, c’est laisser Dieu être Dieu dans sa vie, et se tenir devant lui dans la vérité.

Ce qu’est la louange

La louange est l’acte par lequel on dit la grandeur et la bonté de Dieu, on célèbre ses perfections et ses œuvres. Là où l’adoration s’abaisse, la louange s’élève : elle proclame qui est Dieu, magnifie ce qu’il a fait, et chante sa gloire. Elle jaillit de l’admiration et de la joie, comme un débordement du cœur qui a reconnu Dieu et veut le dire. Le livre des Psaumes en est tout rempli, et il s’achève sur un appel à louer Dieu de toutes les manières : « Que tout ce qui respire loue le Seigneur. » Psaumes 150:6.

Ce qui distingue la louange, c’est qu’elle est désintéressée. On peut prier Dieu pour obtenir, le remercier pour ce qu’on a reçu, l’implorer dans la détresse ; la louange, elle, ne demande rien et ne remercie même pas pour un bienfait particulier : elle loue Dieu pour lui-même, pour ce qu’il est. Elle est l’acte le plus pur du culte, car elle se tourne vers Dieu sans retour sur soi, uniquement parce qu’il est digne d’être loué. Le ciel lui-même retentit de cette louange, où les créatures célèbrent Dieu pour sa seule gloire : « Vous êtes digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance, car c’est vous qui avez créé toutes choses. » Apocalypse 4:11. Adoration et louange vont ainsi de pair : l’une reconnaît Dieu et s’incline, l’autre le célèbre et chante ; ensemble, elles forment le culte que l’homme doit à son Créateur.

À Dieu seul

Un point est capital : l’adoration est due à Dieu seul. Parce qu’elle reconnaît en son objet le Créateur infini, on ne peut l’offrir à aucune créature, si haute soit-elle, sans commettre une idolâtrie. Le Christ lui-même l’a rappelé en repoussant la tentation : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. » Matthieu 4:10. Adorer une créature, un homme, une image, une puissance, serait lui rendre ce qui n’appartient qu’à Dieu. C’est si vrai que, dans l’Apocalypse, un ange refuse d’être adoré et renvoie aussitôt l’adoration à Dieu : « Garde-toi de le faire ! Adore Dieu. » Apocalypse 22:9.

Cette vérité éclaire une distinction souvent mal comprise. L’Église honore les saints et, plus encore, la Vierge Marie ; mais elle ne les adore pas. La tradition a fixé des mots précis pour l’exprimer. Le culte d’adoration, réservé à Dieu seul, se nomme la latrie. L’honneur rendu aux saints, qui sont des créatures aimées de Dieu et que nous prenons pour modèles et intercesseurs, se nomme la vénération, ou dulie ; il reconnaît en eux non pas des dieux, mais des amis de Dieu. Et la vénération rendue à la Vierge Marie, en raison de sa place unique de Mère de Dieu, est plus haute que celle des autres saints : on l’appelle l’hyperdulie. Mais entre la vénération, même la plus élevée, et l’adoration, la différence est de nature et non de degré : on honore les saints parce qu’ils reflètent Dieu, on adore Dieu seul parce qu’il est Dieu. Confondre les deux serait trahir le premier commandement ; les distinguer, c’est garder à Dieu ce qui n’est qu’à lui, tout en honorant ceux qu’il a comblés.

L’adoration en esprit et en vérité

Reste à savoir comment Dieu veut être adoré. Sous l’ancienne alliance, le culte passait par des rites, des sacrifices, un Temple unique. Le Christ annonce un culte nouveau, qui tient désormais à la vérité du cœur plutôt qu’à un lieu : « L’heure approche, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; ce sont de tels adorateurs que le Père demande. » Jean 4:23. Adorer en esprit, c’est adorer du fond de l’âme, et non des seules lèvres ; adorer en vérité, c’est adorer le vrai Dieu tel qu’il est, sans le réduire à nos idées ni à nos intérêts. L’adoration que Dieu demande tient donc d’abord au cœur, plus qu’aux gestes : elle veut un homme tout entier tourné vers lui.

Cela ne supprime pas les actes extérieurs du culte, mais les fonde. La liturgie, les sacrements, le chant des psaumes, l’agenouillement, ne valent que portés par l’adoration intérieure ; sans elle, ils ne seraient qu’un décor vide. Mais animés par elle, ils deviennent l’expression juste de ce que l’âme reconnaît : que Dieu est Dieu, et qu’il est digne de toute adoration et de toute louange. Le sommet de ce culte, pour l’Église, est l’Eucharistie, où l’adoration trouve son centre, car le Christ s’y rend présent et l’homme peut l’adorer non plus de loin, mais en sa présence même.