Josué, le Germe et la couronne
Au cœur des huit visions, un nom est prononcé qui dépasse le moment présent : le Germe. Dieu l’annonce à Josué le grand prêtre, puis il fait poser une couronne sur sa tête en signe de ce qui doit venir. Ces deux gestes, l’oracle du chapitre 3 et le couronnement du chapitre 6, encadrent toute la première partie du livre et lui donnent son sommet. Ils ne regardent plus seulement le Temple de pierre qu’on rebâtit, mais une figure à venir qui réunira en elle ce que l’histoire d’Israël avait toujours tenu séparé, la royauté et le sacerdoce.
L’annonce du Germe
Après avoir ôté à Josué ses vêtements souillés, Dieu lui adresse une promesse qui va plus loin que sa propre purification : « Écoute donc, Josué, grand prêtre, toi et tes collègues qui siègent devant toi, car ce sont des hommes de présage : voici que je vais faire venir mon serviteur Germe. » Zacharie 3:8. Ce mot de Germe n’est pas neuf dans la bouche des prophètes. Jérémie, avant l’exil, avait annoncé sous ce même nom un descendant de David : « Voici que des jours viennent où je susciterai à David un germe juste ; il régnera en roi et il sera sage, et il fera droit et justice dans le pays. » Jérémie 23:5. En reprenant ce mot, Zacharie réveille l’attente d’un fils de David : la dynastie semblait éteinte avec l’exil, mais de sa souche coupée une pousse va lever. Et Dieu nomme cette figure « mon serviteur », titre qui la rapproche du Serviteur qu’Isaïe avait chanté. Le grand prêtre debout devant l’ange n’est pas lui-même le Germe ; il est le présage de celui qui vient, l’homme par qui Dieu fait signe vers l’avenir.
La pierre aux sept yeux
À l’annonce du Germe, Dieu joint aussitôt l’image d’une pierre : « Voici la pierre que j’ai placée devant Josué ; sur cette unique pierre il y a sept yeux ; voici que je vais sculpter sa sculpture, et j’enlèverai l’iniquité de ce pays en un seul jour. » Zacharie 3:9. La pierre est posée comme la pierre maîtresse d’un édifice, celle qui porte et tient l’ensemble, et l’édifice qu’elle annonce est le peuple purifié. Les yeux gravés sur elle sont ceux de Dieu, son regard qui parcourt toute la terre, comme la vision du chandelier le dira de ses sept lampes : « Ces sept lampes sont les yeux du Seigneur, qui parcourent toute la terre. » Zacharie 4:10. Et la promesse qui l’accompagne : ôter l’iniquité du pays « en un seul jour ». Le pardon accordé à Josué relevait un seul homme ; cette parole-ci étend la purification à tout le pays, par un acte unique de Dieu. Le verset s’achève sur une image de paix : « En ce jour-là, vous vous inviterez les uns les autres, sous la vigne et sous le figuier. » Zacharie 3:10. S’asseoir chacun sous sa vigne et son figuier est, dans la Bible, le tableau du peuple en paix, sans crainte, dans une terre rendue à la bénédiction.
La couronne pour Josué
Trois chapitres plus loin, l’oracle devient un geste. Dieu commande au prophète de prendre l’or et l’argent apportés par des exilés revenus de Babylone, et d’en faire une couronne : « Tu prendras de l’argent et de l’or, et tu feras des couronnes, et tu les poseras sur la tête de Josué, fils de Josédec, le grand prêtre. » Zacharie 6:11. Le geste est lourd de sens, car la couronne est l’insigne du roi, et c’est sur la tête du grand prêtre qu’elle est posée. En Israël, les deux fonctions étaient strictement séparées : le roi venait de la tribu de Juda et de la maison de David, le prêtre de la tribu de Lévi et de la maison d’Aaron, et nul ne pouvait cumuler les deux. Couronner le grand prêtre est donc un acte prophétique, un signe : il ne fait pas de Josué un roi, il annonce en lui celui qui réunira un jour la couronne et le sacerdoce. L’or vient de Babylone, du lieu de l’exil, et il devient la matière d’un signe d’espérance : ce que la déportation avait emporté revient pour servir l’annonce du salut.
Le prêtre sur son trône
« Voici un homme dont le nom est Germe ; il lèvera en son lieu, et il bâtira le temple du Seigneur. » Zacharie 6:12. Le Germe bâtira le Temple, non celui de pierre que Zorobabel achève, mais le Temple véritable dont le premier est la figure. Et l’oracle précise comment il régnera : « Il bâtira le temple du Seigneur, et sera revêtu de majesté ; il sera assis en souverain sur son trône, et il sera prêtre sur son trône, et entre eux deux il y aura un conseil de paix. » Zacharie 6:13. La phrase dit deux fois « sur son trône » pour souligner l’union : le même homme est roi et prêtre, assis sur un seul trône. La dernière formule, « entre eux deux il y aura un conseil de paix », dit l’accord parfait des deux fonctions dans une seule personne. Là où la royauté et le sacerdoce avaient parfois rivalisé dans l’histoire d’Israël, le Germe les tiendra ensemble dans la paix. Toute la première partie du livre converge vers cette figure : Dieu revient vers son peuple, il purifie son sacerdoce, il rebâtit sa maison, et il annonce celui qui sera tout à la fois le roi, le prêtre et le bâtisseur du vrai Temple.
Le Germe accompli dans le Christ
Cette figure du Germe attend son accomplissement, et la foi chrétienne le reconnaît dans le Christ. Il est le fils de David annoncé par Jérémie, la pousse levée de la souche coupée quand la royauté semblait éteinte. Il bâtit le Temple véritable, qui est son propre corps, et il l’a dit lui-même de sa mort et de sa résurrection : « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. » Jean 2:19. Il réunit en lui la royauté et le sacerdoce que Josué portait seulement en signe : il est le roi né de David, et il est le prêtre qui s’offre lui-même, prêtre non selon Aaron mais selon un ordre plus ancien, comme le dit l’épître aux Hébreux : « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech. » Hébreux 7:17. En lui s’accomplit le « conseil de paix » entre le trône et l’autel, car c’est le même qui règne et qui offre le sacrifice. Et la promesse d’ôter l’iniquité du pays « en un seul jour » trouve son sens dans le jour unique de la Croix, où le péché du monde est enlevé d’un seul acte. La couronne posée sur la tête de Josué, faite de l’or de l’exil, annonçait de loin celui qui porterait en vérité la double dignité, roi et prêtre sur un seul trône.