Esther
Le livre d’Esther raconte comment une jeune Juive, devenue reine de Perse, sauva tout son peuple d’un massacre programmé. Dans le texte hébreu, le nom de Dieu n’est jamais prononcé, et pourtant sa main se lit à chaque page ; les parties grecques, reçues par l’Église, rendent explicite la prière qui soutient toute l’histoire. C’est le récit de la providence cachée, qui renverse l’orgueilleux et relève l’humble au moment voulu.
Esther, reine de Perse
À Suse, la capitale, le grand roi Assuérus donne un festin de plusieurs mois pour étaler sa puissance ; au comble de l’ivresse, il fait mander la reine Vasthi pour l’exhiber devant ses convives, et, sur son refus, la répudie, de peur que toutes les femmes de l’empire ne prennent exemple sur elle. On cherche alors dans toutes les provinces les plus belles jeunes filles pour lui donner une nouvelle reine. Parmi elles, une orpheline juive, Esther, élevée par son cousin Mardochée, est choisie pour sa grâce, après un an de préparation, et devient reine ; sur le conseil de Mardochée, elle tait à tous son peuple et son origine. Peu après, Mardochée, posté chaque jour à la porte du palais pour avoir des nouvelles d’Esther, surprend un complot de deux eunuques contre le roi et le fait dénoncer ; l’affaire est consignée dans les annales et paraît oubliée. Rien encore ne dit un dessein de Dieu ; mais chaque détail, la faveur d’Esther, sa présence auprès du roi, le service rendu par Mardochée, se trouvera bientôt à sa place, comme si une main invisible avait tout disposé avant l’orage.
Le complot d’Aman
Le roi élève au-dessus de tous un favori, Aman, et ordonne que chacun se prosterne devant lui. Mardochée, parce qu’il est juif et n’adore que Dieu, refuse de se courber devant un homme. Furieux, et jugeant indigne de lui de frapper un seul homme, Aman apprend de quel peuple est Mardochée et décide d’exterminer, en un seul jour, tous les Juifs de l’empire, jeunes et vieux, femmes et enfants, et de piller leurs biens. Il tire au sort, le pur, pour fixer le jour du massacre, et achète au roi, contre une somme énorme, un édit qui le décrète. Des courriers portent la lettre jusqu’aux cent vingt-sept provinces, et tandis que le roi et Aman s’attablent, la ville de Suse reste dans la consternation ; partout les Juifs, frappés d’épouvante, jeûnent, pleurent et se couvrent de sac. Pour le refus d’un seul de plier le genou, tout un peuple est condamné : la démesure de l’orgueil se change en projet d’extermination.
Esther risque sa vie
Mardochée, en habit de deuil à la porte du roi, fait porter à Esther l’ordre d’intervenir pour son peuple. Esther a peur : se présenter devant le roi sans être appelée, c’est risquer la mort, à moins qu’il ne tende son sceptre, et voilà un mois qu’il ne l’a pas mandée. Mardochée lui répond qu’elle n’échappera pas au massacre par son silence, et que Dieu, s’il le faut, sauvera son peuple par un autre, mais qu’elle en périrait ; puis il lui découvre le sens caché de sa royauté. « qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté ? » Esther 4:14 Esther résout d’aller, mais fait d’abord jeûner avec elle, trois jours durant, tous les Juifs de Suse ; elle transgressera la loi et se présentera au roi, advienne que pourra. « puis j’entrerai chez le roi malgré la loi, et si je dois périr, je périrai ! » Esther 4:16 Les parties grecques du livre donnent ici la longue prière d’Esther, qui dépose ses habits royaux, se couvre de cendres et supplie le Dieu de ses pères, et celle de Mardochée : elles mettent à nu la foi que le texte hébreu garde cachée. La délivrance passe par une intercession qui risque tout, portée par la prière et le jeûne de tout un peuple.
Le renversement
Esther s’avance ; le roi lui tend son sceptre et l’accueille, et elle l’invite, avec Aman, à deux banquets. Aman sort joyeux, mais la vue de Mardochée toujours debout ravive sa haine : sur le conseil des siens, il fait dresser un gibet démesuré pour l’y pendre. Or cette nuit-là, le roi ne trouve pas le sommeil ; il se fait lire les annales, y retrouve le service oublié de Mardochée, et demande à Aman, entré au matin, comment honorer un homme que le roi veut distinguer. Aman, se croyant visé, décrit les plus grands honneurs, et se voit contraint de les rendre lui-même à Mardochée, son ennemi, qu’il conduit en triomphe par la ville. Au second banquet, Esther se déclare juive et dénonce Aman comme celui qui veut détruire son peuple. Le roi, furieux, fait pendre Aman au gibet même qu’il avait dressé pour Mardochée ; un nouvel édit permet aux Juifs de se défendre, et ils sont sauvés le jour même où l’on voulait les perdre. « le jour même où les ennemis des Juifs avaient espéré les dominer, ce fut l’inverse : les Juifs dominèrent ceux qui les haïssaient. » Esther 9:1 On institue en mémoire la fête des Pourim, qui se célèbre encore. Tout le livre chante ainsi la providence cachée de Dieu, qui n’abandonne pas les siens là même où son nom n’est pas dit, et le grand renversement par lequel l’orgueilleux est jeté à bas et l’humble relevé, comme Marie le chantera dans le Magnificat. Esther, la reine qui intercède pour son peuple auprès du roi, est une figure de Marie, la Reine qui intercède pour nous auprès de Dieu ; et la semence de la promesse, menacée d’extinction, est une fois de plus sauvée, gardant ouvert le chemin du Messie.