David, l’alliance et la promesse
David devient roi, prend Jérusalem pour capitale, y monte l’arche, et reçoit de Dieu une promesse qui traverse toute la Bible : une dynastie sans fin. C’est le cœur des livres de Samuel, et la racine de l’espérance messianique. Le même David, grand et pécheur, montre aussi qu’aucun roi de chair ne comble à lui seul cette promesse.
David, roi de tout Israël
Après la mort de Saül, David est fait roi de Juda à Hébron, tandis qu’un fils de Saül règne quelque temps sur le Nord ; puis, ce rival assassiné, les tribus viennent d’elles-mêmes offrir la couronne à David, qui règne enfin sur tout Israël. Son premier acte est de prendre aux Jébuséens la forteresse de Sion, réputée imprenable, qui devient Jérusalem, la ville de David : une capitale neuve, qui n’appartient à aucune tribu et les rassemble toutes. Il y fait monter l’arche de l’alliance. Un premier essai tourne au drame, un homme frappé pour l’avoir touchée, et David comprend qu’on n’approche pas Dieu à la légère ; il la ramène ensuite avec crainte et joie, dansant devant elle de toute sa force, sans souci de sa dignité royale, jusqu’à s’attirer le mépris de sa femme Mikal. La cité royale devient ainsi le centre du culte autant que du pouvoir. Les Chroniques, qui relisent toute cette histoire du regard du Temple, s’arrêtent longuement sur ce David-là : celui qui institue le service des lévites et des chantres, règle la louange, compose des psaumes, et rassemble l’or, les matériaux et les plans du sanctuaire que son fils bâtira. Pour le Chroniste, David est avant tout le roi qui fonde la liturgie d’Israël.
L’alliance davidique
David, installé dans un palais de cèdre, trouve injuste d’habiter mieux que l’arche, restée sous la tente, et veut bâtir une maison pour Dieu. Par le prophète Natan, Dieu retourne le projet : ce n’est pas David qui bâtira une maison à Dieu, c’est Dieu qui bâtira une maison à David, une dynastie. Il lui rappelle qu’il l’a pris derrière le troupeau pour en faire un prince, lui promet un fils qui construira le Temple, et surtout un règne qui ne finira pas. « Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. » 2 Samuel 7:14 « Ta maison et ta royauté seront stables à jamais devant moi ; ton trône sera affermi pour toujours. » 2 Samuel 7:16 Bouleversé, David entre dans le sanctuaire et prie, se demandant qui il est pour que Dieu l’élève ainsi. Cette promesse dépasse Salomon, dont le règne finira, et toute la suite des rois : elle vise un descendant de David dont le trône n’aura pas de fin. C’est elle que l’ange reprendra pour Marie, annonçant un fils à qui Dieu donnera « le trône de David son père » et dont le règne sera sans terme ; c’est elle que l’Épître aux Hébreux applique au Christ, le Fils par excellence. La royauté d’Israël prend ici son vrai sens : elle est le berceau d’une attente, celle du Messie, le Fils de David.
La faute et le repentir
La grandeur de David ne tient pas à son innocence, car il tombe gravement. Un soir, il convoite Bethsabée, la femme d’un de ses officiers, Urie ; il la prend, et quand elle se trouve enceinte, il rappelle Urie du front pour lui faire croire l’enfant sien. Mais l’officier, fidèle, refuse de rentrer chez lui tant que l’arche et l’armée campent aux champs ; alors David le fait placer au plus fort du combat, où il meurt. Le prophète Natan vient trouver le roi et lui raconte l’histoire d’un riche qui a volé et tué l’unique brebis d’un pauvre ; quand David s’indigne et condamne le riche à mort, Natan lui répond : cet homme, c’est toi. Et David, au lieu de s’excuser comme Saül, avoue d’un mot. « J’ai péché contre le Seigneur. » 2 Samuel 12:13 Le prophète lui déclare que Dieu, de son côté, a pardonné son péché, sans lever pourtant toutes ses suites, car le mal engendre le mal : l’enfant de la faute meurt, et l’épée ne quittera plus sa maison. La tradition met sur les lèvres de David, en ce jour, le grand psaume du repentir, où l’âme brisée demande à Dieu non d’effacer seulement la faute, mais de la refaire au-dedans. « Crée en moi un cœur pur, ô Dieu ; renouvelle au fond de moi un esprit ferme. » Psaumes 51:12 Ce qui sépare David de Saül n’est pas de n’avoir jamais péché, mais de se retourner vers Dieu quand il a péché.
L’ombre sur la maison
Le pardon reçu ne suspend pas les fruits amers de la faute. La violence entre dans la maison de David : un premier fils viole sa demi-sœur, un autre, Absalom, le venge en le tuant, puis se révolte contre son père, s’empare de Jérusalem et le chasse. David fuit pieds nus, en pleurant, insulté sur la route ; quand Absalom, pris dans les branches d’un chêne, est tué malgré l’ordre de l’épargner, le roi sanglote sur ce fils qui l’avait trahi. Rentré à Jérusalem, il connaît encore d’autres révoltes, et sur la fin un recensement orgueilleux attire un fléau sur le peuple ; pour l’arrêter, David achète l’aire d’un Jébuséen, Ornan, et y dresse un autel. Les Chroniques notent que cette aire, où le châtiment s’est arrêté, est le lieu même où Salomon bâtira le Temple : la miséricorde reçue par David devient le sol de la maison de Dieu. Malgré ces déchirements, la promesse tient : la fidélité de Dieu à David survit aux fautes de David. Les Chroniques, plus tard, tairont ces ombres et peindront un David idéalisé, tout tourné vers le culte, non pour cacher la vérité, mais pour montrer, à travers lui, la figure du roi parfait que le Messie seul réalisera.