Une fois sauvé, toujours sauvé
La doctrine « une fois sauvé, toujours sauvé » tient que le croyant justifié ne peut plus jamais perdre son salut, quels que soient ses péchés à venir : la foi reçue une fois mettrait à l’abri pour toujours. L’Écriture appelle au contraire à persévérer jusqu’à la fin, avertit le croyant qu’il peut tomber, et nomme des péchés qui ferment le Royaume.
Persévérer jusqu’à la fin
Le salut promis va à celui qui tient bon jusqu’au bout. « Mais celui qui tiendra bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé. » Matthieu 24:13 La promesse est suspendue à la persévérance, ce qui n’aurait pas de sens si le salut était acquis d’avance et pour toujours. La même parole revient au terme des épreuves : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie. » Apocalypse 2:10 La couronne va à qui demeure fidèle jusqu’à la mort.
L’avertissement de tomber
L’Écriture met en garde le croyant lui-même contre la chute. « Ainsi, celui qui croit être debout, qu’il prenne garde de tomber. » 1 Corinthiens 10:12 L’avertissement s’adresse à qui se tient déjà debout dans la foi : on ne prévient pas d’une chute impossible. Hébreux décrit ceux qui, après avoir été illuminés, avoir goûté le don céleste et reçu l’Esprit Saint, retombent ensuite : « il est impossible, pour ceux qui ont une fois été illuminés, qui ont goûté au don céleste… et qui pourtant sont tombés, de les renouveler encore pour les amener à la conversion. » Hébreux 6:4-6 Ceux-là avaient reçu la grâce et l’ont perdue. L’impossibilité que dit Hébreux ne ferme pas la porte du retour : elle vise un second baptême, comme si l’on pouvait crucifier de nouveau le Christ pour recommencer à neuf. Contre les rigoristes qui refusaient tout pardon aux baptisés retombés, l’Église a toujours tenu que le pécheur peut se relever tant qu’il vit, par la pénitence : « Ne voudrais-je pas plutôt qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ? » Ézéchiel 18:23 Celui qui a péché a toujours « un défenseur auprès du Père » 1 Jean 2:1, et la grâce perdue se recouvre au sacrement de la réconciliation. Le même livre avertit que le péché commis volontairement après avoir connu la vérité n’attend plus qu’un jugement redoutable : « il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement. » Hébreux 10:26-27 Et celui qui, ayant échappé aux souillures du monde par la connaissance du Seigneur, s’y laisse de nouveau enchaîner, retombe plus bas qu’au départ : « leur dernière condition devient pire que la première. » 2 Pierre 2:20
Le sarment retranché
Le Christ se présente comme la vigne et les croyants comme ses sarments, et tout sarment qui cesse de porter du fruit est ôté. « Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève. » Jean 15:2 Le sarment retranché tenait à la vigne avant d’en être ôté. « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il se dessèche ; on ramasse ces sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. » Jean 15:6 L’Écriture reprend l’image avec la branche greffée sur l’olivier : tenue par la foi, elle peut être retranchée si elle ne demeure pas. « c’est par la foi que tu tiens. Garde-toi de tout orgueil ; sois plutôt dans la crainte… sinon, toi aussi tu seras retranché. » Romains 11:20-22
Effacé du livre de vie
Les noms des sauvés sont inscrits dans un livre, et cette inscription peut être effacée. La promesse faite au vainqueur le suppose : « Le vainqueur sera revêtu de vêtements blancs ; je n’effacerai pas son nom du livre de la vie. » Apocalypse 3:5 Promettre de ne pas effacer le nom de celui qui vainc revient à dire que le nom de celui qui ne vainc pas peut l’être. Et la fin du livre confirme que cette part peut se perdre, menaçant qui altère la parole de Dieu de le retrancher de la vie éternelle : « Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte. » Apocalypse 22:19
Les péchés qui ferment le Royaume
Certains péchés excluent du Royaume celui qui les commet, et l’Écriture le dit à des croyants déjà reçus dans l’Église. Elle énumère ces œuvres et conclut : « ceux qui agissent ainsi n’hériteront pas du royaume de Dieu. » Galates 5:21 Le même avertissement est répété ailleurs avec la même fermeté : « Ne vous y trompez pas : ni débauchés, ni idolâtres, ni adultères… n’auront en héritage le royaume de Dieu. » 1 Corinthiens 6:9-10 L’Écriture distingue d’ailleurs un péché qui fait perdre la vie de l’âme d’un péché qui ne la tue pas C’est la distinction du péché mortel, qui détruit la charité et fait perdre la grâce sanctifiante reçue au baptême, et du péché véniel, qui blesse cette vie sans l’éteindre. Perdre le salut, c’est perdre cette grâce par un péché mortel librement consenti ; celui qui meurt sans elle ne peut hériter du Royaume. : « Il y a un péché qui mène à la mort… il y a tel péché qui ne mène pas à la mort. » 1 Jean 5:16-17 Déjà l’Ancien Testament l’enseignait : le juste qui se détourne de sa justice meurt dans son péché, et ses œuvres justes passées ne le sauvent pas. « si le juste se détourne de sa justice pour commettre le mal… De toute la justice qu’il avait pratiquée, on ne se souviendra plus. » Ézéchiel 18:24
La crainte de Paul
Saint Paul lui-même ne se croyait pas à l’abri : « je traite durement mon corps et je le maîtrise, de peur qu’après avoir proclamé le message aux autres, je ne sois moi-même disqualifié. » 1 Corinthiens 9:27 Il commande aux fidèles de travailler à leur salut dans la crainte : « travaillez à votre salut avec crainte et tremblement. » Philippiens 2:12 Et il avoue n’avoir pas encore atteint le but, mais courir encore vers lui : « Non que j’aie déjà obtenu le prix, ni que je sois déjà parvenu à la perfection ; mais je poursuis ma course pour tâcher de le saisir. » Philippiens 3:12 Une telle crainte serait vaine si le salut reçu ne pouvait plus se perdre. Le concile de Trente a fixé ce point contre les Réformateurs : nul ne peut tenir pour certain, d’une certitude qui exclut tout doute, qu’il compte parmi les prédestinés et qu’il persévérera jusqu’au bout ; la persévérance finale est un don que Dieu accorde et que l’on demande, non un bien dont on dispose. La crainte de Paul est celle de tout croyant qui sait son salut encore en chemin.
Le dessein de Dieu et le sceau de l’Esprit
On invoque le dessein éternel de Dieu, tenu pour une chaîne que rien n’interrompt. « Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » Romains 8:30 Paul décrit l’ouvrage de Dieu, qui de son côté demeure fidèle sans faillir et mène à son terme ce qu’il a résolu ; mais cette fidélité laisse ouverte la possibilité que l’homme appelé s’y dérobe, lui qui redoute ailleurs d’être lui-même rejeté. On invoque de même la parole aux Philippiens : « celui qui a commencé en vous une œuvre bonne en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ Jésus. » Philippiens 1:6 Paul y dit sa confiance en la fidélité de Dieu, qui achève l’œuvre qu’il commence ; la liberté de l’homme d’y renoncer demeure, comme le montre sa propre crainte d’être rejeté. On invoque enfin le gage que Dieu dépose dans le croyant. « vous avez reçu la marque du sceau de l’Esprit Saint qui était promis. Cet Esprit est le gage de notre héritage. » Éphésiens 1:13-14 Le mot grec rendu par « gage », arrabōn (ἀρραβών), désigne l’acompte qui engage au paiement entier sans le tenir déjà : il garantit la fidélité de Dieu, non que l’homme ne puisse retirer sa part. Le même Paul avertit de ne pas attrister cet Esprit dont on est marqué. « N’attristez pas l’Esprit Saint de Dieu : c’est par lui que vous avez été marqués d’un sceau. » Éphésiens 4:30
Ce que les promesses garantissent
Cette doctrine s’appuie sur les promesses où le Christ garde les siens. « Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. » Jean 10:28 La promesse écarte toute puissance qui voudrait nous arracher de force à Dieu ; elle laisse entière notre liberté de nous en éloigner nous-mêmes. De même, la liste de ce qui ne peut nous séparer de Dieu énumère des forces extérieures à nous : « ni la mort ni la vie, ni les anges… ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu. » Romains 8:38-39 Aucune créature ne nous sépare du Christ ; notre propre péché, librement choisi, le peut encore. Dieu ne défaille jamais de son côté : il garde les siens, les appelle et les affermit. Le salut se garde ainsi dans une espérance ferme, appuyée sur sa fidélité Tenir son salut pour acquis à jamais est précisément la présomption, l’un des deux péchés contre l’espérance ; l’autre est le désespoir de qui se croit perdu sans retour. Entre les deux se tient l’espérance, qui attend le salut avec confiance sans le posséder d’avance, appuyée non sur ses propres forces mais sur la fidélité de Dieu et sur la grâce, demandée, de persévérer jusqu’au bout., et dans la prière qui obtient la grâce de la persévérance finale.