Un temps pour tuer, un temps pour guérir
Le verset appartient à un poème célèbre du livre de l'Ecclésiaste, où le sage énumère les temps de l'existence : « Il y a un moment pour tout, et un temps pour toute chose sous le ciel. » Ecclésiaste 3:1 Suivent quatorze paires d'opposés qui parcourent toute la vie humaine : naître et mourir, planter et arracher, pleurer et rire, se taire et parler. Au milieu d'elles vient la parole la plus rude : « un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour démolir, et un temps pour bâtir. » Ecclésiaste 3:3
Posée à côté du commandement « Tu ne tueras point », cette parole arrête le lecteur : l'Écriture accorderait-elle un temps pour tuer ?
Le regard du sage
Le poème pose un regard sur le déroulement de la vie. Chaque chose y a son moment, et aucune saison ne dure toujours ; l'homme les traverse sans en fixer le cours, car ils lui sont donnés. Le sage observe ce qui se passe sous le soleil, la vie de l'homme dans les limites de ce monde, où les saisons tournent et reviennent. Il décrit ce qu'il voit. Quand il nomme un temps pour tuer, il constate ce que traverse l'histoire des hommes, sans ouvrir à personne le droit d'ôter la vie. La maîtrise de ces temps appartient à Dieu seul, qui les tient et les ordonne.
Le sens d'une parole difficile
Le commandement est souvent connu sous la forme « Tu ne tueras point ». En français, le mot « tuer » couvre tout fait d'ôter la vie. Le commandement, lui, vise une chose précise : le meurtre, ôter injustement la vie à un innocent. Le texte le dit exactement : « Tu ne commettras pas de meurtre. » Exode 20:13 La gravité en est extrême, car la vie de l'homme porte en elle l'image de Dieu : « Qui verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé ; car Dieu a fait l'homme à son image. » Genèse 9:6 Le sang de l'innocent crie vers Dieu, comme celui d'Abel monté de la terre : « La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi. » Genèse 4:10
Le poème, lui, emploie un mot plus large. Il embrasse les temps où la vie est ôtée sans qu'il y ait meurtre : dans la guerre qui défend un peuple, dans la protection de l'innocent menacé, dans l'exercice de la justice. Ces temps appartiennent à l'histoire d'un monde blessé par le péché, où la vie doit parfois être défendue au prix du sang. La parole du sage et le commandement s'accordent ainsi pleinement : l'un observe les saisons d'un monde déchu, l'autre garde inviolable la vie de l'innocent.
Toute chose belle en son temps
Une fois la parole comprise, elle prend sa place parmi les temps que Dieu ordonne. Au terme du poème, le sage en découvre la source : « Il fait toute chose belle en son temps ; il a mis aussi dans leur cœur la pensée de l'éternité. » Ecclésiaste 3:11 Même les heures les plus rudes sont tenues par une main qui les rend belles à l'heure voulue, et dans le cœur de l'homme demeure le désir d'une chose qui ne passe pas.
La plénitude des temps
Ces temps trouvent leur centre dans le Christ : « Lorsque vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils. » Galates 4:4 En lui, le désir d'éternité reçoit sa réponse, et le temps le plus sombre du poème est traversé par Dieu lui-même. À l'heure où des hommes mettent à mort l'Innocent, sans qu'aucune parole ne l'excuse, Dieu tire de ce sang versé la guérison du monde, par la mort et la résurrection de son Fils.
Le poème de l'Ecclésiaste conduit ainsi à une paix : aucune saison de la vie, même la plus rude, n'échappe à la main de Dieu. Tout a son temps, et tous les temps sont tenus par celui qui les a faits et qui, dans le Christ, les conduit vers l'éternité.