Les vertus cardinales
Les vertus cardinales sont les quatre vertus morales autour desquelles s’ordonne toute la vie droite : la prudence, la justice, la force et la tempérance. Une vertu est une disposition stable à faire le bien ; ces quatre-là tiennent la première place parce que toutes les autres se rattachent à elles. La Sagesse les nomme ensemble comme l’œuvre même de la sagesse de Dieu. « Aime-t-on la justice ? Ses travaux, ce sont les vertus : elle enseigne la maîtrise de soi et la prudence, la justice et le courage, ce qu’il y a de plus utile aux hommes dans la vie. » Sagesse 8:7
Écrit en grec, dans la langue des philosophes, ce livre nomme les quatre par leurs noms mêmes : la tempérance, sôphrosynè (σωφροσύνη) ; la prudence, phronèsis (φρόνησις) ; la justice, dikaiosynè (δικαιοσύνη) ; le courage, andreia (ἀνδρεία). Ce que la raison avait discerné, l’Esprit le recueille et le rapporte à sa source.
Quatre gonds
Le mot cardinal vient du latin cardo, « le gond » : ces vertus sont les gonds sur lesquels tourne la porte de la vie morale, les points fixes qui portent tout le reste. On les appelle aussi vertus morales, du latin mos, moris, « la coutume », parce qu’elles se forment par des actes répétés et façonnent la manière d’agir. Les Anciens les avaient déjà reconnues par la seule raison, et l’Écriture les recueille en les rapportant à Dieu, leur source : elles ne sont pleinement elles-mêmes que tournées vers lui.
Ce quadruple groupement remonte à Platon, transmis par Cicéron ; le nom même de « cardinales » est chrétien : saint Ambroise, commentant l’Évangile, fut le premier à le leur donner.
Chacune ordonne une puissance de l’âme
L’homme agit par plusieurs puissances, et chaque vertu cardinale en redresse une. La prudence perfectionne la raison pratique : elle discerne, en chaque situation, le vrai bien et le juste moyen d’y parvenir. La justice redresse la volonté dans son rapport aux autres : elle rend à chacun ce qui lui est dû. La force et la tempérance gouvernent les passions, ces mouvements du désir et de la crainte qui inclinent l’homme avant tout jugement : la force affermit l’âme devant ce qui effraie ou décourage, la tempérance modère l’attrait des plaisirs. Ainsi la raison, la volonté et les passions, une fois ordonnées, font agir l’homme tout entier selon le bien.
De ces quatre, la prudence tient la première place, car elle éclaire les trois autres : sans le jugement droit sur ce qu’il faut faire, ni la justice, ni la force, ni la tempérance ne trouveraient leur juste mesure. Aussi la tradition la nomme-t-elle le cocher des vertus, celui qui les conduit.
Acquises par l’effort, élevées par la grâce
Ces vertus se gagnent d’abord par l’exercice : l’acte juste répété rend juste, comme l’acte courageux rend fort. Telles sont les vertus acquises, à la portée de la raison et de la volonté humaines. Mais Dieu en donne aussi de plus hautes, infuses avec la grâce sanctifiante : mêmes noms, mesure nouvelle, car elles règlent désormais l’agir de l’homme non plus selon la seule droite raison, mais selon la vie divine reçue en lui. La grâce ne détruit pas la nature, elle la porte plus haut : les vertus acquises demeurent et sont assumées, ordonnées à une fin qui les dépasse.
Sous la conduite de la charité
Les vertus cardinales rendent l’homme droit ; les vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, l’unissent à Dieu. Les premières règlent les moyens, les secondes donnent la fin. Et c’est la charité qui les anime toutes : elle est la forme des vertus, l’amour qui les tourne vers Dieu et sans lequel elles resteraient à mi-chemin. À ces vertus s’ajoutent les dons du Saint-Esprit, qui rendent l’âme docile à sa motion et portent chaque vertu plus haut que ses seules forces. Ordonnées par la prudence, élevées par la grâce, animées par la charité, les quatre vertus deviennent le corps même de la vie chrétienne. « mettez tout votre zèle à joindre à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la persévérance. » 2 Pierre 1:5-6
Ainsi tout ce qui est droit dans l’agir humain se rassemble en elles, et Paul y appelle le regard du croyant. « tout ce qui est vrai, tout ce qui est noble, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur… s’il est une vertu et s’il est un motif de louange, voilà ce qui doit occuper vos pensées. » Philippiens 4:8