Les reliques
Une relique est ce qui demeure d’un saint, son corps ou ses ossements, ou un objet qui lui a appartenu. L’Église les vénère en mémoire du saint dont elles gardent la trace, et de Dieu qui a fait de lui sa demeure.
Dieu agit à travers la matière
Dès l’Ancien Testament, Dieu agit par la matière liée à ses serviteurs. Au contact des ossements du prophète Élisée, un mort revient à la vie. « Dès que l’homme toucha les ossements d’Élisée, il reprit vie et se dressa sur ses pieds. » 2 Rois 13:21 L’Incarnation porte cette logique à son sommet : Dieu lui-même prend un corps, et le contact de sa chair guérit. Une femme est rendue à la santé pour avoir seulement touché la frange de son manteau. « Si je touche seulement son manteau, je serai sauvée. » Matthieu 9:21 Ils étaient nombreux à faire de même : « Ils le suppliaient de leur laisser seulement toucher la frange de son manteau ; et tous ceux qui la touchèrent furent guéris. » Matthieu 14:36 L’Église des Apôtres connaît la même grâce : on portait les malades sur le passage de Pierre pour que son ombre les couvre. « On allait jusqu’à porter les malades dans les rues… pour qu’au passage de Pierre, son ombre au moins couvre l’un d’eux. » Actes 5:15 De cette même logique découlent les sacrements et la vénération des reliques : le visible devient le canal de l’invisible.
Le corps, temple de l’Esprit
Cette vénération tient à ce qu’est le corps d’un saint. Durant sa vie, il a été le temple de l’Esprit. « Votre corps est le temple de l’Esprit Saint qui est en vous. » 1 Corinthiens 6:19 Ce corps a porté la grâce et en a été l’instrument : par lui le saint a prié, servi et secouru les pauvres, et le martyr a rendu son témoignage jusqu’au sang. « offrez-lui vos membres comme des armes de justice. » Romains 6:13 Sanctifié par la grâce et uni au Christ, ce corps est promis à la résurrection : « qui transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps de gloire. » Philippiens 3:21 L’Église l’honore comme ce qui a porté un ami de Dieu, et attend qu’il lui soit rendu glorieux au dernier jour.
Les trois classes de reliques
L’Église distingue trois classes de reliques. Les reliques de première classe sont le corps du saint ou ses fragments ; lorsqu’il s’agit d’une partie notable, comme la tête ou un membre, on les dit insignes. Les reliques de deuxième classe sont les objets que le saint a portés ou utilisés de son vivant, ses vêtements ou les instruments de son martyre. Les reliques de troisième classe sont les objets, le plus souvent une étoffe, mis en contact avec une relique de première classe ; l’Antiquité chrétienne les appelait brandea. L’Écriture en donne déjà l’exemple : les linges qui avaient touché Paul guérissaient les malades. « on appliquait sur les malades des linges et des mouchoirs qui avaient touché sa peau, et les maladies les quittaient. » Actes 19:11-12
Sous l’autel
Très tôt, l’Église a célébré l’eucharistie sur les tombeaux des martyrs, puis a placé leurs reliques sous l’autel ou dans la pierre d’autel. Ce geste a un fondement : l’Apocalypse montre les martyrs au plus près du sacrifice du ciel. « je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été égorgés à cause de la parole de Dieu. » Apocalypse 6:9 Le saint qui a donné sa vie pour le Christ repose ainsi auprès de l’autel où se renouvelle son sacrifice.
Le témoignage de l’Église
Cette vénération remonte aux premiers siècles. Après le martyre de saint Polycarpe, vers 155, les fidèles recueillirent ses ossements, « plus précieux que l’or », pour célébrer chaque année le jour de sa naissance au ciel. Plus tard, saint Jérôme répondit à ceux qui raillaient ce culte : nous n’adorons pas les reliques, nous les honorons en l’honneur de Celui dont elles sont les martyrs. L’Église en a fixé la doctrine. Le deuxième concile de Nicée, en 787, condamnant l’iconoclasme, enseigna que l’honneur rendu à une image ou à une relique remonte à celui qu’elle représente, et il jugea le lien si étroit entre l’autel et les martyrs qu’il prescrivit de ne consacrer aucune église sans y déposer de reliques. Le concile de Trente, à sa vingt-cinquième session, recueillit cet enseignement : les corps des saints, membres vivants du Christ et temples de l’Esprit, que Dieu ressuscitera, doivent être honorés des fidèles, et par eux Dieu accorde ses bienfaits.
L’honneur remonte à Dieu
Tout l’honneur rendu à une relique s’adresse en fin de compte à Dieu. L’Église distingue deux attitudes que l’on confond aisément : l’adoration, que le grec nomme latreia (λατρεία), réservée à Dieu seul ; et la vénération, douleia (δουλεία), accordée aux saints et à leurs reliques. La relique, étant un objet, reçoit une vénération relative : l’honneur ne s’arrête pas à l’os ou à l’étoffe, il passe au saint, et par lui à Dieu. Vénérer une relique, c’est honorer le saint dont elle garde la trace, et à travers lui célébrer Dieu qui l’a sanctifié, plutôt qu’adorer la matière. Tout pouvoir appartient à Dieu seul : c’est lui qui agit, librement, quand il le veut, à travers le souvenir et l’intercession du saint, et il a voulu dès l’Écriture le faire par ce qui touche à ses amis. De là les deux garde-fous que l’Église a toujours posés : contre la superstition, qui prêterait à la matière un pouvoir propre, et contre le trafic, car vendre une relique ou en faire commerce lui est interdit ; on ne monnaye pas ce qui appartient à Dieu et à ses saints. L’Église honore en la relique la trace d’une vie donnée à Dieu.