Les péchés capitaux
Les péchés capitaux tiennent leur nom du mot latin caput, « la tête » : ils sont les têtes d’où jaillissent les autres fautes, chacun engendrant une suite de péchés qui lui obéissent. Capital ne veut pas dire mortel : ces sept noms désignent des sources, non des degrés de gravité, et chacun peut produire des fautes légères ou graves selon la matière et le consentement. La liste s’est fixée peu à peu. Au IVe siècle, Évagre le Pontique, moine du désert d’Égypte, releva huit pensées mauvaises (en grec logismoi) qui assaillent l’âme du solitaire ; Jean Cassien porta cette doctrine des huit vices en Occident ; saint Grégoire le Grand, au VIe siècle, la ramena à sept : il fondit la vaine gloire dans l’orgueil et la tristesse dans l’acédie, joignit l’envie à la liste, et tint l’orgueil pour la racine et la reine dont procèdent tous les autres. C’est cette forme que l’Église a reçue et transmise. L’Écriture, elle, dresse des catalogues plus larges : Paul énumère les œuvres de la chair, où plusieurs de ces racines se mêlent à d’autres désordres, « les œuvres de la chair sont manifestes : … les haines, les querelles, les jalousies, les emportements, les rivalités, les divisions, les sectes, les envies… » Galates 5:19-21 ; les sept capitaux ne sont pas cette liste, mais le fruit d’un discernement qui remonte à la source de chaque désordre. Saint Jean, lui, ramène toute la convoitise du monde à trois racines : « tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse, ne vient pas du Père, mais du monde. » 1 Jean 2:16 À chaque racine répond la vertu qui la guérit. La tradition les répartit en péchés spirituels, l’orgueil, l’envie, la colère, l’avarice et l’acédie, et en péchés charnels, la gourmandise et la luxure. Les charnels frappent davantage et couvrent de plus de honte, mais les spirituels sont plus graves : ils procèdent d’un refus plus délibéré de Dieu, tandis que la chair entraîne surtout par la force de l’instinct.
L’orgueil
L’orgueil est le désir désordonné de sa propre grandeur, qui place le moi là où Dieu devrait être. Il est la racine et la reine de tous les autres : « Le commencement de l’orgueil, c’est de s’éloigner du Seigneur et de détourner son cœur de Celui qui l’a fait. » Siracide 10:12 De lui sortent la vaine gloire, le mépris d’autrui, la révolte contre Dieu. L’humilité le guérit, qui rend à Dieu la première place et reçoit tout de lui.
L’avarice
L’avarice est l’attachement désordonné aux richesses, où le cœur traite le bien comme une fin et s’y enchaîne. « l’amour de l’argent est une racine de tous les maux. » 1 Timothée 6:10 Elle engendre la dureté, la fraude, l’oubli des pauvres. La générosité la guérit, qui tient les biens d’une main ouverte et les ordonne au bien.
L’envie
L’envie est la tristesse devant le bien d’autrui, ressenti comme un amoindrissement de soi. On la distingue de la jalousie, qui craint de perdre un bien qu’on possède, quand l’envie s’afflige d’un bien qu’un autre possède ; les deux se touchent de près, et c’est ce mouvement qui a livré le Christ Le mot grec de l’Évangile est ici phthonos (φθόνος), qui nomme l’envie même ; le français le rend par « jalousie », mais c’est bien l’envie, ce chagrin devant le bien d’autrui, qui a livré le Christ. : « Il savait, en effet, que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus. » Matthieu 27:18 Elle engendre la médisance, la joie du malheur d’autrui, la haine. La charité fraternelle la guérit, qui se réjouit du bien du prochain comme du sien.
La colère
La colère est le désir désordonné de la vengeance, quand le ressentiment l’emporte sur la justice. « tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra devant le tribunal. » Matthieu 5:22 Elle engendre les disputes, les injures, la violence. La douceur la guérit, qui garde la maîtrise de soi et laisse à Dieu la justice.
La luxure
La luxure est le désir désordonné des plaisirs charnels, recherchés pour eux-mêmes. « Fuyez l’inconduite… Votre corps est le temple de l’Esprit Saint qui est en vous. » 1 Corinthiens 6:18-19 Elle aveugle le jugement et asservit la volonté. La chasteté la guérit, qui ordonne le désir au don de soi dans l’amour.
La gourmandise
La gourmandise est l’usage désordonné du manger et du boire, recherché sans mesure. « Ne va pas parmi les buveurs de vin, parmi les gloutons de viande. » Proverbes 23:20 Elle alourdit l’esprit et l’enchaîne au corps. La tempérance la guérit, qui reçoit les biens du corps avec mesure et action de grâce.
La paresse
La paresse, ou acédie (du grec akèdia, « l’absence de soin »), est la tristesse devant le bien spirituel, le dégoût de l’effort qu’il demande. Les moines du désert la nommaient le « démon de midi », d’après le psaume qui redoute « le fléau qui ravage en plein midi. » Psaume 91:6 Elle refroidit la prière et fait glisser vers la tiédeur que Dieu rejette : « parce que tu es tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. » Apocalypse 3:16 La ferveur la guérit, l’amour qui se remet à l’œuvre et persévère.
Le combat
Chacun de ces penchants peut être vaincu. La grâce du Christ et la pratique des vertus contraires les désarment l’un après l’autre, car le bien chasse le mal qui s’y oppose : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien. » Romains 12:21 À mesure que grandit la charité, leurs racines se dessèchent, et l’homme retrouve la liberté des enfants de Dieu.