Les épîtres aux Corinthiens
Corinthe était l’une des grandes villes du monde grec, un port riche et cosmopolite, carrefour de marchandises, de cultes et de mœurs libres. Rasée par Rome en 146 avant Jésus-Christ, puis rebâtie par César en colonie romaine un siècle plus tard, Corinthe s’était repeuplée d’affranchis en quête de fortune et de rang : de là cette soif de réussite et de prestige qui nourrit les rivalités et les vantardises que Paul aura à reprendre. Sa réputation d’immoralité était telle que « corinthianiser » se disait pour vivre dans la débauche ; la ville commandait deux ports et portait sur son acropole le temple d’Aphrodite. Ce décor éclaire pourquoi Paul revient si longuement sur la sainteté du corps, les viandes offertes aux idoles et l’orgueil des sages. Paul y fonda une Église lors de son deuxième voyage et y demeura près de deux ans. La communauté était vivante et comblée de dons, mais traversée de désordres : des partis rivaux, des scandales, des procès entre frères, des questions sur le mariage, sur les viandes offertes aux idoles, sur la tenue des assemblées, sur les dons de l’Esprit et sur la résurrection. Aux Corinthiens, Paul a laissé deux lettres, où il reprend et redresse tout cela à la lumière du Christ. Ces deux lettres sont les seules conservées, mais elles s’inscrivent dans un échange plus nourri : Paul renvoie à un premier courrier aujourd’hui perdu, « Je vous ai écrit, dans ma lettre, de ne pas avoir de relations avec les débauchés. » 1 Corinthiens 5:9 Entre les deux épîtres, il enverra encore une lettre sévère écrite dans les larmes. Les deux textes que nous lisons sont les sommets d’une correspondance suivie.
Une Église divisée
Le premier mal que Paul affronte est la division. Les Corinthiens se réclamaient les uns de Paul, d’autres d’Apollos, d’autres de Pierre, comme s’ils suivaient des maîtres rivaux ; Apollos, un Juif d’Alexandrie éloquent et versé dans les Écritures, séduisait par son talent ceux qui s’en réclamaient. Paul relève un quatrième slogan, plus révélateur encore : « Moi, j’appartiens à Paul. Et moi, à Apollos. Et moi, à Céphas. Et moi, au Christ. » 1 Corinthiens 1:12 Se réclamer du Christ contre les autres, c’était en faire une étiquette de parti : le nom qui devait tous les unir devenait un cri de division. Paul leur rappelle qu’ils sont un seul peuple, sanctifié dans le Christ : « à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints. » 1 Corinthiens 1:2 Et il les presse à l’unité : « qu’il n’y ait pas de divisions entre vous, soyez unis dans une même pensée et un même sentiment. » 1 Corinthiens 1:10 Toute la première lettre travaille à ramener cette Église dispersée à son unique fondement, le Christ.
La première lettre
Écrite d’Éphèse vers le milieu des années cinquante, la première épître répond point par point aux nouvelles et aux questions venues de Corinthe. Paul y traite la sagesse de la croix contre l’orgueil des sages, la sainteté du corps contre l’immoralité, l’ordre des assemblées et de la Cène, la diversité des dons unis dans un seul corps, la charité qui les dépasse tous, et enfin la résurrection des morts, sommet de toute la lettre. Chaque réponse ramène un problème concret à un principe de foi.
La seconde lettre
La seconde épître est plus personnelle. Après une visite douloureuse et une lettre sévère, Paul y ouvre son cœur, défend son ministère devant ceux qui le contestaient, et invite à la réconciliation. Il y montre que la force de Dieu se déploie dans la faiblesse de l’apôtre, et que tout tient à l’œuvre que Dieu accomplit par le Christ : « Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et qui nous a confié le ministère de la réconciliation. » 2 Corinthiens 5:18 Il y organise aussi la collecte pour les pauvres de Jérusalem, signe de la communion entre les Églises.