Les anges
Les anges sont des esprits créés par Dieu, sans corps, doués d’intelligence et de volonté. Ils se tiennent devant lui dans l’adoration et portent ses messages aux hommes. Le mot le dit : « ange » traduit l’hébreu mal’ak (מַלְאָךְ) et le grec angelos (ἄγγελος), qui signifient l’un et l’autre le messager. Saint Augustin le précise : « esprit » nomme ce qu’ils sont, « ange » ce qu’ils font ; le nom d’ange désigne une fonction, non une nature. L’Écriture les nomme de ses premières pages à ses dernières, témoins du monde invisible que Dieu a créé en même temps que le visible.
Des esprits créés
Les anges sont des créatures : ils ont commencé d’être, comme tout ce qui n’est pas Dieu. « en lui tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, le visible et l’invisible : Trônes, Souverainetés, Principautés, Puissances. Tout a été créé par lui et pour lui. » Colossiens 1:16 Que Dieu ait créé le monde invisible autant que le visible est un point de foi : le quatrième concile du Latran, en 1215, l’a défini, enseignant que Dieu a tiré du néant, dès le commencement du temps, l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, l’angélique et la terrestre. Les anges sont de purs esprits, sans matière ni corps, et c’est pourquoi ils ne meurent pas. Chacun est une personne : il connaît et il aime, d’une intelligence plus vive et d’une volonté plus ferme que les nôtres. N’ayant pas de matière qui les distinguerait comme les hommes se distinguent entre eux, les anges ne se répartissent pas en individus d’une même espèce : chacun diffère de tout autre autant qu’une espèce diffère d’une autre, et nul n’a son semblable. C’est pourquoi leur multitude est sans nombre, et chaque ange, unique. Quand l’Écriture leur prête des ailes ou un visage, elle parle par images, pour rendre sensible ce qui échappe aux sens.
Une multitude ordonnée
Les anges sont innombrables. Devant le trône de Dieu se presse une foule que nul ne compte : « mille milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient debout devant lui. » Daniel 7:10 Cette multitude est disposée en degrés. À partir des noms semés dans l’Écriture, Trônes, Souverainetés, Principautés, Puissances, la tradition, à la suite du Denys l’Aréopagite et de saint Thomas d’Aquin, a reconnu neuf chœurs répartis en trois hiérarchies : au plus près de Dieu, les Séraphins, les Chérubins et les Trônes ; puis les Dominations, les Vertus et les Puissances ; enfin les Principautés, les Archanges et les Anges, tournés vers le gouvernement du monde et le service des hommes. L’Écriture donne le nom de trois d’entre eux, et chaque nom dit une mission. Michel, en hébreu mikaël (מִיכָאֵל), « Qui est comme Dieu ? », combat pour Dieu (Apocalypse 12:7) ; Gabriel, gabriel (גַּבְרִיאֵל), « force de Dieu », porte les annonces (Daniel 8:16) ; Raphaël, refaël (רְפָאֵל), « Dieu guérit », accompagne et guérit (Tobie 12:15). Aussi l’Église déconseille-t-elle d’en forger d’autres, comme le rappelèrent un concile tenu à Rome en 745 et, de nos jours, le Directoire sur la piété populaire.
Devant Dieu et auprès des hommes
La première œuvre des anges est l’adoration. Tournés vers Dieu, ils chantent sa sainteté sans fin : « Saint, saint, saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Isaïe 6:3 Cette louange, l’Église la fait sienne à chaque messe, lorsqu’elle unit sa voix à celle des anges pour chanter le Sanctus ; le psaume l’y invite : « Bénissez le Seigneur, vous ses anges, héros puissants qui accomplissez sa parole. » Psaume 103:20 De cette louange les anges passent au service : Dieu les envoie porter sa parole et accomplir son dessein. Parmi ces messagers, l’Écriture en distingue un qui n’est pas un simple envoyé : l’ange du Seigneur, qui parle et agit comme Dieu même et porte en lui le Nom divin. « mon nom est en lui. » Exode 23:21 La tradition y reconnaît une manifestation du Verbe avant qu’il se fasse chair, plus que l’un des anges créés. Gabriel est envoyé à Marie pour lui annoncer le Sauveur (Luc 1:26). Les anges servent le Christ lui-même : au désert, après la tentation, ils s’approchèrent et le servaient (Matthieu 4:11), et à Gethsémani un ange vint le réconforter (Luc 22:43). Et ce service se déploie aussi pour nous : « Ne sont-ils pas tous des esprits chargés d’un service, envoyés pour le bien de ceux qui doivent recevoir en héritage le salut ? » Hébreux 1:14 L’honneur que nous leur rendons demeure une vénération, non une adoration : un ange lui-même releva Jean qui se prosternait devant lui, « Garde-t’en bien ! … Adore Dieu ! » Apocalypse 22:9 ; et Paul met en garde contre « le culte des anges » Colossiens 2:18. Nous les honorons et demandons leur secours ; l’adoration, elle, ne va qu’à Dieu seul.
L’ange gardien
À chacun, Dieu donne un ange pour le garder. Le Christ le dit des plus petits : « leurs anges dans les cieux voient sans cesse le visage de mon Père qui est aux cieux. » Matthieu 18:10 Cet ange veille, écarte le mal, éclaire et soutient, et porte nos prières devant Dieu : « Il donnera l’ordre à ses anges de te garder sur tous tes chemins. » Psaume 91:11 Présence discrète et constante, il accompagne chaque vie, de la naissance à la rencontre avec Dieu.
L’épreuve et la chute
Comme l’homme, les anges ont été créés bons et libres, et appelés à choisir Dieu. Tous ne l’ont pas choisi. L’un des plus grands se dressa contre son Créateur, refusant de servir, voulant être comme Dieu par ses propres forces ; sa faute fut l’orgueil, cette racine dont l’Écriture dit : « le commencement de l’orgueil, c’est le péché. » Siracide 10:13 Il entraîna derrière lui une part des anges. L’Écriture le montre par le dragon dont la queue balaie le ciel : « Sa queue balayait le tiers des étoiles du ciel et les jeta sur la terre. » Apocalypse 12:4 Par ces étoiles abattues, l’Écriture figure les anges qui tombèrent avec lui, sans en fixer le nombre. Vient alors le combat, et la défaite du rebelle, que l’Écriture nomme enfin : « Alors il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattirent contre le dragon… Il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui égare la terre entière. » Apocalypse 12:7-9 Ses deux noms disent ce qu’il est : le mot hébreu rendu par « Satan », satan (שָׂטָן), désigne l’adversaire, l’accusateur ; le mot grec rendu par « diable », diabolos (διάβολος), celui qui divise et calomnie.
Un choix sans retour
La faute des anges est sans retour, et c’est leur manière même de connaître et de choisir qui le veut. Saint Thomas d’Aquin en a donné la raison. Nous, les hommes, nous connaissons peu à peu : par les sens, par le raisonnement, en découvrant une chose après l’autre ; c’est pourquoi nous changeons d’avis, quand le temps nous fait voir ce que nous n’avions pas encore vu. Un pur esprit ne connaît pas de cette manière : il n’apprend pas par fragments, il saisit d’un seul regard, tout entier et d’un coup, ce qu’il connaît. Sa volonté suit cette connaissance complète : il choisit en sachant déjà tout ce que son choix engage, sans rien qui lui reste caché et puisse plus tard le faire revenir en arrière. Or revenir sur un choix suppose l’un de ces deux ressorts : voir ce qu’on n’avait pas vu, ou changer avec le temps. L’ange n’a ni l’un ni l’autre. Son premier choix est donc son choix définitif, non parce que Dieu lui interdirait de se reprendre, mais parce que plus rien ne peut l’y porter. Les anges fidèles sont ainsi fixés pour toujours dans la lumière, où ils jouissent sans fin de la vision de Dieu ; les déchus, eux, sont fixés dans leur refus : ce sont les démons. Ils sont quelqu’un, non quelque chose : des personnes réelles, des anges autrefois bons et à jamais détournés, non le symbole du mal ni une façon de parler. L’Écriture les donne pour tels, et l’Église tient leur existence pour certaine : « Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. » 1 Pierre 5:8 Ils gardent une puissance, mais limitée et déjà vaincue : ils tentent et accusent sans pouvoir contraindre. Devant eux le chrétien ne cède ni à la peur ni à la fascination : il leur résiste par la prière, les sacrements et le nom du Christ, sûr de leur défaite. La Croix du Christ a brisé leur empire : « c’est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors. » Jean 12:31 Et leur fin est scellée : « Écartez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel préparé pour le diable et ses anges. » Matthieu 25:41