Le sola fide
Le sola fide enseigne que l’homme est justifié par la foi seule, sans les œuvres : croire au Christ suffirait au salut, et les actes n’y ajouteraient rien. L’Écriture dit le contraire, et jusque dans les seuls mots qui semblaient donner raison à cette thèse.
Les seuls mots « la foi seule »
L’expression « la foi seule » ne paraît qu’une fois dans toute l’Écriture, et elle s’y trouve niée, mot pour mot. « Vous voyez que l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seule. » Jacques 2:24 Le seul passage où la Bible réunit ces deux mots les sépare aussitôt : il refuse expressément que la foi seule justifie.
Une foi morte ne sauve pas
La foi qui ne produit rien est sans vie, et ce qui est mort ne sauve pas. « À quoi bon, mes frères, dire qu’on a la foi, si l’on n’a pas les œuvres ? Cette foi peut-elle sauver ? » Jacques 2:14 Même les démons croient, et cela ne les sauve pas. « Tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons aussi le croient, et ils tremblent. » Jacques 2:19 Croire que Dieu existe et que le Christ est Sauveur, sans que cette foi se traduise en actes, c’est la foi des démons. « La foi sans les œuvres est morte. » Jacques 2:26
La foi qui agit par la charité
Ce qui sauve, c’est la foi vivifiée par l’amour. « Dans le Christ Jésus, en effet, ni la circoncision ni l’incirconcision n’ont de valeur, mais seulement la foi agissant par la charité. » Galates 5:6 Une foi sans charité, fût-elle entière, ne vaut rien. « Quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. » 1 Corinthiens 13:2 La foi seule, séparée de la charité et des œuvres qu’elle inspire, est précisément celle que l’Écriture déclare incapable de sauver.
Ce que l’Écriture exclut vraiment
On objecte que l’Écriture oppose ailleurs la foi aux œuvres et justifie l’homme sans elles. « nous estimons que l’homme est justifié par la foi, indépendamment des œuvres de la Loi. » Romains 3:28 Mais les œuvres écartées ici sont les œuvres de la loi, la circoncision et les rites de l’Ancienne Alliance, et toute prétention de mériter par soi-même la première grâce, comme un salaire dû. « À qui accomplit une œuvre, le salaire n’est pas compté comme une grâce, mais comme un dû. » Romains 4:4 Le salut commence par pure grâce, que nul n’achète. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi ; et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des œuvres, afin que personne ne puisse s’en glorifier. » Éphésiens 2:8-9 Ce que l’Écriture exclut, c’est l’homme qui se sauverait par ses propres forces et s’en glorifierait ; ce qu’elle exige, c’est la foi qui, une fois la grâce reçue, agit par la charité. Abraham le montre, lui sur qui Paul fonde précisément la justice par la foi. « Abram eut foi dans le Seigneur, et le Seigneur le lui compta comme justice. » Genèse 15:6 L’Écriture qui prononce cette parole la rapporte elle-même à l’acte : Jacques la cite après l’offrande d’Isaac, et y voit son accomplissement. « par les œuvres la foi fut menée à sa perfection. Ainsi s’accomplit l’Écriture : Abraham eut foi en Dieu, et cela lui fut compté comme justice. » Jacques 2:22-23 La foi comptée à Abraham n’était pas une foi sans œuvre : c’est cette foi vivante, qui obéit jusqu’à offrir son fils, que Dieu lui a comptée comme justice. On oppose enfin le bon larron, sauvé au dernier souffle sans avoir rien fait. Mais lui non plus n’a pas cru sans agir : il reconnaît sa faute et accepte sa peine, il reprend l’autre malfaiteur, il défend l’innocence du Christ. « Pour nous, c’est justice : nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » Luc 23:41 Puis il le confesse roi au moment même où tous le raillent. « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Luc 23:42 Sa foi éclate en aveu, en courage et en supplication : c’est encore la foi qui agit par la charité que le Christ récompense.
Jugés sur les œuvres
Au dernier jour, chacun sera jugé sur ce qu’il aura fait, ce qui n’aurait aucun sens si la foi seule suffisait. « Le Fils de l’homme va venir dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa conduite. » Matthieu 16:27 Le Christ décrit ce jugement par les actes accomplis ou négligés envers les plus petits, et c’est sur eux qu’il sépare les sauvés des perdus. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Matthieu 25:40 Croire ne dispense pas d’agir, et le Christ le dit lui-même. « Il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur ! pour entrer dans le royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. » Matthieu 7:21
Rendu juste, non seulement déclaré
Dieu rend l’homme juste en lui donnant sa grâce, qui le renouvelle au-dedans et répand en lui la charité. C’est ce que l’Église a défini contre le sola fide au concile de Trente, en 1547 : la justification n’est pas une sentence qui couvre le péché du dehors, mais le passage réel de l’état de péché à l’état de grâce, où Dieu répand sa justice au-dedans de l’homme. Le même concile reconnaît à la foi une place première, la nommant le commencement, le fondement et la racine de toute justification : elle n’est pas seule, mais elle est première, et d’elle naissent l’espérance et la charité. La justification dépasse une déclaration extérieure qui laisserait l’homme tel qu’il était : Dieu efface le péché et guérit l’homme. « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous fut donné. » Romains 5:5 La grâce ainsi reçue agit, aime et œuvre : la foi qui sauve porte donc toujours avec elle la charité et les œuvres qu’elle inspire. Ces œuvres ne rouvrent pas la porte à l’orgueil : nées de la grâce reçue, elles sont encore un don de Dieu avant d’être un mérite de l’homme, en sorte que nul ne se glorifie de ce qu’il n’a pas d’abord reçu. En couronnant nos œuvres, Dieu couronne ses propres dons.