Le sacerdoce
Le sacerdoce est la fonction du prêtre. Le prêtre se tient entre Dieu et les hommes : il porte à Dieu, au nom des hommes, l’offrande et la prière, et il fait passer aux hommes ce que Dieu donne, son pardon et sa bénédiction. Le mot vient du latin sacerdos, lié au sacré : celui qui accomplit les choses saintes. Le grec distingue deux mots : hiereus (ἱερεύς), celui qui offre le sacrifice, que le Nouveau Testament réserve au Christ et au peuple baptisé, et presbyteros (πρεσβύτερος), « l’ancien », dont vient le mot français « prêtre » et qui désigne les ministres établis par les apôtres.
Le prêtre, un médiateur
L’Écriture définit le prêtre d’une phrase : « Tout grand prêtre, en effet, pris d’entre les hommes, est établi en faveur des hommes dans le service de Dieu, pour offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. » Hébreux 5:1 Le prêtre est pris parmi les hommes : il est l’un d’eux. Il est établi en leur faveur : sa charge est un service. Son domaine est leurs rapports avec Dieu : la prière, le culte, tout ce qui relie le peuple à son Seigneur. Sa tâche propre est d’offrir des sacrifices : présenter à Dieu un don au nom de tous, pour l’adorer et obtenir son pardon. Voilà le médiateur : celui qui se tient entre les deux bords, Dieu et son peuple, et les relie.
Du temple à la Croix
Dans l’Ancienne Alliance, Dieu établit Aaron et ses fils, dans la tribu de Lévi, pour offrir au temple, au nom de tous, des sacrifices d’animaux sans cesse répétés. Pour comprendre ce que ces sacrifices accomplissaient, il faut savoir ce qu’était l’impureté dans la Loi. Le contact avec la mort ou la corruption (toucher un cadavre, certaines maladies, l’écoulement du sang) rendait le fidèle impur, et cette impureté n’était pas d’abord un péché : c’était un état qui interdisait d’approcher le sanctuaire, sous peine de le profaner : « Vous tiendrez ainsi les fils d’Israël à l’écart de leurs impuretés, de peur qu’ils ne meurent en souillant ma Demeure, qui est au milieu d’eux. » Lévitique 15:31 Le sang des animaux et la cendre de la vache rousse lavaient précisément cet état : ils rendaient au fidèle la pureté rituelle, ce que l’Écriture appelle « la pureté de la chair » Hébreux 9:13, cette pureté extérieure qui rouvrait l’accès au culte et permettait de reparaître devant Dieu. Le péché, lui, demeurait, car il engage la volonté libre : se détourner de Dieu est un acte du cœur, et seule une réparation offerte librement peut en répondre. Une bête immolée ne s’offre pas, elle subit ; son sang ne porte aucune obéissance ni aucun amour, rien qui puisse racheter une volonté coupable : « il est impossible que le sang des taureaux et des boucs enlève les péchés. » Hébreux 10:4 Dieu commandait pourtant ces offrandes, et pour un bien : revenant chaque année pour les mêmes péchés, elles tenaient la conscience éveillée et creusaient l’attente d’un pardon encore à venir : « ces sacrifices rappellent chaque année le souvenir des péchés. » Hébreux 10:3 Chaque victime immolée annonçait ainsi la victime véritable. Le Christ est venu accomplir le sacerdoce. Il s’est fait à la fois prêtre et victime : sur la Croix, il offre à son Père, une fois pour toutes, le seul sacrifice qui sauve, le don de sa propre vie : « nous sommes sanctifiés, grâce à l’offrande, une fois pour toutes, du corps de Jésus Christ. » Hébreux 10:10
Selon l’ordre de Melchisédek
Ce sacerdoce du Christ demeure à jamais, annoncé de loin par une figure de la Genèse, Melchisédek : « Alors Melchisédek, roi de Salem, apporta du pain et du vin. Il était prêtre du Dieu Très-Haut, et il bénit Abram. » Genèse 14:18-19 La Genèse le présente sans généalogie, sans naissance ni mort rapportées : il surgit sans origine et s’efface sans fin, et l’épître aux Hébreux y lit l’image du Prêtre éternel. « Sans père, sans mère, sans généalogie, sans commencement de jours ni fin de vie, rendu semblable au Fils de Dieu, il demeure prêtre pour toujours. » Hébreux 7:3 Cette absence même en fait l’image du Prêtre éternel, dont le sacerdoce n’a ni commencement ni terme ; et le pain et le vin qu’il présente annoncent l’offrande de l’Eucharistie. L’oracle du psaume royal l’avait annoncé. « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek. » Psaume 110:4 L’épître aux Hébreux en tire la supériorité du Christ sur le sacerdoce ancien : Abraham, et en lui la tribu de Lévi, verse la dîme à Melchisédek et reçoit sa bénédiction, or « c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur » Hébreux 7:7 ; et ce changement de sacerdoce entraîne un changement de la Loi tout entière. « le sacerdoce étant changé, il faut nécessairement un changement de Loi. » Hébreux 7:12
Le sacerdoce partagé
De cet unique sacerdoce du Christ découle tout sacerdoce chrétien. Par le baptême, tous les fidèles reçoivent un sacerdoce : ils peuvent offrir à Dieu leur vie entière, leur travail, leurs joies et leurs peines, comme une offrande spirituelle. « comme des pierres vivantes, laissez-vous bâtir en une maison spirituelle, pour un sacerdoce saint, afin d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ. » 1 Pierre 2:5 C’est le sacerdoce commun de tous les baptisés : « vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal. » 1 Pierre 2:9 Au sein de ce peuple, le Christ en appelle certains à un sacerdoce particulier : par l’ordination, le prêtre reçoit d’agir en la personne même du Christ Tête, in persona Christi, pour rendre présent, dans l’eucharistie, son unique sacrifice. C’est le sacerdoce ministériel, donné pour servir le sacerdoce commun, et reçu en trois degrés, l’évêque, le prêtre et le diacre, dont traite l’article sur l’ordre.
Le même prêtre agit aussi dans l’autre sens de la médiation. Offrant l’eucharistie, il parle au nom de toute l’Église, in persona Ecclesiae : il présente à Dieu la prière, l’action de grâce et l’offrande du peuple rassemblé. Les deux directions annoncées se rejoignent ainsi en lui : il rend le Christ présent à son peuple, et il porte ce peuple à Dieu.
Une seule réalité
Le mot « sacerdoce » remonte ainsi tout entier au Christ, l’unique grand prêtre qui s’est offert lui-même. « nous avons un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu. » Hébreux 4:14 Les baptisés participent à son sacerdoce en offrant leur vie ; les ordonnés y participent autrement, en rendant présent son sacrifice. Ces deux participations ne se distinguent pas comme le plus et le moins d’une même chose : elles diffèrent par nature. Le concile Vatican II l’enseigne : le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel « diffèrent par essence et non seulement par degré », tout en étant ordonnés l’un à l’autre. Tout remonte au Christ, l’unique médiateur. « il y a un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus. » 1 Timothée 2:5