Le mystère d’Israël
L’Évangile annonce le salut pour tous, Juifs et païens, par la foi au Christ. Or le peuple à qui Dieu avait fait les promesses, Israël, n’a pas reçu dans sa masse le Messie qui lui était destiné. Paul, Israélite lui-même, ne contourne pas cette blessure : il lui consacre trois chapitres, portés par la tristesse et par l’espérance.
Le privilège d’Israël
Paul rappelle d’abord tout ce qu’Israël a reçu, et que rien n’abolit : « les Israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, le don de la Loi, le culte, les promesses. » Romains 9:4 C’est de ce peuple que le Christ est né selon la chair. La parole de Dieu n’a pas failli : l’élection, ce choix libre par lequel Dieu s’est donné Israël pour peuple, tient, et Dieu reste fidèle à ce qu’il a promis, même quand l’homme lui manque. Sa parole tient d’ailleurs pour une raison que Paul pose d’emblée : le véritable Israël n’est pas d’abord affaire de naissance : comme Isaac, né parce que Dieu l’avait promis, en font partie ceux que Dieu se choisit et qui lui répondent par la foi. « tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël. » Romains 9:6 L’incroyance d’une partie du peuple ne met donc pas en échec la fidélité de Dieu. Paul enfonce cette liberté de l’élection en remontant aux patriarches : Dieu a choisi Jacob avant sa naissance, avant qu’il eût rien fait, « J’ai aimé Jacob, et j’ai rejeté Ésaü. » Romains 9:13 et nul ne peut lui en demander compte, car il est le potier, maître de son argile, « pour faire de la même pâte un vase précieux et un vase ordinaire. » Romains 9:21 Ce mystère de la miséricorde souveraine, sans injustice de la part de Dieu, appartient au dessein libre par lequel il se choisit un peuple.
La foi offerte à tous
La justice par la foi est proche et offerte à quiconque croit et confesse le Christ : « Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur, et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. » Romains 10:9 Entre le Juif et le Grec, la barrière tombe : le même Seigneur fait grâce à tous ceux qui l’invoquent. La part d’Israël qui a trébuché a cherché la justice dans la seule Loi, au lieu de la recevoir dans la foi. Paul le dit sans mépris, avec la douleur d’un frère : Israël a du zèle pour Dieu, mais un zèle sans la vraie connaissance (Romains 10:2), car il n’a pas reconnu où tendait la Loi. Or « la fin de la Loi, c’est le Christ, pour que soit justifié tout homme qui croit. » Romains 10:4 La Loi ne s’arrête pas d’elle-même : elle conduit au Christ, qui en est le terme et l’accomplissement.
L’olivier et la greffe
L’endurcissement d’une partie d’Israël est partiel et provisoire. Un reste demeure fidèle, et Dieu n’a pas répudié son peuple : « Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certainement pas ! » Romains 11:1 Paul en donne l’image d’un olivier : des branches ont été coupées, et les païens, olivier sauvage, ont été greffés sur l’arbre pour vivre de sa sève. « toi, olivier sauvage, tu as été greffé parmi les autres pour avoir part à la racine et à la sève de l’olivier. » Romains 11:17 C’est un avertissement contre l’orgueil des nations : ce n’est pas le rameau qui porte la racine, mais la racine qui porte le rameau. Dans cette image, la racine est faite des patriarches et des promesses faites à Israël, les branches naturelles sont les Israélites, et l’olivier sauvage greffé, ce sont les nations : le salut des païens s’enracine dans l’élection d’Israël, et non l’inverse.
Tout Israël sera sauvé
Paul dévoile enfin le dessein caché de Dieu. L’endurcissement partiel d’Israël a ouvert aux nations l’entrée dans le salut, et cette entrée des nations provoquera à son tour le retour d’Israël. « tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : De Sion viendra le libérateur. » Romains 11:26 L’alliance faite à Israël demeure, car Dieu ne reprend pas les dons qu’il a faits. « les dons de Dieu et son appel sont irrévocables. » Romains 11:29 Devant ce dessein qui tourne au salut de tous, Paul cesse de raisonner et adore : « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! » Romains 11:33