Le Décalogue
Au sommet de la loi morale se tiennent les dix commandements, que la Bible appelle les dix paroles, le Décalogue. Dieu les prononça lui-même au Sinaï, du milieu du feu et de la nuée, devant un peuple tremblant, et il les grava de son propre doigt sur deux tables de pierre. Ce détail dit tout : ces paroles ne sont pas une sagesse humaine, mais la volonté de Dieu, écrite pour durer. Elles forment le cœur de l’alliance, et se partagent en deux tables, l’amour de Dieu d’abord, l’amour du prochain ensuite, dans lesquelles tiendra plus tard tout l’enseignement du Christ.
Les dix paroles, gravées par Dieu
Que Dieu grave lui-même ces commandements, et non Moïse, marque leur autorité et leur permanence : elles viennent d’en haut, et nul ne peut les défaire. Deux fois l’Écriture les rapporte, dans l’Exode au pied du Sinaï, puis dans le Deutéronome quand Moïse les redit à la génération qui va entrer dans la terre promise, signe qu’elles doivent traverser les âges. La tradition catholique les compte en distinguant les devoirs envers Dieu, portés par la première table, et les devoirs envers le prochain, portés par la seconde. Ainsi ordonnées, les dix paroles ne sont pas une liste d’interdits épars, mais la forme concrète d’un seul mouvement : rendre à Dieu ce qui lui revient, et au prochain ce qui lui est dû.
La première table : l’amour de Dieu
Le premier commandement demande d’adorer Dieu seul, et lui seul. « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. » Exode 20:3 Il interdit du même coup de se faire une idole, une image taillée que l’on servirait à la place du Dieu vivant, car nul objet, nulle créature ne peut tenir la place de celui qui a tout fait. Ce commandement vise plus loin que les statues des païens : il atteint tout ce que l’homme met au sommet de sa vie à la place de Dieu, l’argent, le pouvoir, lui-même. La jalousie que Dieu revendique n’est pas mesquine ; elle est l’exigence d’un amour qui ne se partage pas.
Le deuxième commandement demande d’honorer le nom de Dieu et de ne pas le prononcer en vain. « Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur, ton Dieu. » Exode 20:7 Le Nom, dans la Bible, c’est Dieu lui-même en tant qu’il se laisse appeler ; le traiter avec légèreté, par un faux serment, un blasphème ou une parole vide, c’est manquer à la personne même de Dieu. Respecter son Nom, c’est le tenir pour saint dans sa bouche comme dans son cœur.
Le troisième commandement consacre un jour à Dieu, le sabbat, jour de repos et de culte. « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier… le septième jour est un sabbat pour le Seigneur, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage. » Exode 20:8-10 Ce repos rappelle que Dieu créa le monde et se reposa, et que la vie de l’homme ne se réduit pas à son travail ; il s’étend aux serviteurs, aux bêtes et à l’étranger, faisant du repos une œuvre de miséricorde. Le chrétien vit ce commandement le dimanche, jour de la Résurrection, où le peuple nouveau se rassemble pour l’eucharistie. Ces trois paroles disent une même chose : Dieu tient la première place, dans le cœur, dans la parole et dans le temps.
La seconde table : l’amour du prochain
La seconde table s’ouvre sur la famille. Le quatrième commandement demande d’honorer ses parents, et il est le seul à porter une promesse. « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que le Seigneur, ton Dieu, te donne. » Exode 20:12 Il fait le pont entre les deux tables, car les parents tiennent auprès de l’enfant la place de Dieu qui donne la vie ; par eux, le commandement s’étend au respect de toute autorité légitime.
Viennent ensuite les commandements qui protègent le prochain dans ses biens les plus précieux. Le cinquième défend de tuer, et garde la vie humaine comme un don sacré de Dieu, de son commencement à son terme. Le sixième défend l’adultère, et garde la fidélité du mariage, où l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre sans partage. Le septième défend le vol, et garde les biens du prochain, en rappelant que la propriété a une mesure et que le nécessaire des uns passe avant le superflu des autres. Le huitième défend le faux témoignage, et garde la vérité et l’honneur d’autrui, car une parole mensongère peut détruire une vie aussi sûrement qu’un coup.
Enfin, les deux derniers commandements atteignent le cœur même, la racine cachée des fautes, en demandant de ne pas convoiter ce qui est au prochain. « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui appartient à ton prochain. » Exode 20:17 Avant l’acte, il y a le désir qui le prépare ; en veillant jusque sur ce désir, la Loi va plus loin que les codes des hommes, qui ne jugent que les actes. Elle vise le cœur, d’où tout procède.
Une loi inscrite dans le cœur
Le Décalogue ne fut pas gravé seulement sur la pierre. Il exprime la loi que tout homme porte déjà en lui, cette loi naturelle que la raison et la conscience reconnaissent avant toute révélation : que le meurtre, le vol, le mensonge sont des maux, et que le bien est à faire. C’est pourquoi ces commandements valent partout et toujours, pour tous les peuples, et ne passeront pas. Ils forment aussi un tout, si bien que les mépriser sur un point, c’est manquer à l’ensemble. « celui qui observe toute la Loi, mais trébuche sur un seul point, se rend coupable envers tous. » Jacques 2:10 Et Dieu promet un jour de les écrire non plus sur la pierre, mais au-dedans de l’homme, par sa grâce. « je mettrai ma loi au fond d’eux-mêmes, je l’écrirai sur leur cœur ; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » Jérémie 31:33
Le Christ et les commandements
Le Christ confirme les commandements et en découvre le fond. À celui qui lui demande le chemin de la vie, il répond de les garder, et il les nomme. « Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Matthieu 19:17-19 Puis il les mène plus loin, jusqu’à la source cachée des actes. Il ne suffit plus de ne pas verser le sang, il faut arracher la colère et la haine qui y mènent. « tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra devant le tribunal. » Matthieu 5:21-22 Il ne suffit plus de ne pas commettre l’adultère, il faut garder le regard et le cœur. « tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » Matthieu 5:27-28 Ainsi les dix paroles trouvent leur plénitude dans l’amour, qui les résume toutes. « Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres, se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Romains 13:9 Et le Christ y ajoute sa mesure à lui, qui devient la mesure du chrétien. « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous, vous aussi, les uns les autres. » Jean 13:34