Le culte spirituel
Ayant exposé l’Évangile d’un bout à l’autre, Paul en tire les conséquences pour la vie. La doctrine devient conduite : ce que Dieu a fait pour l’homme appelle en retour une existence tout entière remise entre ses mains.
Offrir sa vie en sacrifice
Le premier fruit de la grâce reçue est le don de soi. Paul demande non des sacrifices d’animaux, mais l’offrande de la vie même, dans la conduite de chaque jour : « Vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel qui vous convient. » Romains 12:1 Le mot grec rendu par « culte spirituel », logikē latreia (λογικὴ λατρεία), désigne un culte selon la raison et le Verbe, tout intérieur : l’offrande n’est plus la victime posée sur l’autel, mais la personne elle-même, son intelligence et sa vie de chaque jour, remises à Dieu. Le sacrifice du Temple trouve là son accomplissement, intériorisé dans le don de soi. Ce culte nouveau passe par une transformation intérieure, un renouvellement du jugement qui apprend à vouloir ce que Dieu veut : « Transformez-vous en renouvelant votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu. » Romains 12:2
Un seul corps, des membres divers
Ce don de soi se vit dans la communauté. Aussitôt, Paul enseigne que les croyants forment ensemble un corps, où chacun a sa fonction propre : « À plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, et chacun pour sa part nous sommes membres les uns des autres. » Romains 12:5 Les dons diffèrent, l’enseignement, le service, la charité, mais tous s’ordonnent au bien du corps entier. C’est le cadre concret où s’exercent l’amour et l’accueil dont Paul parle ensuite.
L’amour, plénitude de la Loi
Toutes les exhortations de Paul convergent vers un seul commandement, où la Loi trouve son terme. Qui aime son prochain a déjà accompli ce que la Loi ordonnait, car l’amour ne cherche jamais le tort d’autrui : « L’amour ne fait aucun tort au prochain : l’amour est donc le plein accomplissement de la Loi. » Romains 13:10 Cet amour se déploie en actes concrets : bénir plutôt que maudire, rendre le bien pour le mal, vivre en paix avec tous, rendre à chacun ce qui lui est dû. Il touche aussi le rapport aux autorités : Paul demande de s’y soumettre, non par peur, mais parce que tout pouvoir légitime tient sa charge de Dieu. Paul scelle ces exhortations par un appel à la vigilance : le salut est plus proche qu’au jour où l’on a cru. « La nuit est avancée, le jour approche. Rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière. » Romains 13:12 Le croyant se dépouille de l’homme ancien pour se revêtir du Christ lui-même : « Revêtez au contraire le Seigneur Jésus Christ. » Romains 13:14 Ce sont ces mots, entendus dans un jardin de Milan, qui arrachèrent Augustin à sa vie passée. « Que chacun se soumette aux autorités établies. Car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu. » Romains 13:1
Accueillez-vous les uns les autres
Dans une Église où se côtoyaient des croyants d’origines et de sensibilités diverses, les uns scrupuleux sur les aliments et les jours, les autres plus libres, Paul demande que nul ne méprise ni ne juge son frère. Les forts portent la faiblesse des autres, et chacun cherche non ce qui lui plaît, mais ce qui édifie. La mesure de cet accueil, c’est le Christ lui-même : « Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. » Romains 15:7 Ainsi la lettre, partie du péché universel, s’achève sur une communauté réconciliée, image du salut qu’elle annonce.