Le concile de Trente et la réforme catholique
À la Réforme protestante, l’Église ne répondit pas seulement par des condamnations. Dans le concile de Trente et le grand mouvement qu’il ouvrit, elle se réforma en profondeur et exposa sa foi avec une clarté nouvelle. Ce redressement, qu’on appelle la réforme catholique, rendit à l’Église trois siècles de vigueur.
Le concile de Trente
Réuni à partir de 1545 par le pape Paul III dans la ville de Trente, au nord de l’Italie, le concile siégea par étapes pendant dix-huit ans. Deux tâches l’attendaient, également urgentes : réformer la vie de l’Église, corrompue par les abus, et définir la foi, contestée par les réformateurs. Il accomplit l’une et l’autre. Trente fut la grande réponse catholique au rupture du siècle.
Ces dix-huit ans couvrirent trois périodes séparées par de longues interruptions, que lui imposèrent les guerres et les tensions entre le pape et l’empereur ; suspendu près de dix ans, le concile ne fut rouvert puis achevé qu’en 1563, sous le pape Pie IV, qui en confirma tous les décrets.
La réforme des mœurs
Contre les désordres qui avaient nourri la révolte, le concile réforma la discipline. Il obligea les évêques à résider dans leur diocèse et à y prêcher, brida le commerce des charges et corrigea les abus des indulgences. Surtout, il ordonna de fonder dans chaque diocèse un séminaire pour former sérieusement les prêtres, ce qui fut peut-être son fruit le plus durable. L’Église commençait par balayer devant sa propre porte, ôtant aux réformateurs une part de leurs griefs les plus justes.
Il supprima le commerce des indulgences et les quêteurs qui l’exploitaient, tout en maintenant la doctrine elle-même : l’Église garde le pouvoir de remettre les peines temporelles du péché, mais nul ne peut en faire un négoce.
La clarification de la foi
Face aux doctrines nouvelles, Trente définit la foi catholique point par point. L’homme est justifié par la grâce de Dieu, reçue dans la foi ; mais il doit y coopérer, et ses œuvres, accomplies dans la grâce, comptent pour son salut, contre le principe de la foi seule. La Parole de Dieu est portée ensemble par l’Écriture et par la Tradition, contre le principe de l’Écriture seule ; le concile arrêta aussi la liste des livres saints, y compris ceux que les réformateurs retranchaient, et tint la traduction latine de saint Jérôme, la Vulgate, pour l’édition de référence. Le concile confirma les sept sacrements, la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, le purgatoire, la vénération des saints et l’autorité du pape. À chaque point nié par les réformateurs, il opposa la foi de l’Église, énoncée avec précision. Pour porter cet enseignement au peuple, le pape Pie V publia ensuite un catéchisme romain et un missel unifié, qui fixèrent la doctrine et la messe pour quatre siècles.
Sur l’eucharistie, outre la présence réelle, il définit la messe comme un vrai sacrifice, celui de la Croix rendu présent sous les espèces, que les réformateurs rejetaient, et retint le mot transsubstantiation pour nommer le changement du pain et du vin.
Le renouveau catholique
Autour du concile, une vague de sainteté et de zèle renouvela l’Église. Des ordres nouveaux surgirent, avant tout la Compagnie de Jésus, fondée par Ignace de Loyola, vouée au pape, à l’enseignement et à la mission. De grands saints parurent : Thérèse d’Avila et Jean de la Croix réformant le Carmel et traçant les chemins de la prière, Charles Borromée en évêque modèle, François de Sales appelant à la sainteté jusqu’aux laïcs. Du même élan partirent les missionnaires qui allaient porter la foi aux mondes nouveaux.
Une Église réformée et sûre d’elle
De la crise, l’Église catholique sortit réformée, mieux instruite, plus fervente, assurée de sa foi. Elle avait perdu le nord de l’Europe, mais gagnait des continents entiers. L’enseignement et la discipline de Trente allaient régler sa vie pendant quatre siècles, jusqu’au deuxième concile du Vatican. La Réforme avait blessé son unité ; la réforme catholique avait renouvelé sa vie.